(Réponse à Darken Spirit . Sa question a disparu, alors je la repose différemment…Elle se plaignait de trouver mes post difficilement compréhensibles…Comme cette critique revient finalement assez souvent, j’estime que quelques éclaircissements sont nécessaires…)
Incompréhensible. Le mot est jeté !
Cela signifie plusieurs choses :
-soit les réponses de carter sont un non sens,
-soit elles sont absconses,
-soit le lecteur n’a tout simplement pas la capacité intellectuelle de les comprendre. On ne peut pas demander à un lecteur de la bibliothèque verte d’ouvrir un livre de Nabokov sans subir quelques heurts à sa compréhension…
Ensuite, une analyse des questions de Darken Spirit sera brièvement développée pour voir si elles n’ont pas leur propre responsabilité quant à ces malentendus sémantiques.
Enfin, comme il y’a dans cette question une légère remontrance du genre « il ne formate pas ses réponses comme je l’entends », je ferais un détour dans la philosophie du débat démocratique pour voir ce que l’on peut attendre d’un débatteur. Ce sera ma synthèse, le dépassement à ce genre de remarques (« trop long », « comprends jamais ») qui mérite d’être explicité par l’Ethique du débat et en particulier, par les travaux des Eemersen et Grootendorst…
Mais pour l’instant, restons sur Carter et explorons les trois voies.
a)De Carter
1ère proposition : Les réponses de carter sont-elles incompréhensibles ?
En un mot, sont-elles des salades de mots dépourvues de sens, des galimatias, du bla-bla ? On peut répondre « non » par un raisonnement minimal : la linguistique a démontré que des additions incompréhensibles de mots prenaient automatiquement sens si elles conservaient une structure grammaticale universelle. C’est d’ailleurs l’exploitation de ce procédé qui a permit des développements puissants de la littérature et de la poésie ; l’initié pensant naturellement à la poésie surréaliste et à l’Oulipo…
Prenons un exemple simple montrant que du moment ou vous conservez la structure grammaticale ; vous créez automatiquement du sens :
« poor lay zanglay : un joor vare meedee ger preelotobus poor la port changparay ? Eel aytay conplay, prayst. ». Ce langage inventé par Queneau dans « exercice de style » n’en conserve pas moins son sens.
Mais n’importe quel couillon aurait pu faire de même :
« Chien chanteur avion métastase idiot » ne signifie rien ; la structure grammaticale étant incorrecte … Mais mettons une structure grammaticale dans cette phrase :
« Le chien mange un chanteur dans l’avion pour éviter une métastase idiote » et vous voila avec du sens…
Pourquoi d’ailleurs? Depuis les travaux du linguiste Chomsky, nous savons que les langues (mortes, vivantes ou imaginaires) sont toutes conçues selon le même schéma grammatical qui correspond à celui de l’action : sujet+ verbe+complément. Si vous conservez ce schéma, vous créez de facto du langage…
C’est à dire que je peux facilement démontrer par un raisonnement minimal (sans étude du contenu) frisant l’absurde que Carter est …compréhensible puisque ses textes obéissent à de telles lois. Cette évidence a le mérite de faire réfléchir ceux qui oseront jouer de l’argument du « n’importe quoi » à faire gaffe à ce qu’il ne se retourne pas contre eux…
2ème hypothèse : ces textes sont-ils abscons ?
La critique est différente : on émet l’hypothèse que la pensée de Carter est finalement très simple mais qu’il la noie sous un verbiage intellectuel pour la faire passer pour incompréhensible. Donc profond ; car bien sur, on jouera du réflexe pavlovien qui sévit dans nos têtes: si c’est incompréhensible, c’est forcément profond.
L’abscons étant le propre des philosophes sans pensée qui veulent se la péter, du genre Lacan ou BHL et autres gourous qui veulent ébahir les crédules …
Exemple de la déviance de l’abscons chez les philosophes pour éblouir le gogo (j’ouvre une page d’un livre de philo au hasard) :
« Même en admettant que j’exprime une exigence écologique à partir d’un ego cognito renouvelé, le champ par lequel cet ego cognito est concerné n’est pas un champ fermé » (Desanti).
Traduction simple : je suis ouvert d’esprit.
Toutefois, pour accuser un débatteur d’une pensée absconse, il faut émettre plusieurs présupposés :
-le « terrorisme intellectuel » pratiqué par le débatteur : il veut interdire tout débat, de sorte qu’il violente ses propos de phrases absconses, empêchant son vis-à-vis de répondre car ce dernier y perd pied…
-la prétention : le débatteur mis à l’index dit des choses simples qu’il camoufle sous des mots pompeux.
