Pétri d'un talent naturel indéniable malheureusement compromis par un caractère colérique et par une grande sensibilité qui lui ont valu au long de sa jeune carrière de nombreux déboires, Nicolas Anelka est le footballeur le plus énigmatique du football français et le plus sujet à caution pour les entraîneurs qui auront eu affaire à lui.
Tenter une sorte de bilan de son parcours ne manque pas de provoquer un réel sentiment de gâchis tant la carrière de Nicolas Anelka est émaillée de décisions prises à l'emporte pièce, d'atermoiements, de multiples changements de clubs (huit en treize ans chez les professionnels), de suspicions, de déceptions, de déclarations malheureuses et de revers de fortune. Avec sa sélection en équipe de France à l'occasion de l'Euro 2008, Nicolas Anelka aura peut-être l'occasion, l'âge et la sérénité venant, de laisser s'exprimer le joueur extraordinaire qui n'aurait jamais du rester enfoui au fond de lui. Nicolas Anelka est né le 14 mars 1979 à Versailles, de parents originaires de la
Martinique. Elevé comme un enfant unique (ses deux frères ont 10 ans de plus que lui), Nicolas Anelka vit une enfance heureuse. Il grandit dans la ville de Trappes, où s'essaie à plusieurs disciplines avant d'opter pour le football, comme son frère Claude ; il jouera jusqu'à l'âge de 14 ans au FC Trappes avant de rejoindre le centre de formation national à Clairefontaine (INF). Il signe son premier contrat pro au PSG tout en continuant sa formation et joue son premier match en équipe 1 en 1996, agé d'à peine 16 ans.
Mais le caractère exigeant et impulsif de Nicolas Anelka ne tarde pas à s'exprimer : en conflit ouvert avec Ricardo, à qui il reproche de ne pas le faire jouer suffisamment, le jeune joueur quitte la France en 1997 pour Arsenal, premier changement de club d'une longue série. Laissé « en réserve » par Arsène Wenger durant sa première saison, il explose au cours de la saison 97-98 en inscrivant 6 buts en 26 matches. Le jeu anglais, très physique, lui permet de s'aguerrir et de progresser très rapidement.
C'est également en 1998 que Nicolas Anelka sera sélectionné en équipe de France pour la première fois mais
Aimé Jacquet ne le retiendra pas pour la Coupe du Monde, probablement en raison, du moins partiellement, de son comportement insoumis et rebelle. Ce rejet rendra le jeune joueur tellement amer qu'il ne regardera même pas les matches de ses anciens collègues (c'est du moins ce qu'il prétendra à la presse). En dépit d'une saison 98-99 impressionnante, (on parle de lui comme du Ronaldo français), Nicolas Anelka ne supporte plus la pression qui pèse sur lui en Angleterre, traverse une phase dépressive et décide contre l'avis de son entourage de signer au
Real de Madrid. En raison du transfert colossal dont il a été l'objet - 220 millions de francs - le joueur de 20 ans est voué aux gémonies de ses coéquipiers comme de la presse : il refuse de s'entraîner et écope d'une amende de 2,4 millions de francs le jour même de son 21ème anniversaire. Il terminera néanmoins la saison en participant à la finale de la Coupe des Champions et à la campagne victorieuse de l'équipe de France lors de l'Euro 2000.
De retour au PSG , il vit une saison tendue dans ses rapports avec Luis Fernandez, de retour lui-aussi dans le club de la capitale : les «
Guignols de l'Info » brocardent d'ailleurs les deux hommes dans leur parodie « Nico et Luis ».
Après une saison et demie, il est prêté à
Liverpool pour 6 mois : en dépit d'une option d'achat, Gérard Houllier ne prolonge pas son contrat : nouveau traumatisme pour Nicolas Anelka qui part alors pour Manchester City où il passera deux saisons particulièrement fructueuses (15 buts inscrits, pas mal pour une équipe de milieu de tableau). En 2002, il créée une polémique de plus en refusant sa sélection pour la Coupe du Monde 2002, déclarant refuser de jouer les bouche-trous. Ses déclarations limite suicidaires dans la presse lui colleront définitivement l'image d'un enfant gâté caractériel et ingrat ; et lui vaudront l'excommunication pour l'Euro 2006 au
Portugal. Cap au sud en 2005 : Nicolas Anelka signe à Fenerbahce, en Turquie, qu'il contribuera à mener au titre de champion en marquant 10 buts en 25 matches. Malgré des matchs amicaux convaincants avec les Bleus, il ne participa pas à la Coupe du Monde de 2006. Il signe à nouveau en
Angleterre, à Bolton, ou après un début difficile il forme avec El-Hadji Diouf l'un des meilleurs duos d'attaquants du pays. Il signe à
Chelsea en 2008, et participe à la finale de Ligue des Champions contre
Manchester United et
Cristiano Ronaldo. Longtemps rebelle et révolté, suscitant la méfiance des entraîneurs, l'exaspération des journalistes et l'incompréhension des supporters, Nicolas Anelka semble en passe d'atteindre une certaine stabilité. La campagne européenne de l'équipe de France en
Autriche et en Suisse lui donnera peut-être l'occasion de redorer son blason...