Bonjour benji383, Tout d'abord et quelle que soit la sympathie que je te porte et que tu me porte en retour, je ne pense pas qu'il soit bon que notre dialogue sorte du cadre de web-libre. D'abord parce que je tiens à l'anonymat, qui me permet de m'exprimer librement et d'une façon totalement distanciée. Par ailleurs, je pense que les réponses que j'apporte sont profitables à tous, dans la mesure du possible. Ceci dit, j'ai longuement suivi tes diverses réponses et, au moment où j'allais te répondre, tu avais déjà compris que ton épouse ou compagne était en dépression. En effet, elle exerce un métier difficile qui la met en contact avec les difficultés et les misères des autres. Et elle a peu de moyen pour résoudre des situations dramatiques. Elle s'en sent harcelée et impuissante. Il faudrait qu'elle puisse faire la part des choses. Faire la différence entre sa profession et sa vie privée. Or elle semble fragile, et tout tourne dans sa tête. Les problèmes des autres elle les fait siens et les emporte avec elle, au lieu de les laisser sur son lieu de travail où à la porte de chez elle. Aussi veut-elle que cela cesse, ses impossibilités, les malheurs inextricables des autres, les femmes battues, les bourreaux moraux, la faiblesse des plus faibles et les lois qu'elle pense mal faites, inadaptées, les administrations qu'elle croit indifférentes, les décisions de justices qui lui semblent injustes ou aggravantes. Et puis ses gens qui dans leurs misères morale ou matérielles s'enfoncent eux-mêmes, se font du mal, se torturent, torturent les autres, les leurs, leurs proches. Quelle vision a-t-elle ainsi de la société, des rapports entre les êtres, qu'elle transpose sur votre couple. Elle veut en finir, elle veut changer de vie. Mais ce n'est pas toi qui est en cause, ce n'est pas votre couple. C'est elle, fragile. Et tout ce qu'elle vit la renvoie sans doute à des peurs, des angoisses enfouies, plus ou moins en elle, en dès vécus ou des images de l'enfance, à la précarité de ce que nous sommes. Ce qu'il te faut c'est l'écouter, qu'elle puisse se débonder avec toi, parler de son travail, de ses souffrances de ses impuissances. Elle sait qu'elle ne peut changer la vie, la vie en général, la vie des autres en particulier, alors elle veut changer la sienne. Mais elle n'en a pas le courage, car elle est dépressive et que la dépression ôte tout moyen d'agir. De plus, elle sait, confusément, que ce n'est pas là la solution du problème. Elle sait qu'elle ne pourra effacer tout ce qu'elle a accumulé en elle et que finalement tout abandonner, c'est fuir, c'est constater ses échecs, leur donner corps, en faire des fantômes qui continueront à la harceler. Car le bonheur ou le malheur on l'a en soi et on l'emporte avec soi. Sans doute faudrait-il qu'elle puisse, aussi, voir l'autre côté du monde, le monde heureux et insouciant. Qu'elle puisse avoir des soirées avec des amis ou elle pourra s'exprimer, parler de ses détresses, de ses freins, de ses impossibilités. Sans doute faudrait--il qu'elle aille au spectacle, voir une bonne pièce de théâtre, des ballets, un concert, que vous alliez souvent en amoureux, dans de bons restaurants. Peut-être même tenir un journal intime pour se confier à lui et un jour en sortir un livre. On ne sait, mais que son expérience soit utile pour changer le monde, la société, son travail, son environnement et finalement elle. Mais auparavant, il te faut être très prévenant, lui faire un cadre de vie agréable, lui offrir des fleurs aussi, faire les magasins avec elle. Mais bien sûr l'idéal serait, pour passer cette mauvaise passe qu'elle puisse consulter un psychothérapeute et même; pourquoi pas un psychanalyste, qui lui permettrait de se libérer. En tout cas sache qu'une personne dépressive est une personne fragile, qui a déjà cherché toutes les solutions à son problème existentiel et qui a jeté l'éponge. Ne lui demande jamais de réagir, de lutter, de se prendre ou reprendre en main, elle ne le peut pas ou plus. Elle a besoin seulement qu'on la laisse, que l'on soit attentif à elle, qu'on la prenne en charge et qu'on l'aime, qu'on la considère et si elle parle, l'écouter quelles que soient ses paroles, l'écouter sans chercher à l'orienter, pour extravagantes que puissent nous paraître ses propos, il faut les accepter tels quels et tacher de comprendre ce qui se cache derrière eux, sans le lui demander. Je t'ai répondu avec mon coeur, en sachant que ce que vous vivez est difficile et que je n'ai que les piètres réponses que puisse apporter un être humain à d'autres. Réponses faites de lacunes, sans doute, d'à peu près, sûrement, de méconnaissance, de pensées hétéroclites et d'impuissance. Je ne me cache pas tout cela et j'ai alors l'impression de me trouver dans la situation de ta compagne face aux problèmes des autres. C'est sans doute cela l'empathie. Très cordialement à tous les deux.
Le doute est ma seule certitude