Non non, je te rassure, je ne suis pas choqué par la comparaison avec les épinards ; à vrai dire, j'ai moi-même l'habitude d'utiliser la comparaison entre les préférences sexuelles et les préférences culinaires ! Nous sommes donc apparemment déjà d'accord sur le fait que ces deux préférences soient tout à fait comparables, et je vais largement en faire usage dans mon développement !
Je respecte également ton point de vue. Effectivement, selon moi, il s'agit plutôt d'un point de vue que d'une opinion, puisque nous divergeons sur la façon d'envisager cette chose et non sur la chose elle-même.
Ma pensée telle que les préférences sexuelles ne relèvent pas de la nature d'une personne découle du raisonnement suivant :
Une préférence dans le sens large (on peut même parler ici de goût) dépend et dépend uniquement de l’histoire de l’individu. J’aime employer le terme « histoire » pour désigner l’expérience que s’est forgée quelqu’un par son passé. Son expérience en matière de goût a pu sensibiliser sa langue, ses papilles, au goût sur du kiwi, ou au contraire lui faire dire que c’est une impression qu’il n’aime pas. Cela fonctionne essentiellement par associations d’idées. Si le premier contact avec une telle impression s’est réalisé dans de bonnes conditions, cela s’annoncera a priori de façon positive, et l’association d’idées se fera de telle façon qu’on va apprécier cette impression. De la même façon qu’on aime plus facilement un cours parce qu’on aime le prof, par exemple. Vous remarquerez que j’essaie de ne pas être rigide, car bien entendu, ces appréciations sont amenées à changer chez chacun, car l’histoire de l’individu évolue, et les éléments qui peuvent influer sur ses goûts sont nombreux et à plusieurs niveaux.
D’où le conseil de Jean-Pierre Coffe, que je reprends à mon compte : les jeunes mamans et papas qui préparent un biberon de lait pour le nourrisson peuvent y ajouter un tout petit milligramme d’un aliment un peu plus « inhabituel » pour l’enfant (comme de l’avocat ou de la vraie tomate – parce que certains types de tomate, « c’est de la m**** !! »^^) de sorte qu’on ne le sent pas au goût, mais que inconsciemment les papilles du jeune goûteur sont sensibilisées à la couleur de ces aliments, et qu’il sera préparé à aimer les aliments en question quand il le mangera dans des proportions qui lui permettront d’apprécier le goût de façon plus consciente.
Les enfants ne sont pas nés avec une nature qui les prédestine à aimer telle ou telle chose en matière de goût, de toucher, d’ouïe, de sexe… Ce sont des sensibilités qui se forgent par le vécu de la personne, et ces préférences peuvent s’éduquer.
À une plus grande échelle, on peut également parler de phénomène culturel. Comme chacun le sait, en Grèce Antique, la pédérastie (une forme d’homosexualité masculine « initiatrice ») était reconnue comme un passage quasiment obligatoire avant l’union d’un homme et d’une femme. C’était donc extrêmement fréquent dans cette culture, par opposition au monde musulman d’aujourd’hui, par exemple.
S’il s’agissait vraiment de la nature des gens, comment expliquer une telle disparité des pratiques sexuelles entre les cultures différentes sur un plan géographique aussi bien que sur un plan historique ? Comment expliquer que dans les années 80 on préférait des modèles féminins à la poitrine plate et discrète, et que aujourd’hui (disons plutôt début des années 2000, car parait-il que l’on revient à la mode des poitrines plus fines !) la grande majorité des hommes lorgnent sur une paire de seins plus conséquente ? C’est bien qu’il y a une forme d’éducation à la beauté, sur laquelle la nature n’a aucune emprise.
Nous avons les mêmes disparités culturelles avec les préférences culinaires. Je me souviens d’un reportage télévisé très intéressant où l’on faisait goûter des embryons d’autruche (je crois) à des Français. Sur les 6 personnes, une ou deux seulement ont réussi à faire abstraction de la forme qui les dégoûtait, et ont inséré la chose dans leur bouche… le goût les en dégoûtait encore plus ! Et pourtant, il s’agissait d’une nourriture très prisée en Asie du Sud-Est ! En parallèle, des Asiatiques ont été confrontés à des fromages, spécialité bien française. Ils étaient rebutés en tout point, et l’expérience leur a fait dire que le goût de fromage était très fort et qu’ils n’étaient pas du tout habitués à ça. Les scientifiques en ont conclu que leur palais avait subi une sensation qui était totalement étrangère à leurs coutumes, et comme cette sensation s’est manifestée dès le début de façon brusque (ben oui, c’est fort, un fromage !), c’est pour cela qu’elle a suscité un rejet.
Donc voilà, je m’éloigne un peu, tout cela pour montrer que je pense que les préférences, et en particulier les préférences sexuelles, sont indépendantes de la nature d’une personne, et relèvent uniquement de son histoire, souvent par association d’idées ; et que le fait d’éduquer ces préférences n’altère pas la nature de l’individu.
Vian²