Cela valait-il le coup de se battre et de commettre des ignominies pour obéir à un homme qui avait préféré la fuite dans le
suicide ? Si seulement les Russes étaient arrivés plus tôt pour capturer ce mégalomane d'Hitler et le faire traduire en justice, on l'aurait peut-être vu pleurer sur le banc des accusés en demandant grâce pour sa tête ? Et de nos jours, étant tombé de son piédestal, il n'y aurait peut-être plus de réminiscences nazies ici ou là ? Mais
Hitler en avait décidé autrement et il avait choisi de ne pas répondre de ses actes.
C'est donc à sa place que des criminels furent jugés en son nom mais aussi en les leurs car ils auraient pu faire un autre choix comme tant d'autres l'ont fait. Le procès de Nuremberg se déroula du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946 en réunissant les principaux responsables du régime nazi, soit des SS, mais aussi des chefs de la
Wehrmacht. Les chefs d'accusation portaient sur les crimes contre la paix, les crimes de guerre mais aussi sur les crimes contre l'humanité pour la première fois répertoriés comme tels dans un procès organisé à l'échelle mondiale. Après la défaite allemande, les
Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'URSS et la
France se réunirent le 8 août 1945. La découverte des camps de concentration, des charniers, des squelettes d'hommes ambulants derrière des fils de fer, frappait les esprits. L'horreur était là. Une horreur incommensurable !
Le procès de Nuremberg fut ainsi organisé très rapidement pour juger les hauts responsables qui avaient été capturés par les forces alliées car, entre-temps, beaucoup avaient fui vers
Rome notamment pour se mettre à couvert sous la protection d'un évêque, soit étaient partis en Amérique du Sud, ou tout simplement étaient revenus dans leurs pays et plus singulièrement en
Autriche, la patrie d'origine d'Hitler. Le procès du IIIe Reich débute donc le 20 novembre 1945 à
Nuremberg à 10 heures du matin.
La tension est palpable dans la salle, des journalistes internationaux ayant vu des images atroces se bousculant sur les bancs. La première journée consiste en la lecture des chefs d'accusation par les procureurs représentant les états alliés. Et ils sont lourds les chefs d'accusation ! Pourtant, le lendemain, soit le 21 novembre 1945, aucun accusé ne plaide coupable. Durant plus d'un mois, le procureur Robert Jackson va énumérer les charges et apporter des preuves. La période d'avant-guerre est longuement commentée et l'on parle des brimades faites aux Juifs, de la nuit de Cristal, du réarmement allemand, de la mise au point de la Solution Finale et ce n'est que le 13 décembre que le Procureur va parler des camps de la mort et des ghettos juifs. Une petite coupure a lieu durant le procès pour permettre aux Juges et aux Procureurs de rejoindre leur famille pour les fêtes de fin d'année.
Durant ce temps, les avocats des accusés peuvent préparer leurs dossiers. Les débats reprennent dès le 3 janvier 1946 et les accusés sont interrogés. Certains témoignages sont capitaux pour le déroulement du procès comme celui du SS Ohlendorf par rapport à l'extermination des Juifs en
Pologne, ou encore celui de l'adjoint du chef de la Gestapo Eichmann, soit Dieter Wisliceny chargé des conditions de la déportation de millions de personnes. Les rouages de cette organisation sont un peu mieux appréhendés et l'on comprend qu'il s'agissait là d'une opération à grande échelle.
Des rescapés sont appelés à la barre et n'hésitent pas à revivre leur calvaire avec force détails. Les juges et journalistes commencent à avoir la nausée quand le commandant du centre d'Auschwitz, Rudolf Höss raconte le fonctionnement du camp le 16 avril 1946. Les détails sont sordides : l'arrivée aux camps, la séparation des familles, le fonctionnement des chambres à gaz, les baraquements, bref... L'horreur est décrite avec sang-froid par le commandant d'Auschwitz. Durant tout ce temps, les accusés sont impassibles face à la description de ce qui était impensable, inimaginable. Finalement, les accusés sont appelés à la barre le 13 mai. 29 témoins ont été entendus et 2 700 documents ont été produits. Hermann Göring passe le premier en temps que « Chef » nazi puisque Hitler,
Himmler et Goebbels se sont suicidés, échappant dès lors à leurs responsabilités.
L'ancien chef de la Luftwaffe et l'instigateur, avec d'autres, de la « Solution Finale » devient le chef des accusés et, avec aplomb, défend sa position et ses camarades. Il fait même l'apologie du système nazi, tentant d'influencer les autres accusés, au grand dam du Procureur Robert Jackson. Visiblement, les photos et les témoignages des victimes n'ont rien changé à cet être rustre mais très doué pour la diatribe. Son intervention est l'un des moments les plus forts du procès du Nuremberg.
Son éloquence vient à bout du Procureur Jackson mais d'autres procureurs vont lui mettre des bâtons dans les roues en le poussant dans ses retranchements et en le mettant mal à l'aise sur la question de la « Solution Finale » concernant les Juifs. Göring sera ensuite mis à mal par le procureur soviétique Rudenko et regagnera son banc, livide et ayant bien perdu de sa superbe. Les autres accusés, sans Chef, vont aligner leur défense sur celle de Göring en vantant le régime nazi, ne critiquant jamais Hitler et refusant de reconnaître leur culpabilité. Leur mot d'ordre sera « l'obéissance aux ordres », surtout repris en choeur par les militaires de la Wehrmacht. Le seul à faire acte de contrition sera Albert Speer, l'architecte préféré d'Hitler, et pour ce fait, il gagnera la clémence du Tribunal de Nuremberg.
Des grands officiers de la Wehrmacht, Wilhelm Keitel et Alfred Jodl seront exécutés alors que les grands amiraux Raeder et Donitz s'en sortiront avec une peine de prison, faisant état que l'amiral américain Nimitz avait coulé également des navires marchands et civils. Seul, Albert Speer, assuma sa responsabilité. Le procès de Nuremberg s'acheva le 31 août 1946 avec un certain goût d'amertume, aucun des accusés à part un, n'ayant vraiment pris conscience de ses actes.
Certains furent jugés par contumace à la peine de mort comme Martin Bormann, d'autres à des peines de prison, d'autres encore à la peine de mort par pendaison, Göring comme ses funestes coéquipiers va préférer le poison juste avant sa pendaison (le fait qu'il ait eu du cyanure en cellule demeure toujours un mystère). Trois seulement seront acquittés. D'aucuns également verront leur peine réduite pour raison de santé après avoir passé un certain laps de temps à la prison de Spandau à
Berlin. Les corps des exécutés furent incinérés afin que personne ne se recueille sur leurs tombes qui deviendraient ainsi, des lieux de culte. Cela dit, malgré la lâcheté des dirigeants nazis à commencer par celle d'Hitler, la propagande nazie fait toujours parfois des ravages, les jeunes gens embrigadés ne sachant sans doute pas que tous les hauts dignitaires ont préféré le suicide, donc la fuite, plutôt que d'assumer leurs actes... Bien d'autres procès auront lieu parallèlement à celui de Nuremberg qui mettait en cause les hauts dirigeants nazis comme le procès des médecins nazis ou encore le procès des Einsatzgruppen qui entraînèrent aussi des condamnations à mort. Ce premier tribunal international ouvrit la porte à une juridiction internationale représentée par la Cour pénale internationale qui siège à La Haye aujourd'hui. Le tribunal de Nuremberg aura aussi permis d'établir une définition des crimes contre la paix, des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. De même, le procès des Docteurs aura abouti à l'élaboration de principes en matière d'expérimentation médicale sur des sujets humains...