Pourquoi nos enfants en classe de seconde ne savent pas lire ?



fanetman
Cette question a été posée par fanetman, le 18/05/2008 à à 10h42.  *  Alerter les modérateurs
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 Lutin a écrit [18/05/2008 - 19h30 - Avis,définition, témoignages et conseils sur le guide du savoir Web Libre.org]  
Lutin

Parce que nous manquons d'enseignants !




 carter a écrit [19/05/2008 - 00h38 - Avis,définition, témoignages et conseils sur le guide du savoir Web Libre.org]  
carter

Les enfants ne savent pas lire? Une telle affirmation est loin d’être vraie…Rappelons que selon l’INSEE, le taux d’illettrisme en France (logiquement, il n’y a pas d’analphabètes en France puisque l’école est obligatoire) est de 14% chez les ados et…de 34% chez les vieux (60-65 ans) …Bref, le taux d’illettrisme chute considérablement de génération en génération ; quoi qu’on en dise…Mais les grincheux aiment à faire remarquer que les compétences des enfants qui lisent sont moins brillantes aujourd’hui que hier… Si tous les enfants apprennent à lire ; force est constater qu’ils ne saisissent pas fortement les subtilités d’un texte qu’ils ânonnent de surcroît… Aurions nous perdu la qualité au détriment d’un apprentissage de masse ?

Le hic est qu’en psychologie, les chercheurs connaissent bien ce que l’on nomme « l’effet Flynn » du nom de son découvreur : les enfants d’une génération donnée ont un QI supérieur à la génération de leurs parents ! Bref, l’humanité devient plus intelligente à chaque génération (c’est d’ailleurs pour cela que le test du QI est périodiquement révisé). Le phénomène est connu mais l’explication malaisée : l’hypothèse qui tient le plus est que l’environnement dans lequel sont baignés nos enfants est tellement surchargé d’informations qu’ils doivent développer plus de stratégies pour les gérer (et oui ! le moindre jeu vidéo est une défi à l’intellect, vu le nombre de paramètres à gérer pour le réussir). Bref, l’intelligence de nos enfants, leur capacité d’apprentissage, ne peut être remis en doute…Il devraient donc tous assimiler aisément la lecture…



Sauf que c’est oublier quelques bouleversements sociaux majeurs qui ont traversé nos sociétés :

-primo, les vecteurs de l’information et de l’imaginaire se sont développés : nous sommes passés d’une société où la transmission audiovisuelle concurrence désormais l’écrit… Mon grand-père citait avec jubilation des passages entiers de nombreux chefs d’œuvres littéraires. Maintenant, les gosses récitent aussi des passages entiers de chefs d’œuvres…mais du cinéma ! (Demandez à votre gamin de paraphraser les dialogues de Tarantino et vous comprendrez ce que je veux dire) Bref, tandis que mon grand-père rêvassait sur l’écrit, les gosses rêvassent sur un support audiovisuel. La concurrence entre les vecteurs de transmission de l’information est rude. Donc, pas étonnant que l’acquisition de la lecture devienne moins aisée : les gosses y sont moins habitués ; car l’écrit n’est plus qu’un vecteur parmi tant d’autres de l’information, du rêve et de la découverte…

-secundo, les sociologues le savent bien : le goût de la lecture chez un enfant est corrélé avec l’environnement familial : des parents qui lisent beaucoup auront eux-mêmes des enfants qui liront beaucoup. Quand à ceux qui n’aiment guère les livres, les statisticiens sont formels : lire des histoires à ses enfants accroît leur goût de la lecture…Bref, l’apprentissage lecture ne DOIT PAS ÊTRE l’activité exclusive de l’école ! Tout parent devrait (s’ il le peux) développer la curiosité de l’enfant pour la lecture en montrant lui-même l’exemple.




