Où ira-t-on si on se laisse dire que la scarification est un art ? Eh bien, je vais y répondre :
"Je m'appelle Bruno, j'ai 45 ans, et je suis artiste. Oui, artiste sur nature vivante. Je prends des sujets vivants, souvent des humains. L'ancêtre de mon art est la chirurgie. On l'employait à des fins médicales, mais l'art repousse les limites de l'utilitaire. Moi je charcute mes sujets, je déplace les organes, voire les membres. Le résultat est purement esthétique. Il ne sert à rien, c'est une oeuvre d'art. Parfois mes sujets meurent des suites de leur re-création. Mais qu'importent leurs souffrances ? C'est le prix à payer pour afficher une esthétique hors du commun ! Vous me parlez de blessures, je vous parle d'une réalisation. Vous me parlez de victimes, je vous parle d'oeuvres. Vous me parlez de crime, je vous parle d'art. Jack l'éventreur était un artiste à sa façon, lui aussi. On reconnaissait son coup de crayon aux toiles qu'il laissait derrière lui."
Voilà où on en arriverait si on désignait un tel acte, parfois commis par contrainte, comme une espèce d'art. Ça légitimerait de nombreuses souffrances inutiles ; je suis contre.
D'ailleurs, en écrivant cela, je n'ai pu m'empêcher de penser à cet ouvrage : "Quand j'étais une oeuvre d'art," d'Eric-Emmanuel Schmitt. Excellent bouquin sur ce sujet, précisément.
Vian²