Le Bouddha n'a jamais parlé de réincarnation, chère tite, jamais, ou alors ce sont des traductions de personnes qui n'ont rien compris à l'enseignement du Bouddha : en fait, seuls les êtres ayant atteint l'Eveil pourraient expliquer tout cela, mais, justement, l'Eveil apporte la vision claire que les êtres ordinaires sont incapables de percevoir cela... Pourquoi ? Parce que les êtres ordinaires sont dans le conceptuels et les êtres éveillés dans la vision claire...
Je prend souvent l'image du Père Noël pour expliquer la différence : un jour nous avons clairement vu que ce n'était pas possible et nous avons cessé d'y croire ; c'est irréversible : nous pouvons continuer à faire semblant pour les autres, mais nous ne pouvons pas nous leurrer nous-mêmes. Voir la réalité du Père Noël est un acte d'éveil...
Le Bouddha a juste expliqué et démontré, comme piste à suivre dans la méditation, qu'il n'y a pas de soi, pas d'âme, pas de personne aux commandes, mais un ensemble d'éléments agglomérés qui donne l'illusion d'un soi. Les choses étant en état constant de mouvance suivant des causes et conditions, on peut constater deux phénomènes :
1/ la mouvance donne l'illusion d'êtres en activité, un peu comme le cinéma qui en est la démonstration parfaite : la différence c'est que, au cinéma, nous ne sommes pas dans l'illusion de l'être mais dans la vision claire que ce sont des images, des instants fixes qui s'enchaînent...
2/ d'une part, chaque instant puisant sa cause dans les causes et conditions précédentes et devenant la cause des instants suivants en se mariant avec de nouvelles conditions, et, d'autre part et en conséquence, rien ne venant de rien, rien n'a jamais commencé et rien ne finira jamais... L'univers est un peu comme un océan énergétique avec des vagues de densité variée qui se soulèvent et redescendent... Il n'y a pas de vagues, rien qu'un océan en perpétuel mouvement...
Nous assistons donc, sans voir la réalité du changement parce que nous ne sommes pas des êtres éveillés, à un moment plus marquant de la transformation constante d'un ensemble d'agrégats que nous appelons Pierre ou Joséphine, moment que nous appelons "mort", mais en fait, cet ensemble a tout simplement fini de se désagréger (désagrégation qui avait commencé dès son apparition)... mais les agrégats continuent à se transformer, ils ne disparaissent pas et même un Bouddha ne saurait prédire comment il va continuer sa transformation car il y a toujours une inconnue qui sont les "conditions" que nul ne peut prévoir.
Pour en revenir aux traductions de textes mal compris, je pense notamment au Livre des morts tibétain, le Bardo Todohl : il a laissé penser aux européens (qui ne veulent qu'entendre que la personne qu'ils croient être ne va pas mourir) qu'il y avait une continuité de leur personne après la mort...
En fait, l'endormissement et le sommeil sont identiques à ce que nous nommons la mort et les tibétains sont allés fouiller dans ce domaine par des expériences de méditation très pointues, ce qui leur a permis de décrire le processus de désagrégation du corps et les divers stades qui continuent après la mort clinique, c'est-à-dire, l'arrêt des fonctions vitales...
Jamais il n'a été dit ce que les européens s'obstinent à vouloir entendre : désolée, tite, mais ni toi, ni moi, ni personne n'allons renaître dans un corps tout neuf comme on changerait de vêtement ; ce qui va continuer, ce sont des agrégats en perpétuelle transformation et, surtout, le pire, celui qui nous maintient dans le monde des souffrances (le Samsara) : le désir, ou, plus précisément, l'attachement au désir, qui fait que nous sommes toujours projetés en avant pour prendre sans nous poser aucune question, donc, aucune limite et qui est une énergie puissante et dense dans l'océan...