carter, tu t'adresses à une enfant de 9 ans, si c'est bien son âge.
J'ai pu constater la même chose que toi sur une période beaucoup plus courte mais j'avais 17 ans. J'étais à fond dans ce que je faisais, cela ne dépendait que de moi, et les résultats corrigés anonymement étaient gratifiants.
Sauf que l'école, comme tu le dis et d'autres aussi, à cet âge amène à la socialisation.
Pas qu'à cela normalement mais sous prétexte de la démocratisation, cela a de fait créé une école à deux vitesses. On en est revenu aux principes de l'école coloniale : à l'apartheid social et culturel. Quand l'école se scinde en deux, c'est la République qui est en danger. Et cependant, c'est au meilleur de la connaissance que tous les enfants scolarisés en France ont également le droit. Aujourd'hui, l'école est morte, soit, c'est la mort programmée du savoir.
La faillite de l'enseignement n'est un secret pour personne. Pour mettre à genoux ce qui fut l'un des meilleurs systèmes éducatifs du monde, il a fallu une singulière conjuration de volontés perverses et de bonnes intentions imbéciles. On ne détruit pas sans effort en une trentaine d'années, ce que la République a mis un siècle à édifier.
Premier projet, après mai 1968 dans les cerveaux des plus naïfs des libertaires : la néo-pédagogie. La culture était probablement une affaire bien trop sérieuse pour la laisser aux seuls enseignants, qui ont répudié le savoir pour mettre en place la didactique. La science de la pédagogie se substitua à l'art d'apprendre, et à l'apprentissage réel.
Deuxième projet qui émergea avec le néo-libéralisme se frayant un chemin après les deux chocs pétroliers et la révolution informatique : formater l'individu dont l'économie moderne avait besoin. Un epsilon polyvalent, comment aurait dit Huxley dans le Meilleur des mondes.
Tiraillée entre utopistes et opportunistes, l'école avait bien peu de chances de s'en sortir.
" Carpe diem "