-la malhonnêteté intellectuelle : finalement, le débatteur est perfide car il rejette la possibilité d’ouvertures en bloquant la réflexion sur des « fausses pistes » où même naturellement sa pensée absconse. Malhonnêteté car il camoufle habilement la vacuité de ses paroles…
-inversement, on peut accuser d’imbécillité (à la condition d’être capable de traduire sa pensée) : il ne sait finalement pas simplifier sa pensée…
Taxer de pensée absconse un débatteur, c’est donc émettre une critique autant sur le contenu que sur le débatteur lui-même. C’est émettre un doute sur l’honnêteté intellectuelle de cette personne. Ce n’est donc à prendre à la légère.
Pour cela, on étudiera le comportement du débatteur accusé :
-S’oppose t-il à tout débat ? On remarquera que j’ai toujours provoqué, entretenu, favorisé le débat. Je n’ai jamais joué de l’indignation sur telles ou telles positions non politiquement correctes. Je ne poursuis pas de mes foudres vengeresses tels fanatiques religieux parce qu’ils sont fanatiques. Je ne crie pas au scandale parce qu’un type vote Lepen. Au contraire, à me lire, mon seul trip est de voir les gens développer leurs argumentations et de pointer leurs incohérences argumentatives. Ce qui m’indigne, ce sont QUE les incohérences argumentatives :
-un fanatique religieux qui utilise la Science pour fonder la foi alors que c’est en soi une aberration.
-des incohérences dans la pensée politiquement correcte.
- le rejet de toute pensée divergente. Je n’aime pas que l’on s’interdise de penser différemment sous prétexte que le consensus social actuel vous l’interdise (critique du féminisme alors que c’est bourré d’incohérences, etc.)
Voila mes indignations. Je ne suis jamais plaint des attaques personnelles sur moi et je ne me plaindrais jamais.
-Les termes pompeux sont-ils explicités ? On a le droit d’utiliser des termes compliqués du moment que l’on respecte son vis-à-vis en lui donnant l’explication. Quand je te réponds « métacognition », ne t ai- je pas donné le sens ??? Il me semble que je prends souvent la peine d’expliquer les théories que j’exploite…
-Y’a-t-il une complexification à outrance ? dit autrement : aurait-il pu le dire plus simplement ? Je laisse au lecteur le soin de juger…
L’accusation de pensée absconse peut être bien sûr retenue en ma défaveur puisque j’intellectualise mes réponses. Dès le moment où vous théorisez, l’accusation de pensée absconse est inévitable… Finalement, la question revient à interroger les intentions de Carter. Que vous m’aimiez ou pas, l’accusation sera ou non prononcée…
3eme hypothèse : les « lacunes » du lecteur.
La lecture dépend toujours des capacités cognitives du lecteur. Si vous n’avez pas beaucoup de vocabulaire et que vous pratiquez peu les mots ; il est fort à parier que votre écriture sera simple. Ce qui peut être un atout littéraire. Dès lors, admirer la simplicité du langage d’Anne Franck est une incongruité : comment voulez vous qu’une gamine de 13 ans écrive un chef d’œuvre autrement qu’en restant simple dans son phrasé?
Mais il n’a pas de raison qu’un type qui a beaucoup lu conserve cette simplicité : il s’est enrichie dans sa lecture et cela va nécessairement se traduire dans ses textes. On n’y peut rien, c’est ainsi.
D’ailleurs, pourquoi ai-je dit « capacité cognitive » plutôt que « capacité intellectuelle » ? Parce que « cognitive » ; ça pète plus que le mot « intellectuel » ? Ou tout simplement parce que j’ai eu un diplôme en psychologie ? Est-ce que parce que j’y ai appris que « comprendre un texte, c’est construire une représentation mentale de ce que signifie le texte pour vous mettant en jeu votre structure cognitive et vos traitements des données linguistiques afin d’aboutir à une représentation interprétative cohérente dans la mesure ou interviennent dans cette construction vos attitudes, vos croyances et vos connaissances »
Pompeux comme phrase? Ca dépend pour qui…mais c’est un fait : s’il y’a incompréhension chez un lecteur, c’est qu’il ne « lit » tout simplement pas la même chose que ce que lit celui qui l’a écrit…
Le problème alors, c’est quand il y’a un saut qualitatif entre celui qui a lu et celui qui a moins lu. Ce dont je n’aurais pensé… Darken Spirit ayant 25 ans, je peux espérer qu’elle possède une certaine mémoire sémantique (une intelligence des mots- dit simplement -sensé se développer à l’adolescence). Mais si ce n’est pas le cas… il risque des compréhensions puisque nous n’avons pas le même bagage culturel….
