En juin 2008, les Irlandais avaient dit « non » au traité de Lisbonne à 53,4 % avec une faible participation de 53,1 %. Cette fois, ils ont voté « oui » à 67,13 % avec une participation de 59 %. Entre-temps, il y a eu la crise, avec un taux de chômage multiplié par 3 et des déficits record. Selon Declan Ganley, homme d’affaires qui défendait le « non » au traité de Lisbonne, les Irlandais auraient peur de ce qui les attend. Le « non » était aussi défendu par les partis d’extrême-gauche qui évoquaient la perte de souveraineté du pays et par les partis d’extrême droite qui parlaient de baisse du salaire minimum garanti, d’autorisation de l’avortement, de l’euthanasie, etc. Quant au parti indépendantiste britannique dont le leader était venu faire campagne en Irlande, il évoquait l’entrée dans l’Europe de la Turquie… Un bon nombre d’arguments fallacieux qui n’ont pas persuadé les Irlandais… Les autres pays européens ont rassuré les Irlandais sur le fait que son commissaire allait être maintenu à Bruxelles et que les caractéristiques du pays allaient aussi être respectées comme le taux d’impôts réduit, la neutralité militaire, l’interdiction de l’avortement, etc.
La situation économique de l’Irlande était toute différente en juin 2008 car il s’agissait d’une place financière importante et les Irlandais pensaient qu’ils n’avaient pas besoin de l’Europe pour vivre bien… Depuis, la crise les a fait changer d’avis. De fait, comme les Irlandais ont été rassurés sur les points cités plus haut, ils ont désiré entrer complètement dans l’Europe pour se sentir plus forts, d’autant plus que ceux qui prônaient le « oui » leur disaient qu’en cas de vote négatif, l’Irlande serait mise à l’écart tant sur le plan économique que politique et que « voter oui » serait la seule manière de créer à nouveau des emplois.
Il faut dire aussi que cette fois, les partisans du « oui » au traité de Lisbonne, ont mis le paquet dans leur campagne, beaucoup plus qu’en juin 2008. Le PDG de Ryanair est intervenu pour soutenir le « oui » ainsi que les syndicats. Ils ont expliqué qu’il s’agissait d’un enjeu à long terme et qu’il ne fallait pas exprimer ce vote comme un vote sanction à l’égard du gouvernement en place, extrêmement impopulaire.
En quelques mois, c’est donc un véritable retournement et les Irlandais pensent pour une bonne partie, qu’on leur a mieux expliqué les enjeux.