Scène : Un tribunal imaginaire.
La plainte avait été déposée par un comité de femmes qui s’étaient constituées comme partie civile pour dénoncer « le dictat de l’apparence que l’homme fait subir aux femmes ».
Apres l’accusation lourde de la partie civile pour- je cite- « détrôner le monstre du haut de son phallus et l’accuser d’avoir maltraité les femmes durant les millénaires » ; ce fut au tour du magistrat Carter de se lever pour défendre son client. L’Homme était emprisonné dans un box de verre, menotté au zizi par une ceinture « de chasteté » (version masculine), qui tenait en érection son sexe artificiellement. Devant ce sexe qui se dressa devant tous, la vindicte féminine explosa :
-« Sus (« s » et non « ce ») ! Qu’on le lui enlève et l’égalité viendra ! »
La juge frappa trois fois pour réclamer le silence. La plaidoirie put commencer…
-« Que les hommes jugent les femmes à leur apparence relève en effet de l’observation quotidienne, commença brièvement Carter. Et la partie adverse l’a remarquablement prouvé de façon scientifique en appelant à la barre les psychologues sociaux Schackelford, Schmitt et Buss. Leur étude accablante, réalisée en 2005 sur une population de 4449 hommes et 5310 femmes issus de 37 cultures différentes est , je le confesse, très fâcheuse pour mon client … En demandant aux participants les caractéristiques que la compagnon/compagne devait posséder, on pouvait analyser les attentes des hommes et des femmes envers leur conjoint idéal…Et traitant les résultats, nos trois chercheurs ont montré que les hommes accordent plus d’importance à la santé et à la beauté des femmes. Et par conséquence, oui, les hommes se focalisent sur l’apparence… »
Une approbation parcourut les femmes en colère…Mais le maître resta impassible; le temps qu’un silence de satisfaction vint…
-« Toutefois, poursuivit-il, mes collègues ont quelque peu survolé l’ensemble des conclusions de ses chercheurs…Si les hommes sont superficiels ; qu’en est-il des femmes ? Excusez-moi, il s’agit nullement de provocation, Mesdames mais…hum…Mais cette partie de la recherche, vous ne l’évoquez peu…Ces mêmes chercheurs ont AUSSI montré que les femmes accordent plus d’importance au statut, à la réussite professionnelle et sociale. Bref, en un mot comme en cent, la femme est attirée par le confort matériel… »
Maître Carter se tut, un bref instant ; le temps de préparer son effet. Le silence avant l’orage. Qu’allait oser dire ce Mâle ?
-« nous sommes peut-être superficiels mais LES FEMMES SONT QUANT A ELLES….INTERESSEES !!! » Explosa l’avocat dans un grondement de tonnerre féminin. Elles conspuaient, outrées d’une telle bassesse, certaines réclamant qu’on le lui coupe, d’autres qu’il porta hauts talons et minijupes pour voir le confort matériel qu’elles subissaient ! Mais il brava l’assemblée et continua de plus emphatique :
-« Car, si Jamel Debbouze se tape Melissa Theuriau , si Michael Youn sort avec Elsa Pataky et si Sarkozy (berk) est marié à Carla Bruni ; ce n’est nullement parce qu’ils sont beaux, ni parce qu’ils sont charismatique au sens premier du terme, mais parce qu’ils sont célèbres, riches et qu’ils constituent de bons partis ! Car, oui, la femme est attirée par le prince charmant, soit l’homme riche ou promu à un bel avenir financier ! Et elles critiquent notre manie de reluquer culs et poitrines, de vouer un sacre aux tailles de guêpe ! Tandis qu’elles, elles tâtent la bourse, la financière en plus des autres! » Ironisa-t-il dans une véritable tollé générale !
La juge réclama silence et apostropha l’avocat :
-« Maître Carter, nous ne sommes pas là pour faire le procès des femmes. Nous savons la souffrance qu’elles endurent comme objet sexuel ! Une preuve que ce sont elles qui subissent le plus la pression de l’apparence est que ce sont elles qui sont les plus touchées par l’anorexie et la boulimie, psychopathologies typiquement liées au corps ! Démontrez alors que l’homme n’est pas responsable de cet état de fait, mais je vous prie de ne pas basculer dans un autre procès, Maître ! »
-« Justement, répliqua Carter je vais démontrer que ce n’est pas l’Homme le responsable, ni même la religion chrétienne, quoi qu’en dise ; alors qu’ils nous plairaient volontiers de le penser … mais la Nature elle-même et j’en appelle à la barre le chercheur Darwin…
Et ce fut Darwin, les cheveux grisonnants, les yeux enfouis sous les rides de l’âge comme un sharpey, qui s’installa sur le siège des témoins.
