Devoir de mémoire, finalités ?



tchiz
Cette question a été posée par Tchiz, le 04/08/2010 à à 08h58.  *  Alerter les modérateurs
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 Jazzy a écrit [04/08/2010 - 13h41 - Avis,définition, témoignages et conseils sur le guide du savoir Web Libre.org]  
Jazzy

Le devoir de mémoire est une formule qui indique aux différents États un devoir moral d'information sur les différentes afflictions subies par une partie de la population dans le passé. Il s'agit d'une notion qui a vu le jour aux alentours du début des années 90 en France.
Ce devoir est surtout imposé aux États qui ont eu une responsabilité quelconque sur des souffrances infligées à une certaine catégorie du peuple. On lui donne le nom de « devoir de mémoire » par opposition à l'amnistie, d'après diverses théories qui émanent du droit public et des doctrines de la guerre.
Il n'est pas non plus similaire aux différentes notions de célébrations de deuil et de lamentation. Le devoir de mémoire a surtout été créé pour faire connaître à tous des histoires dramatiques et marquantes de l'histoire d'un pays. Il a été officiellement reconnu par l'intermédiaire de textes de lois appelés lois mémorielles ou encore des déclarations officielles datant du début du XXème siècle. Même si sa finalité initiale est de faire découvrir à chacun un passé marquant lors des deux grandes guerres, notamment l'occupation nazi, le devoir de mémoire désigne d'autres objectifs.
Il a, par exemple, été conçu afin de pouvoir admettre avec certitude la réalité des injustices subies par certaines populations dues à leurs origines ethniques ainsi qu'à leur race. Le devoir de mémoire joue également un rôle très important au niveau psychologique des peuples victimes car il les a conduit à la résilience puis à la reconstruction petit à petit, afin d'éviter d'éventuelles crises avec un considérable manque d'humanité à l'avenir.
Il constitue, par ailleurs, l'un des meilleurs éléments historiques en possession de l'État, qui est utilisé comme une reconnaissance de responsabilité et une demande de pardon aux différentes populations victimes.




 carter a écrit [04/08/2010 - 14h52 - Avis,définition, témoignages et conseils sur le guide du savoir Web Libre.org]  
carter

Le but suprême du devoir de mémoire est de servir un idéal de réconciliation et de paix sociale. Mais actuellement, le devoir de mémoire est détourné de ce noble objectif et sert plutôt aux « victimes » à obtenir « une rente » ou un passe droit moral. Israël et la Shoa est un beau cas d’école. Dans ce cas, l’intérêt principal du devoir de mémoire est de permettre une tolérance du corps social envers les saloperies que l’on pratique soi même et que l’on ne tolérerait pas pour autrui.. Réclamer sur la Shoa un devoir permanent de mémoire a pour but principal pour la diaspora sioniste d’inculquer un reflexe de minimisation dans nos esprits des violences faites sur les palestiniens et de ne pas remettre en question la force et les intérêts de ladite diaspora…

Si tout devoir de mémoire sert désormais plus à réclamer « une rente » qu’à obtenir une réconciliation et une paix sociale (ce à quoi tout devoir de mémoire devrait principalement servir) ; alors cela ne sert pas à grand-chose, si ce n’est à attiser la haine et les rancœurs entre classes sociales.
Le devoir de mémoire devient alors une escroquerie contre-productive.
Et nous envoie direct vers des conflits sociaux bien dangereux que des pyromanes malintentionnés aimeraient bien déclencher. Par exemple, le devoir de mémoire que le FLN a tenté de nous refiler sur les massacres d’Alger est un bel exemple de volonté d’attiser les rancœurs entre nos deux pays ; plutôt que d’en hâter la réconciliation…

Cet instrumentalisation intéressée du devoir de mémoire produit une escalade vicieuse assez comique : comme manifestement, la cure de mémoire imposée jusqu’à l’overdose sur la Shoa donne indéniablement des avantages sociaux à un certain lobby ; d’autres populations, elles aussi « victimes »de quelque chose dans le passé (cherchez bien dans le passé collectif de votre « ethnie ». il serait étonnant que vous ne soyez pas victime d’une ignominie non réparée. Ca s’appelle l’Histoire et « les peuple heureux n’en ont pas »…), en arrivent à faire moult gestations pour mettre en avance leurs iniquités subies afin de réclamer également pour eux-mêmes réparation. La rente pécuniaire ou morale étant, pour les « victimes » l’horizon inavouable de leurs démarches. Mais comment ne pas être envieux de la succès story juive ?

