Salut !!
j'adore il était une fois la révolution !! [que mon profil n'a jamais voulu prendre en compte !!]
Film charnière dans l'oeuvre de Sergio Leone, Il était une fois la révolution constitue indéniablement une transition entre ses films de westerns et son futur chef d'oeuvre Il était une fois en Amérique (qu'il réalisera treize ans plus tard). Usant à nouveau des codes qu'il mit en place avec ses westerns, Leone commence à les mêler ici à des éléments graphiques modernes, tandis que ses personnages se mettent à rêver de l'Amérique. Pourtant il serait très réducteur de résumer Il était une fois la révolution à un simple film de transition tant ses qualités intrinsèques sont nombreuses. Bien sûr il ne s'agit « que » d'un film de commande, dont la direction lui revint en dernière minute, mais au regard du résultat à l'écran, l'aisance avec laquelle Leone s'est réapproprié le film saute aux yeux (et s'explique d'ailleurs par sa très grande implication dans l'écriture du scénario).
Après la course au rail, source de multiples bains de sangs, évoquée dans Il était une fois dans l'Ouest, Il était une fois la révolution se penche donc sur... la révolution. Leone continue donc ici son exploration des grandes étapes qui aboutissent à la construction d'une société. Mêlant un personnage tout droit sorti de l'IRA (inoubliable James Coburn) à celui d'un voleur mexicain (Rod Steiger, aussi méconnaissable que phénoménal), ses deux héros se retrouvent au coeur d'une révolution populaire les dépassant totalement. Les illusions retombent vite, les rêves se dissipent et très rapidement la violence de l'ensemble prend corps et ronge de plus en plus ces deux figures liées par une amitié aussi improbable que crédible et touchante. Comme d'habitude Leone ne cherche pas à maquiller les travers de ses personnages, n'hésitant pas à les présenter comme des salauds complets dès les premières images, mais ce n'est que pour mieux mettre en valeur leur qualités humaines lorsqu'elles apparaissent à l'écran, le contraste ne pouvant laisser indifférent.
La révolution a une connotation de combat pour une cause, de retournement contre une autorité abusive, de contre-attaque contre l'injustice, et donc forcément de combat juste (et justifié). Ces idées reçues constituent donc le matériau idéal pour démontrer à l'extrême par leurs violations que l'être humain est capable de tout pour arriver à ses fins, et même de maquiller en bonne cause ses aspirations au pouvoir. Oui ce sont les travers de la révolution qui sont mis ici en évidence, et à travers eux ceux des hommes. La révolution n'est donc pour Leone qu'une manipulation de l'espoir, une illusion du changement, et un bon prétexte pour que les humains fassent ce qu'il savent le mieux faire : s'entretuer. Pas étonnant donc de retrouver dans certaines images de génocide une impression de déjà vu avec la seconde guerre mondiale ; pas étonnant non plus de trouver des flashbacks presque oniriques du personnage de James Coburn sur son passé dans l'IRA, un passé aussi lointain que douloureux : le côté abstrait du film est ici irrémédiablement lié à notre histoire.
Ceux qui ne l'ont pas vu et ne le connaissent que de nom s'imaginent sans doute Il était une fois la Révolution comme un simple divertissement léonien, rempli de gueules inénarrables, de personnages hauts en couleurs, de dialogues crus, le tout accompagné d'une musique d'Ennio Morricone. Il y aura toujours ces aspects là, garantissant le côté jouissif de la chose, d'autant plus que les acteurs, l'image et le son sont comme d'habitude absolument parfaits. Pourtant Il était une fois la révolution est une nouvelle fois bien plus que ça, une oeuvre intime sur la violence de l'homme et ses conséquences désastreuses pour chaque individu, bon ou crapule.
L'amitié est une vertu démocratique et républicaine.