-« Mr. Darwin »
-« Sir … » répondit-il un peu pincé.
-« Excusez-moi, se confondit Carter, Sir Darwin, pouvez m’expliquer vos travaux sur la sélection sexuelle ? »
-« Pourquoi pas, tiens… L’idée, c’est d’expliquer l’évolution des espèces malgré leurs apparente stabilité…Vous ne voyez pas tous les jours des reptiles se transformer en oiseaux, et pourtant, en anatomie comparée, leurs os se ressemblent étrangement…Disons que la Nature a un principe d’économie et fait du nouveau avec de l’ancien … les espèces donnent naissance à des nouvelles ; mais par quels processus ? J’ai mis en exergue que trois processus qui vont permettre aux espèces d’évoluer : la lutte pour la survie, la sélection parentale et la sélection sexuelle…La sélection sexuelle, c’est le fait que les mâles et les femelles ont des stratégies de sélection de leur partenaire qui favorisent les plus aptes et donc l’évolution… »
-« Hum…c’est un peu confus…ne pourriez-vous pas donner un exemple précis ? »
-« Regardez un paon : le mâle possède de belles plumes colorées formant une longue queue –ou rectrice- qui se déploie pour charmer la femelle. En terme de lutte pour la survie, ces plumes sont dangereuses : un prédateur peut le voir sur une longue distance et de surcroît, en l’attaquant, le prédateur a une prise facile avec une queue aussi longue … Bref, si ces plumes sont inutiles dans la lutte pour la survie, elles sont essentielles dans la lutte à la procréation. Les males et les femelles sont en compétition pour obtenir les meilleures partenaires. Certains males accèdent à la femelle et d’autres non…C’est injuste, mais cela permet au plus aptes de procréer aux détriment des moins aptes …Et les plumes du paon servent à ça : attirer les femelles qui choisiront la plus belle robe parmi les prétendants possibles…Le paon a donc une stratégie liée à l’apparence…tandis que la femelle du paon n’est nullement colorée et n’a pas de si beaux oripeaux… »
-« attendez…lâcha Carter…Si je comprends bien, l’apparence, pour une espèce donnée, est une stratégie pour sélectionner les mâles les plus aptes à procréer…Cela voudrait dire que ce sont les femelles qui sont sensibles à l’apparence !? »
-« Humm…vous allez trop vite…Pour les paons, indéniablement ; mais ce n’est pas vrai pour toutes les espèces… Le processus semble être l’inverse chez l’homme...Dans la Nature, ce sont généralement les mâles qui ont plus d’attraits visuels et qui, par conséquence, jouent de l’apparence pour se faire choisir, plutôt que la femelle. Si les processus sont inversés, les raisons restent les mêmes… »
-« et pourquoi donc, l’homme a inversé le processus de sélection ? » s’étonna l’avocat.
-« He bien, c’est dû à plusieurs raisons. La première est que l’homme pratique l’acte reproductif sans contrainte car il est au sommet de l’échelle alimentaire. La reproduction est un acte dangereux pour les espèces animales qui se retrouvent vite à la portée de leurs prédateurs. Pas pour l’homme : sans prédateur, il copule quand bon lui semble, et non plus une seule fois dans l’année…Le second point relève de la dissymétrie quant à la production des gamètes sexuelles. L’homme peut produire à l’infini des gamètes sexuels. Il lui suffit pour lui d’une simple éjaculation. Mais, pour les femmes, leurs gamètes sexuelles, les ovules, sont en nombre restreint dès la naissance et liées à un cycle menstruel fort complexe. En plus, dès la ménopause, elles perdent la possibilité de procréer… enfin, une fois enceinte, la femme ne peut plus se reproduire au moins pendant 9 mois et comme c’est un mammifère, elle doit s’occuper de sa progéniture durant de longues années… »
-« Ou vous voulez en venir, Sir Darwin ? »
-« au fait que les stratégies hommes/femmes ne peuvent pas être les mêmes. La femme a un potentiel de reproduction limité : elle doit faire attention à ne pas perdre son potentiel en se reproduisant avec n’importe qui…Parce qu’elle porte l’enfant, il lui faut des ressources stables car, pendant 9 mois au minimum, elle est fragilisée. D’où son choix pour un homme possédant les attraits de la réussite professionnels. Tandis que l’homme, illimité par sa semence, doit se focaliser sur des femelles aptes à se reproduire, soit dotées d’attraits sexuels physiques identifiables comme étant les attributs de la jeunesse, de la bonne santé…Bref, sa stratégie est lié à l’apparence... »
"Ne prenez pas la vie trop au sérieux. De toute façon,vous n'en ressortirez pas vivant!"