Là ou cela devient plus comique, c’est que finalement, on assiste -comme à la recrée- à des chamailleries pour savoir « c’est moi qui te dit qui a le plus souffert que toi ! » ; l’équivalent adulte du « c’est moi qui a la plus grosse » de nos chers bambins qui sortant pour l’occasion zizi comme preuve à l’appuie, oubliant ainsi tout décence morale.
Ben, les adultes sont de gros enfants, c’est bien connu !
Ils détaillent alors impudiquement leurs souffrances en jouant les gros yeux parce que ça fait plus vrai quand on le dit avec de gros yeux. Les adultes sont comme ca.
Ils disent alors « que, vraiment, les 4 millions de juifs occis durant la Shoa, c’est pipi de chat comparé à la souffrance des palestiniens » (paraphrase d’un membre de la Licra). « Mais, nous, avec l’esclavage » rétorque un Dieudonné furax, on en a quand même pris plein l’cul…Et pendant des siècles en plus ».

Et ca papote, papote. Telle des hypocondriaques, ca déballe avec force détail le moindre des leurs douleurs intestinales morales…

Et mon parallèle avec l’hypocondrie est bien heureuse. J’ai écrit « victimes » entre parenthèse car le devoir de mémoire touchant des périodes historiques par définition un peu lointain (Il est en effet difficile de faire un devoir de mémoire sur un évènement trop récent. De plus, ca ne veut pas dire grand chose un devoir de mémoire sur un évènement dont vous vous souvenez), nos victimes n’ont souvent jamais vécu eux-mêmes les souffrances dont ils réclament pourtant les dividendes quant à elles bien réelles… En tant qu’homme de couleur, carter est sans doute descendant d’esclave mais il n’ a jamais vécu dans la case de l’oncle Tom avec fers aux pieds et coton à ramasser…Aussi carter voit d’un œil bizarre l’idée de culpabiliser avec acharnement les descendants d’hommes blancs qui eux-mêmes ne sont pas responsables de ce qu’on fait leurs arrière arrière grand parents…Et c’est pareil pour nombreux de descendants des déportés juifs dont peu d’entre eux ont entraperçu pour eux-mêmes l’étouffante chaleur d’un four crématoire . Pourquoi alors culpabiliser à outrance leurs vis-à-vis qui également n’ont jamais vécu l’ivresse d’une harangue de la méga star Hitler ?


Pour finir, embrassons un peu les sciences humaines pour savoir quoi penser sur le rejet de toute forme d’oubli. Car on oublie un peu trop qu’il existe également un devoir d’oubli de la mémoire collective, si on ne souhaite pas prolonger à long terme les conflits sociaux. N’importe quel psychanalyste sait à que point l’oubli est une nécessité pour la bien être psychique de l’individu. Ne pas oublier, c’est s’empêcher de passer à autre chose.

Ce que semble également prouver les neurosciences actuelles : l’oubli est justement une fonction nécessaire de la mémoire ! Ne pas oublier, c’est empêcher le cerveau de faire des synthèses du savoir acquis. Le cas d’un homme n’oubliant rien et doté d’une mémoire absolue étudié par la célèbre neurologue Luria montre en quoi l’impossibilité d’oublier devient un inconvénient : il retenait tout les livres lus à la virgule prés mais…comprenait pas forcement toutes les choses qu’il récitait de tête… : l’oubli permet à la mémoire de réorganiser le savoir en virant le secondaire : l’oubli permet l’intelligent parce qu’il définit des priorités à gérer en premier.
Ne pas vouloir oublier des périodes sombres, cela pourrait également empêcher de se construire un idéal commun en parasitant nos objectifs sociaux…


Outre qu’il y’a un effet pervers inattendu assez troublant étudié par des psychologues sociaux quand on « survictimise » une population : l’étude troublante à consister à faire visionner à des enfants des films sur la Shoa, mais à des proportions différentes en fonction des groupes constitués. On s’aperçoit, curieusement, que plus un groupe visionne de films et plus, les enfants de ce groupe développent des critiques sévères sur les juifs. Ils se mettent naturellement à penser que « finalement, ils ont peut être mérité ce qui leur arrive.. »
(la dernière fois que j’ai lu cette expérimentation, c’était dans « Tout sur la mémoire » du neurologue Croisile)

Pourquoi ? Parce que le cerveau humain obéit à une croyance très étudié en psychologie qui s’appellent la « croyance en un monde juste », la CMJ comme disent les psys. L’idée est que le cerveau humain a un besoin profond de justice sociale, besoin tellement puissant qu’imaginer de vivre dans un monde injuste produit une tel déséquilibre psychique qu’il faut faudra tout faire pour protéger la conviction que « justement, il ne vit pas dans un monde injuste » , au risque…de devenir injustes envers des victimes pour lesquels il n’entrevoit aucune forme de réparation possible !

