L'exemple de Frédérique nous montre bien que les choses ne sont aussi segmentées qu'elles n'y paraissent. Je connais des "femmes arabes" (entre guillemets car cette dénomination me semble un peu réductrice) au sens où elles sont marocaines (c'est leur nationalité) musulmane de confession (comme moi je suis théoriquement catholique dans la mesure où j'ai été baptisée, j'ai fait ma communion et ma profession de foi) et qui pourtant ne s'identifient pas comme appartenant au groupe de l'orient dont parle Carter. En fait, elles partagent plus de valeurs communes avec moi qu'avec Ayda, et c'est bien la preuve qu'il n'y a pas "une femme arabe". J'ai également un ami algérien (lequel réside en Algérie) qui est un musulman convaincu mais qui n'est pas du tout opposé aux valeurs de laïcité contrairement à Georges Bush qui fait pourtant partie du côté occidental. Enfin, n'oublie pas qu'il existe des pays à dominance musulmane au cœur du continent européen comme la Bosnie par exemple. la Turquie également est un pays laïque qui interdit le port du voile à l'école alors que certains pays européens sont plus laxistes sur la question.
Le sentiment d'appartenance à un groupe ou à une communauté est subjectif et dépend de logiques bien plus complexes qu'une simple dichotomie. Et pour répondre à Carter, je ne me réfère pas à Bourdieu mais à Norbert Elias qui a analysé ce phénomène de façon assez pointue sur des personnes qui appartenaient à une même classe sociale et qui n'avaient pour particularité que de résider dans un quartier différent. L'usage du "nous" et du "eux" est significative de ce sentiment d'appartenance (La sociologie ne se résume pas à Bourdieu, loin de là!!!) Erwing Goffman qui appartient à un courant de pensée tout à fait différent de celui de Bourdieu a aussi analysé cela.
Les différences que Carter évoquent entre des pays occidentaux et d'autres pays orientaux relève plutôt du fait que nous sommes, dans certains cas, face à des sociétés ayant une solidarité de type organique, et dans d'autres cas, face à des sociétés ayant une solidarité de type mécanique.
Pour fonder sa légitimité, l'ordre mondial a besoin de s'appuyer sur des conflits. Autrefois il s'agissait du bloc communiste contre le bloc capitaliste, et maintenant que le premier s'est effondré, on est en train d'en crée un nouveau: c'est l'occident contre l'orient, le christianisme contre l'islam. C'est ridicule. L'islam est la deuxième religion de France. Et la laïcité c'est une autre histoire... aucun président américain par exemple ne pourrait être athée. C'est impensable, et ça ne pourrait pas passer dans l'opinion publique. Alors elle est où la laïcité?! Bien sûr, toutes les religions sont autorisées aux Etats-Unis, mais c'est également le cas dans beaucoup de pays musulmans. Je ne parle même pas de la pseudo laïcité dans certains pays d'Amérique du sud ou encore en Pologne... (pour y être allée je sais de quoi je parle)
Bon, cette exacerbation des conflits, de ces deux blocs idéologiques, qui profitent à un certain ordre mondial engendre inévitablement des sentiments d'appartenance forts qui n'existaient pourtant pas il y a 30 ans. C'est ainsi. Hier on se revendiquait d'une idéologie politique et économique et aujourd'hui d'une idéologie religieuse. Carter appartient au bloc de l'occident, Ayda à celui de l'orient. Il n'y a bien sûr pas d'intermédiaire entre les deux. On appartient forcément à l'un ou à l'autre. C'est intéressant à analyser, vu de l'extérieur...
Nulle intelligence pour ce que nous faisons, rien que des éloges ou des blâmes.