La nature est une artiste accomplie qui façonne des oeuvres extraordinaires et qui laisse souvent l'homme devant un spectacle ahurissant ; il en est ainsi des formations des Tsingy, sculptés dans la roche. Le terme "Tsingy" (prononcé [tsing] avec un "y" avalé ) est un mot malgache qui ne connaît tout simplement pas de traduction du fait de l'unicité de cette formation naturelle ; en effet, le paysage offert par les Tsingy à
Madagascar est tout simplement unique au monde de par son ampleur.
Cette formation géologique est le résultat de plusieurs milliers d'années d'érosion qui a abouti à ces pics ; la particularité des Tsingy vient de la combinaison entre une érosion due aux pluies acides sur la surface du sol calcaire et une érosion souterraine qui se sont rejointes, créant ainsi des gouffres immenses ne laissant que des murailles assez fine (toutes proportions gardées) et très rapprochées les unes des autres. C'est pourquoi, les Tsingy sont souvent associés à des lames verticales qui semblent émerger du sol. La plus proche comparaison possible d'un tel décor en Europe serait un relief karstique, mais cela n'aura rien à voir avec les Tsingy de cette région de Bemaraha. On considère que les Tsingy sont une forteresse imprenable et s'associe à un dédale de tunnels où l'on pourrait facilement se perdre, un labyrinthe de parois vertigineuses, de précipices et de grottes qui semblent traverser de part et d'autres cette "forêt de pierres" et qui sont un terrain de jeu passionnant pour les spéléologues. Le gouvernement Malgache a très bien compris les enjeux que représente ce patrimoine naturel situé au Nord-Ouest du pays.
La réserve des Tsingy de Bemaraha est tout simplement le plus grand site protégé de Madagascar avec une superficie de 152.000 hectares. Par ailleurs, les Tsingy jouissent également d'une reconnaissance internationale en ayant été inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'
UNESCO et donc considérés comme richesse de l'humanité. La beauté de cette muraille naturelle aux contours déchirés est indescriptible et il faut réellement avoir vu ce paysage titanesque pour comprendre et ressentir l'intensité dégagée par ce rempart calcaire.
On se sent soudain tout petit devant cette formation qui s'étend sur 100 kilomètres de long pour 6 kilomètres de large, c'est dire que la vue se prolonge dans une mer infinie de couleur grise. Les touristes pourront admirer ces lames de pierres d'un hélicoptère ou, pour être plus proche des Tsingy, traverser des ponts suspendus ou encore mieux, faire partie d'une expédition dans les couloirs les moins escarpés qui réservent tout de même un vrai parcours du combattant (expéditions souvent réservées à des aventuriers aguerris). Le climat à l'intérieur des Tsingy est extrême : la température monte à 60°C dans la journée, les chaleurs sont donc suffocantes. De plus, les périodes de sècheresses qui alternent peuvent durer 6 mois, durant lesquelles, les précipitations sont inexistantes.
Pourtant, une faune et une flore ont su s'adapter à ces conditions difficiles et si la vie est rare dans cet environnement, les animaux comme les végétaux n'en sont que plus intéressants encore à observer. Ainsi, six espèces de lémuriens habitent ces étendues inhospitalières, des reptiles et en particulier des caméléons. On y trouve d'ailleurs l'un des plus petits du genre, le Brookesia Perarmata ; et comme si la nature voulait nous rappeler son originalité sans borne, les épines de ce petit reptile ressemblent étrangement aux Tsingy qui constituent son habitat.
Une cinquantaine d'espèces d'oiseaux complète cette faune qui a trouvé refuge dans les entrailles de ces Tsingy. Quant à la flore, des îlots de verdure se sont formés sur les dolines et les avens recouverts de mousse et autres petits végétaux. On trouve aussi dans les Tsingy des arbres géants à l'instar des hauteurs de la "forêt de pierres", des arbres qui dépassent facilement les 10 mètres de haut et certains qui semblent vouloir toucher le ciel culminent à 18 mètres du sol. Il s'agit par exemple des baobabs de l'espèce "Alansonia" ou encore des flamboyants qui rappellent que cet impressionnant décor se trouve dans une zone tropicale. Ces derniers donnent de la couleur au décor grisâtre des Tsingy, avec la floraison au début de la saison humide de petites fleurs rouges ou jaunes et portent bien leur nom en donnant un peu de gaieté à un paysage assez morne et parfois assez effrayant.
Conditionnée par les aléas naturels (vents, pluies, état des parcours, ...), la visite des Tsingy se fait entre le mois de juin et de novembre pour les Petits Tsingy, entre le mois de juillet et d'octobre pour les massifs plus grands.