A force de jouer la victime éternelle (c'est-à-dire la victime dont l’outrage ne pourra jamais être réparé) ...




"Ne prenez pas la vie trop au sérieux. De toute façon,vous n'en ressortirez pas vivant!"


 bougainvilliee a écrit [04/08/2010 - 16h27 ]  
bougainvilliee

Bonjour,
Ne t'inquiètes pas "Carter", des réactions des fâcheux, car, pour ma part, j'apprécies beaucoup tes interventions hautement structurées et édifiantes.

Je les recopies souvent pour en conserver la substantifique moelle.

Cette appréciation ne ressort d'aucune palinodie et est profondément sincère.




Le doute est ma seule certitude


 carter a écrit [04/08/2010 - 16h36 ]  
carter

"appréciation ne ressort d'aucune palinodie "

Meme pas une litote? même pas un sacarsme?




"Ne prenez pas la vie trop au sérieux. De toute façon,vous n'en ressortirez pas vivant!"


 carter a écrit [04/08/2010 - 16h46 ]  
carter


Bon ben puisque tu le penses, c'est vraiment trop gentil…
Franchement, chais pas quoi pas dire ; moi..
Parce que pour moi, tes interventions ben, non, je les recopie pas...Elle font trop..Enfin bref…
Mais c’est gentil quand même…sans ironie. Sincèrement.




"Ne prenez pas la vie trop au sérieux. De toute façon,vous n'en ressortirez pas vivant!"


 bougainvilliee a écrit [04/08/2010 - 17h04 ]  
bougainvilliee

Merci,
Sûrement pas une litote... que pourtant j'utilise souvent... tout comme le sarcasme ou la provocation, d'ailleurs...

Choses que j'ai d'autant plus de plaisir (je dirais même de jouissance) à utiliser, que le plus souvent, elles sont mal comprises... perçues... ou appréciées...

C'est l'air du temps... ou le formatage dans lequel on se complait...




Le doute est ma seule certitude


 carter a écrit [04/08/2010 - 17h24 ]  
carter

"ou le formatage dans lequel on se complait..."

Ha! Mon Bougainvilliée, que je te comprends…
C’est si bon de maitriser l’art du sous-entendue !
Et pourtant, moi aussi, je vois bien que j’suis formaté et que je ne dis que des platitudes…Un flou s’empare de mon esprit et c’est bien dommage…Comme un interdit, un je ne sais qu’il n’est impossible de transgresser, qui met le flou en moi…L’esprit critique a-t-elle des limites ?
Ma pensée est-elle la mienne ? Ou ne suis que le passeur ? Et tel est le cas, de qui suis-je le passeur ?
Dis, bougainvilliée, peux-tu me donner une explication ? De quel hermaneutique suis-je « victime »?


(je sens que Bourgainvilliée a automatique des schèmes cognitifs qui se vont se mettre place quand je sors de tels sous entendues herméneutiques)

C’est si bon , les sous entendues. Il y’a plein de trucs à inventer !




"Ne prenez pas la vie trop au sérieux. De toute façon,vous n'en ressortirez pas vivant!"


 Wisty a écrit [04/08/2010 - 17h39 ]  
Wisty

Bonjour
carter, je pense que tu n'es pas victime de ton caractère herméneutique, ceci ressort de la personnalité de chacun d'entre-nous, il va de soi, que la liberté d'expression existe encore, dans des opinions divers, selon sa culture.




Wisty


 bougainvilliee a écrit [04/08/2010 - 19h23 ]  
bougainvilliee

Bonjour Carter et Wisty,
Le problème est de tenter, dans la mesure de nos étroites limites, de ne pas nous laisser aller à la pensée du moment, de l'époque... de tenter d'avoir une pensée qui va au-delà de nos certitudes... pour essayer de voir et comprendre ce que nous vivons, autrement... et donc, de ne pas voir les évènements tel qu'on nous les présente... Tout en sachant que la ou les vérités nous échapperont toujours…

Ne pas forcement regarder ce que l'on nous montre... Mais se demander pourquoi on nous le montre...