B) De Darken Spirit.
On va passer brièvement sur ce chapitre puisque tel n’est pas le sujet. Ceci dit, quelques précisions méritent d’être évoquées.. Elle réclame à corps et à cri des réponses ayant des caractéristiques suivantes :
-des réponses par « oui » et par « non ». En jargon scientifique, elle réclame des réponses dites « fermées ».
Or des questions « comment lutter contre le diabète », « quelle est votre définition de l’enfer » ne sont pas des questions fermées : on ne peut répondre par « oui ou par non ». Secundo, certaines réponses fermées du genre « messieurs, avez-vous pleuré ? » ont certes une structure fermée, mais renvoient au champ émotionnel du lecteur : elle débouche naturellement sur de l’introspection pour celui qui y répondrait honnêtement; et donc invite au développement. On entre alors dans la notion de « niveau de langage ». Si la structure est fermée, l’interprétation est, quant à elle, ouverte…
-des réponses simples. Mais le propre des questions est qu’elles sont souvent plus simples à poser qu’à répondre. Les scientifiques en savent quelque chose. « Comment lutter contre le diabète », « pourquoi la flamme du gaz est bleue » sont des questions qui ont emmerdé les scientifiques durant des siècles. Il est normal qu’il faille de plus amples développements pour comprendre.
Rien que pour le diabète, la recherche du régime idéal a provoqué de nombreux morts dans la recherche thérapeutique. Dans les années 70, on disait aux diabétiques d’arrêter les aliments glucidiques : cela a provoqué évidemment de nombreux morts car l’apport de sucres est essentiel pour le diabétique. Pour arriver au concept de l’indice glycémique, il a fallu un demi-siècle de développement en nutrition.
Et madame Darken Spirit s’indigne qu’il me faille de plus amples développements pour expliquer la chose ! Mais qu’elle le dise à un chercheur et ce dernier l’enverrait immédiatement balader…
Je me rappelle de mon prof de thermodynamique qui un jour, ayant marre de nous entendre gémir du fait que c’était compliqué, nous répondit :
-« écoutez, si c’est compliqué, c’est parce qu’on peut pas faire autrement. On n’a pas inventé ces équations et ces concepts pour vous emmerder. La majorité des savants ont toujours rêvé d’explications simples et élégantes …Malheureusement, ce rêve de simplicité a toujours été contredit dans les faits…On a élaboré des trucs compliqués parce qu’on ne peut tout simplement pas faire autrement. Le monde est compliqué. Il est normal que les réponses le soient également. La question est de finalement savoir si vous voulez comprendre ou si vous voulez rester des cons toute votre vie…»
Finalement, il redisait ce que Euclide répondit dans l’Antiquité au jeune roi Ptolémée quand ce dernier lui demandait s’il ne pouvait pas lui expliquer plus simplement sa science :
-« Sire, il n’y a pas de voie royale ».
Princesse Darken Spirit, il n’y a pas de voie royale si tu veux des explications à certaines de tes questions parce qu’elles ne sont tout simplement pas simples…
-des réponses sans ambiguïtés. Encore faudrait-il que la question le soit ! « Aimeriez-vous aller sur la Lune ou sur une autre planète » est ambiguë car le verbe « aller » signifie autant « visiter » que « habiter »…de surcroît, il y’a la non respect des échanges. Pourquoi ? Parce que finalement Darken Spirit veut formater la réponse de celui qui répond. Or, une telle chose est en contraction avec l’éthique de la communication.
Vous posez une question soit parce que vous vous interrogez, soit parce que vous cherchez à développer de l’échange, des relations humaines. Cela sous entend dans les deux cas que vous êtes ouvert à toute réponse. Il existe donc une certaine éthique de l’échange et de la communication.
ETHIQUE DES REPNSES : je dépasse largement le questionnement de Darken Spit mais finalement, je trouve que ce n’est importun de le rappeller.
Poser une question vous donne des droits, mais aussi des devoirs.
