Depuis que l'on ne fume plus sur son lieu de travail, la pause cigarette est devenue un rituel qui a engendré des nouveaux comportements tant vis-à-vis des fumeurs que des non-fumeurs. Ces dix minutes de pause que l'on s'accorde pour « en griller une » (ou deux) ne sont généralement pas prises de la même façon alors que tous les employés y ont droit. Car la pause sert à se détendre et à bavarder avec ses collègues, avec ou sans tabac. Pourtant, les non-fumeurs restent souvent à leur poste, se détendant en lisant leur courrier électronique personnel, par exemple, et sont souvent seuls.
A l'inverse, dès que l'on voit un collègue enfiler son manteau pour sortir fumer, d'autres le suivent très souvent. L'interdiction totale de fumer dans les espaces fermés a amené les fumeurs à faire plus d'efforts pour ne pas gêner les autres. Cette démarche amène également un sentiment de convivialité entre fumeurs et même parfois une occasion de draguer... Grâce aux objets en commun, briquet et cigarettes, un rapport s'établit entre ceux qui sont « punis » et des amitiés et même des couples se sont formés entre « fumeurs à tout prix ». Les non-fumeurs se sentent alors à leur tour mis de coté et trop ringard. Si cette phrase semble exagérée, elle n'en est pas moins vraie, car des études récentes ont montré que les fumeurs étaient vus comme des « rebelles », avec un petit coté rock'n roll, près à affronter tous les temps pour satisfaire leur vice. C'en est même arrivé au point que d'anciens fumeurs cèdent de nouveau à la tentation pour aller discuter avec les collègues car la pause cigarette était le meilleur moment pour se retrouver entre connaissances. De même, d'autres qui ne fument pas en viennent à venir respirer l'air saturé de nicotine du groupe qui s'est formé pour y participer.
L'âge rentre également en ligne de compte car les fumeurs appartiennent généralement à la tranche d'âge comprise entre vingt cinq et quarante cinq ans, alors que les plus jeunes seraient plutôt accros à leur écran d'ordinateur et au soda. Une autre donnée sociologique intéressante dans la pause -cigarette est l'impression de mélange qui s'en dégage quand ce sont les employés de plusieurs sociétés voisines qui sont agglutinés au pied de leur immeuble de bureau.
Pourtant, d'après les témoignages, il semblerait que les classes sociales ne se mélangent pas, les cadres restent entre cadres et les assistantes avec d'autres assistantes des autres entreprises de l'immeuble. Il est intéressant de noter enfin que les fumeurs et les non-fumeurs se mélangent plus facilement dès qu'arrivent les beaux jours car tout le monde a envie de prendre l'air quand le temps est agréable. Cependant, dès l'automne venu, on reconnaît les courageux qui vont braver la pluie et le vent pour satisfaire leur envie de nicotine. Car le tabac agit par tous les temps et quand il fait très froid, seuls les plus intoxiqués se retrouvent dehors avec un café dans une main et la cigarette dans l'autre. Là, c'est la solidarité qui joue, et l'on voit des sourires complices et gênés à la fois...