Toutefois, il y’a quand même un problème…Comment, avec autant de moyens, arrive t-on à produire des illettrés ? 14% pour un pays dont l’éducation est le deuxième budget national est franchement un aveu d’incompétence…y’aurait-il un « illettrisme structurel » comme « un chômage structurel », c'est-à-dire un pourcentage irréductible d’une population d’apprenants qui ne pourront jamais maîtriser l’écrit ? Argument absurde quand on sait que certains pays nordiques ont des taux d’illettrisme voisinant le zéro…

Du coup, plusieurs pistes peuvent être déblayées :

-les erreurs flagrants dans le choix de la méthode d’apprentissage : c’est le fameux débat opposant les adeptes de la « méthode globale » à ceux de la « méthode syllabique » : l’idée de la méthode globale est d’apprendre à lire plus rapidement en identifiant la forme des mots plutôt que de les décomposer en syllabes. Si l’intention est louable, de nombreux chercheurs dénoncent la dangerosité de la méthode qui pousserait l’enfant à deviner le mot plutôt qu’à l’identifier. Le hic est que la France a opté pour la méthode globale ; or cette méthode est controversée depuis son invention…bref, il semblerait que l’on n’ait pas fait le bon choix pédagogique… Quant à ceux qui prétendre qu’elle améliore la lecture des bons élèves, le hic est que l’on sait tous que les bons élèves apprennent toujours bien …quelque soit la médiocrité de la méthode !

-l’éternel « manque de personnel » de l’éducation. Mais force est de constater que l’effectif de fonctionnaires le plus important est justement dans l’éducation… toutefois, la France ne renouvelle pas les postes vacants de ceux qui partent à la retraite (d’où le chômage massif actuellement : sachant que nos parents sont de la génération baby boomer, il devrait logiquement avoir plein de postes à pourvoir puisqu’ils partent tous à la retraite…or ce n’est pas le cas…). Argument recevable donc ; mais à développer. N’est-il pas dans l’intérêt des enseignants de jouer la carte de « l’Etat ne nous donne pas assez » ? J’ai personnellement quelques méfiances quand je vois dans les universités le mépris que les enseignants ont vis-à-vis de leurs élèves (et dont pourtant, ils adorent envoyer dans la rue quant il s’agit de défendre leurs intérêts) …



-D’où ma troisième hypothèse inspirée du philosophe Ivan Illich dans « Une société sans école » : le problème est principalement organisationnel. En tant que structure, l’école n’a pas pour objectif premier d’apprendre à nos enfants : elle n’est que le vecteur des inégalités sociales en permettant aux élites de justifier leurs positions sociales ; camouflant par une subtile notion de « méritocratie » la reproduction sociale de nos dominants. Comme par hasard, les enfants des élites sont toujours ceux qui font les meilleures études. Sachant que l’intelligence est logiquement répartie égalitairement entre les populations de CSP différentes, ce n’est tout simplement pas possible dans une véritable « méritocratie » qu’il y’ait statistiquement plus d’élèves à polytechnique dont les parents ont eux-mêmes fait polytechnique que d’enfants dont les parents ne l’ont pas fait…

Si on y réfléchit, remarquait Illich ; les apprentissages importants proviennent de circonstances aléatoires ou extrascolaires. N’avez pas remarqué que vos passions les plus importantes se soient épanouies hors du cadre scolaire ? Personnellement, c’est mon père qui m’a donné le goût de lire, et non l’école…




"Ne prenez pas la vie trop au sérieux. De toute façon,vous n'en ressortirez pas vivant!"