Vous avez le droit que l’on réponde exclusivement à la question posée et que l’on ne digresse pas, que l’on fasse pas un contre-sens ou que l’on ne développe pas un « hors sujet ». C’est un droit mais le « répondeur » a aussi le droit de sublimer la question pour voir si on peut l’introduire dans une autre problématique plus vaste : primo, il répond bel et bien à votre question ; secundo, c’est de la dialectique et ce n’est pas pour rien que la synthèse est tellement prisée en philosophie…ça, ce sont vos droits.
Mais vous avez le devoir de faire un effort pour saisir la réponse de l’autre puisque c’est vous-même qui le sollicitez. Si vous ne comprenez pas, cela sous entend qu’il est de votre devoir de demander de plus amples informations…plutôt que de jouer de l’air mutin.
Vous êtes sensé être ouvert à votre vis-à-vis : n’oubliez pas que C’est VOUS qui l’avez sollicité.
On ne peut donc rejeter les tics langagiers, le style de l’autre qui font qu’il est ce qu’il est. On ne peut empêcher Carter de s’exprimer comme il s’exprime, du moment que son français est correct. On ne peut lui demander que des simplifications, des développements et autres explications. Carter doit faire un effort pour être compris (bon, il me semble que je le fais) mais vous, vous devez aussi faire un effort pour le comprendre…
Un échange, c’est accepter l’autre dans son altérité, dans sa différence…
Des philosophes ont développé des « règles de bienséances argumentatives ». Je me permets d’en rappelez certaines :
-« les participants ne doivent pas s’empêcher de soutenir ou de mettre en doute les thèses en présence ». Bref, on a le droit de défendre et de combattre n’importe quelle opinion, n’en déplaise à la sensibilité si souvent « outrée » des certains intervenants…on a le droit de développer son point de vue, du moment qu’elle semble en relation avec la question posée.
-« la critique d’une thèse doit porter que sur la thèse réellement avancée ». Vous avez le droit que l’on ne vous attaque pas en tant que personne, mais exclusivement sur vos positions. La conséquence que l’on n’a pas le droit de déformer vos propos et vous accuser de sous entendus que vous n’émettez pas (genre : la non prise de position en faveur des femmes voilées de Kaboul vous transforme en misogyne et en antidémocrate ; ainsi de suite. Vous pouvez toutefois émettre un doute, afin que le débatteur puisse mieux expliciter ses propos). A ce propos, la majorité des attaques contre Lepen sont un scandale en démocratie car ce sont la plupart des cas des attaques personnelles.
-« on ne peut refuser la critique ». Vous ne pouvez interdire que l’on ne puisse pas critiquer vos dires, même si notre président en interpellant la Justice pour « délit d’outrage » le fait quand des journalistes traitent sa politique de pétainisme larvé… Ce n’est pas parce que le 1er homme de France le fait que c’est moral.
Vous n’êtes pas un Dieu: votre position n’est donc pas un dogme, un « parce que je le vaux bien » qui annule toute critique…
Car posez des questions, c’est s’ouvrir aux champs des rapports humains : c’est admettre l’indécidabilité des réponses.
On sent bien que les réponses fonctionnent dans des rails prédéfinis, des champs d’argumentations déjà existants : une question scientifique amène une réponse scientifique, une question littéraire admet une réponse littéraire, etc.
Mais ce n’est pas si simple car il existe une multitude de niveau de lecture, qui font la richesse du lecteur averti : on peut développer des arguments intra disciplinaires et c’est le charme de la philosophie. Les marxistes montrent facilement en quoi un texte littéraire obéit au champs économique (la culture étant celle des dominants ; un texte « littéraire » n’est pas anodin puisque celui qui a été déclaré comme « écrivain » est finalement un type anobli par les puissants.). La psychanalyse donne aussi une interprétation psychologique à un texte littéraire. Bref, un question littéraire peut déborder sur le champ économique (Marx), psychologique (Freud) et pourquoi pas biologique (les travaux de Richardeau montre qu’un texte qualifié « de beau » épouse le fonctionnement neuronal).
Dans le monde de la complexité, les questions ne sont jamais simples. Et souvent celles dont on croit détenir les réponses…
En conclusion, j’ai signalé dans mon profil que si vous ne voulez pas que je réponde à vos questions, vous n’avez qu’à me le signaler.
Il est toutefois évident que l’air mutin de Darken Spirit, souvent lourd de sens, m’a toujours poussé à y répondre ; mon coté « plaisantin » me donne l’envie d’acculer l’autre dans ses derniers retranchements selon la « loi de l’emmerdement maximum » (faut forcement que ce soit lui qui réponde !)
"Ne prenez pas la vie trop au sérieux. De toute façon,vous n'en ressortirez pas vivant!"