Chercher à découvrir ce qu'on nous cache... ce que l'on ne veut pas nous montrer... Essayer, si possible, de voir l'envers des choses... Et surtout ne pas forcément croire, ce que l'on veut qu'on croit…

Savoir que les idées ou les pensées les plus répandues, sont les plus suspectes...

Tout en tenant compte que bien des attitudes prennent leur racines ( le plus souvent inconsciemment) dans nos passés, nos histoires et vécus (y compris celui de nos parents, au sens large), nos gènes, notre physique, nos études, le milieu ambiant passé et présent (avec ses préjugés, ses supposés, ses croyances, ses pensées et intérêts du moment)… Et qu'il en est de même pour les peuples et nations…

Toi, carter, qui nous apporte beaucoup de choses en psychologie... qui nous révèle ce qu'il a de paradoxal dans nos comportements... tu dois savoir ou supputer tout cela...

Ceci dit, c'est vrai que nous sommes de notre époque et que malgré notre désir ou nos tentatives de nous en abstraire... nous ne pensons et réfléchissons qu'à partir de ce que nous sommes, étions et sommes.

Ce qui nous laisse infiniment humble.




Le doute est ma seule certitude


 carter a écrit [04/08/2010 - 19h55 ]  
carter

"tu dois savoir ou supputer tout cela... "



Je connais, hélas, que trop bien les effets pervers de la « croyance en un monde juste » pour ne pas mettre en garde des communautés identitaires des dangers qu’il y’aurait à trop exploiter les bénéfices d’une politique de victimisation à visée permanente afin de se permettre n’importe quoi..

Je connais aussi trop bien les effets d’une compétition sociale exacerbée entre communautés pour ne pas exhorter les gens de bonne volonté à se réconcilier plutôt qu’à se distinguer par des souffrances qu’ils finissent par porter comme des trophées où dont ils vivent la mémoire comme des rites initiatiques de leurs identités

On ne peut construire la paix sociale qu’en faisant, à un moment donnée (âpres réparation et justice. Ca, je suis Ok) qu’en faisant table rase des saloperies que l’on a hérité du passé…

Je donc de l’avis de Bruckner lorsqu’il dénonce une « société de la pénitence » (le sanglot de l’homme blanc est insupportable à ses oreilles quand il concerne la souffrance des nègres. Par contre, notre essayiste s’en accommode aisément lorsqu’il faut faire pénitence pour un autre Mal dont BHL et sa clique nous bassine depuis perpert…




"Ne prenez pas la vie trop au sérieux. De toute façon,vous n'en ressortirez pas vivant!"


 bougainvilliee a écrit [05/08/2010 - 10h36 ]  
bougainvilliee

En ce qui concerne le "Devoir de mémoire", il y a, principalement, deux mémoires : la mémoire identitaire plus ou moins inconsciente et la mémoire historique (souvent instrumentalisée, en fonction de l'époque, des politiques et de l'imaginaire).

De ce fait, on ne peut guère faire table rase de ce que l'on a hérité du passé...

Quant à la "société de pénitence", elle est, elle-même, instrumentalisée...

Prenons l'exemple de l'esclavage (puisqu'il est sous-entendu dans l'écrit de "carter")...

Celui-ci a été "utilisé" par les sociétés coloniales... mais elle ne l'ont pas provoqué ou inventé... Il préexistait en Afrique où il se perpétue aujourd'hui encore...

Les société africaines étaient, et sont souvent, toujours) basées sur l'esclave..

C'étaient des sociétés extrêmement hiérarchisées (du prince à l'esclave)... Ce qui ressemblerait le plus, à ces structures de vie communautaires africaines serait le système des castes en Inde...

Dans ce système hiérarchique, les esclaves (ou les sans nom) y avaient un sort, parfois beaucoup moins enviable que dans les colonies américaines...

Pour se rapprocher d'une "vérité" historique, nous serions tenté de dire que les occidentaux ont exploité des structures préexistantes, en Afrique, et en ont fait commerce et richesse, sans état d'âme... mais l'esclave y avait néanmoins une valeur, au moins marchande%u2026

Une autre analyse peut être faites, concernant les pays arabes ou musulmans, en y insérant l'Etat d'Israël... Nous ne pouvons comprendre nos rapports avec ces pays et leurs réactions (que nous stigmatisons), si nous faisons abstraction de l'histoire et des comportements internationaux, qui les sous-tendent...

Là aussi un "Devoir de mémoire" ne serait pas inutile... encore faut-il qu'il ne soit pas instrumentalisé, dans un sens ou dans l'autre...




Le doute est ma seule certitude


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