 carter a écrit [19/05/2008 - 02h59 ]  
carter

J'oubliais un autre argument de taille: dans une société néolibérale, l'objectif de l'école est plus de produire des consommateurs passifs que des esprits critiques libres et éclairés. La lente dérive du citoyen vers le consommateur, sous l’implacable main « invisible » (car perso, j’y vois l’action bien visible des multinationales qui envahissent les cours de récré. Ou comment Colgate apprend à nos enfants les règles d’hygiène) du marché, ne peut que corrompre les idéaux démocratiques. D'ailleurs, je ne vois nul cours " d'autodéfense intellectuelle" comme le réclamait Noam Chomsky et dont le libertaire Nomand Baillargeon (attention à ne pas confondre le libéralisme politique avec le libéralisme économique) à écrit un ouvrage que chaque élève - et adulte- devrait lire pour développer son esprit critique ("petit cours d'autodéfense intellectuelle". édition instinct de liberté). Bref, l'idéal démocratique du savoir partagé par tous se perd (à la rigueur, seul une minorité d’enfants issue des classes dominantes doivent avoir accès à une culture riche puisque qu’ils sont prédestinés à diriger les foules qui, elles, doivent mieux être tenues dans l’ignorance) et il est donc normal qu'il commence par sa base: savoir lire...Thèse repris dans la "fabrique du Crétin" de Brighelli. Mais personnellement, il me fout tous marrer, ces déclinistes de l’école: Illich nous avait déjà prévenu: il faut être naïf pour penser que l'école est le lieu d'apprentissage idéal...c’est juste un lieu d’endoctrinement. Puisque nous sommes tous conviés à être des consommateurs, abâtardir les gosses est une politique essentielle pour créer le futur gogo idéal…


« Si nous avions un vrai système d’éducation, on y donnerait des cours d’autodéfense intellectuel »
Noam Chomsky




"Ne prenez pas la vie trop au sérieux. De toute façon,vous n'en ressortirez pas vivant!"


 carter a écrit [19/05/2008 - 03h02 ]  
carter

"Si nous avions un vrai système d’éducation, on y donnerait des cours d’autodéfense intellectuelle »
Noam Chomsky




"Ne prenez pas la vie trop au sérieux. De toute façon,vous n'en ressortirez pas vivant!"


 cochise_fr a écrit [20/05/2008 - 02h40 ]  
cochise_fr

Bonjour,
Lire, écrire sa langue nationale et la parler correctement sont les valeurs fondamentales de l'apprentissage scolaire d'avant la sixième, contrairement à ce qu'affirme Carter avec son " En tant que structure, l'école n'a pas pour objectif premier d'apprendre à nos enfants ".... Si,si !!! justement..... et l'école ne fait plus son travail, que ce soit dans les petites ou les grandes classes....et là, par contre, je rejoins Carter sur les dérives politico économiques des apprentissages dispensés.

Mais il n'est nul besoin d'être un rat de bibliothèque pour lire et parler correctement. On parle là d'apprentissage et non de culture générale. Hors la lecture, il faut aussi apprendre conjointement à écrire sans trop de fautes et à compter....sans calculette pourles calculs simples. c'est un ensemble de connaissances de base communes à tous..... ou plutôt qui devraient l'être, et ce n'est qu'après que se forme l'intelligence de l'usage qu'en fera l'individu concerné pour son développement personnel.

Quand à l'usage du QI pour déterminer l'intelligence de quelqu'un, c'est une bien belle plaisanterie au vu de toutes les conneries (appelons un chat, un chat) que ces gens au QI super développé sont capables de faire en un rien de temps.... et qui coutent si cher au reste des pékins de service au QI moins proéminent.

Donc pour répondre à la question, ceux qui ne savent pas lire....auxquels j'ajouterai ceux qui ne savent pas écrire et ceux qui ne savent pas compter.....les 14% ne représentant que ceux qui ne savent aucun des trois critères.... sont beaucoup plus nombreux que cela. Et je trouve la raison lamentablement simple : parce qu'on ne leur a pas appris....que cela soit imputable à l'école, aux parents ....ou aux deux.




La richesse d'un pays ne se mesure pas à son PIB. mais à celle du plus pauvre de ses habitants. Améliorez son sort et toute la société en sera meilleure. Dans un pays riche, l'existence de la pauvreté devrait être un délit.


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