Les Pieds Nickelés : bande dessinée créée par Louis Forton Les Pieds Nickelés font leur première apparition le 4 juin 2008 dans l'hebdomadaire « L'Epatant » publié par les frères Offenstadt. Inventés par Louis Forton, ils devaient à l'origine s'appeler « Les Pieds Sales » mais l'expression utilisée par Tristan Bernard fut retenue pour désigner des personnes paresseuses. Trois personnages virent ainsi le jour : Croquignol, un grand blond avec un monocle, Filochard, un petit brun, assez râblais et borgne et enfin Ribouldingue, un barbu aux cheveux désordonnés (au début, ils étaient tous de la même taille mais ont changé sous la houlette de Pellos). Les Pieds Nickelés ont également popularisé l'utilisation des bulles dans les bandes dessinées et très vite, leurs aventures vont être portées à l'écran par le pionnier du dessin animé Emile Cohl entre 1916 et 1918 (d'autres films en ont été tirés dont l'adaptation de Jean-Claude Chambon en 1964 avec Charles Denner dans le rôle de Filochard,
Michel Galabru dans Ribouldingue et
Jean Rochefort dans Croquignol).
À la mort de Louis Forton en 1934, la bande dessinée qui a un grand succès, est reprise par Aristide Perré durant quatre ans puis par Albert Georges Badert jusque 1940. En effet, les publications juives Offenstadt durent s'arrêter lors de la
Seconde Guerre mondiale. La bande dessinée « Les Pieds Nickelés » revient en 1948 grâce à René Pellos, caricaturiste et dessinateur sportif.
Il va redonner vie à ces trois escrocs durant une centaine d'épisodes, en changeant un peu leur allure, jusqu'au début des années 1980 mais la série va décliner par la suite en étant reprise par des dessinateurs de moindre talent. Pour comprendre le succès des « Pieds Nickelés », il faut se replacer dans le contexte du début du siècle dernier lorsque les BD destinées aux enfants étaient bien pensantes et contrôlées. C'était l'apogée des Bécassine et autres Lizette aux histoires très moralistes dans lesquelles évoluaient des héros honnêtes et courageux. Ces trois voleurs ignares et ivrognes allaient bouleverser ces images d'Epinal. Sortis de prison, ils ne rêvaient que de larcins pour vivre une vie oisive. De plus, leur langage argotique n'était guère recommandable pour l'époque même si plus tard, certains scénaristes comme Michel Audiard s'en sont largement inspirés avec le succès que l'on connaît. Malgré les interdictions des parents, Les Pieds Nickelés eurent un immense succès, sans doute à cause de leur anarchisme et de leur irrévérence. Il est vrai que contrairement aux autres héros, les Pieds Nickelés, sans un sou en poche, se débrouillaient pour devenir riches grâce à de nombreuses escroqueries.
Malhabiles, ils perdaient tout en général à la fin de l'histoire. Avec Les Pieds Nickelés, la bande dessinée en finissait avec les clichés de bon aloi, tant par le vocabulaire employé que par les situations décrites, leurs ennemis étant toujours les mêmes : les commissaires et inspecteurs de police, les gendarmes de base, les gardiens de prison, les petits et grands bourgeois, les nobles et évidemment les autres gangsters.
Il faut dire aussi que leurs idées étaient très loufoques comme : organiser une quête « pour les pauvres contractuels qui, à force d'écrire des contraventions, ont des crampes à la main droite », organiser des voyages vers la lune, vendre le palais de l'
Elysée, dévier le Tour de France, inventer le moteur à eau durant la crise du
pétrole, se faire élire Ministres pour inventer de nouveaux
impôts, dont un impôt sur les chauves, etc. Que ce soit Forton ou Pellos, les gags ne manquaient pas et l'irrévérence était à son comble. Faussaires, voleurs, pickpockets, combinards, Les Pieds Nickelés peuvent paraître démodés pour certains et pourtant, les thèmes abordés n'ont jamais été autant d'actualité et traités avec un tel aplomb. De plus, en vous plongeant dans les histoires des Pieds Nickelés, vous y apprendrez quantité de choses sur l'atmosphère au XXe siècle selon les époques, les personnages étant tour à tour des soldats de la
Première Guerre mondiale, des bandits américains lors de la prohibition, des Ministres, des hippies en mai 68, des maître-chanteurs en immobilier, des trafiquants d'énergie durant la crise pétrolière, des espions lors de la
guerre froide, etc. Cette façon de coller à l'actualité tout en étant complètement irrespectueux du pouvoir en place est des plus modernes, voire même beaucoup plus moderne et acide que les réalisations des dessinateurs d'aujourd'hui. De nos jours, « Pieds Nickelés » est un terme péjoratif et moqueur signifiant des personnes ingénieuses, débrouillardes, comploteuses, malhonnêtes et manquant de sérieux. Sachez que pour illustrer l'oeuvre de Louis Forton, l'historien Jean Tulard a sorti une monographie très intéressante sur l'artiste. Si vous n'avez jamais lu une BD des Pieds Nickelés, il est grand temps de vous y plonger pour savourer les histoires de ces trois voyous bien sympathiques au fond !