Quand un nom célèbre s'éteint, c'est le monde du show-biz tout entier qui est en deuil. Il y a quelques jours, Miriam Makeba s'est éteinte et son départ laisse en pleurs, non seulement ses fans et le monde des artistes, mais aussi le monde entier. Des gens issus de tous les horizons ont tenu à rendre hommage à la très regrettée "Mama Africa". La star a quitté le monde le 9 novembre 2008 à 23h15 suite à un malaise, alors qu'elle était en Italie pour le "Spectacle d'appui à l'écrivain Saviano". Elle laisse derrière elle une mémorable histoire qui mérite d'être racontée aux futures générations.
Née le 04 mars 1932, elle a tiré son nom d'artiste de son vrai nom Zenzile Makeba Qgwashu Nguwama. Née d'une mère swazi et d'un père xhosa, Zenzi, diminutif de son prénom zoulou Zenzile signifiant littéralement "tu ne dois t'en prendre qu'à toi-même", a vécu ses premières années en Afrique du Sud, son pays natal. Elle a commencé à se distinguer avec son talent de chanteuse dans des événements locaux. A 20 ans, elle intègre le célèbre groupe "Manhattan Brothers" en tant que choriste et c'est à partir de là qu'elle a tiré son pseudonyme "Mama Africa". Quelque temps après, elle fonde son propre groupe, les "Skylarks". De nature autoritaire et rebelle, elle a toujours lutté contre l'
apartheid. On peut même dire qu'elle est la mère du combat contre le racisme. Elle mène ainsi sa carrière artistique mais n'a pas pour autant laissé tombé son idéal. C'est ainsi qu'elle est toujours restée une militante contre l'apartheid. Miriam avait une souveraineté incontestable sur la culture dans son continent car elle était la première artiste africaine à devenir une star mondiale de la chanson moderne. Elle a été naturalisée guinéenne en 1960.
Elle a participé à l'élaboration d'un documentaire anti-apartheid qui a fait le tour du monde. Le monde commence à parler d'elle et en 1959, elle participe au festival de Venise. C'est en rapport à cet évènement qu'en Afrique du Sud, on prononce contre elle une interdiction de rentrer dans son propre pays. N'ayant pas le choix, elle vit pendant un certain temps à
Londres et part pour les Etats-Unis. C'est pendant son séjour aux Etats-Unis qu'elle a commencé à devenir réellement célèbre avec ses titres PataPata, The click song et Malaïka.
C'est également dans ce pays qu'elle fit la connaissance de son mari, Hugh Masekela, un trompettiste et compositeur célèbre. Peu de temps après, elle s'est infiltrée dans l'orchestre du chanteur calypso Harry Belafonte. Elle s'entendit très bien avec cet artiste progressiste avec lequel d'ailleurs, elle a chanté pendant l'anniversaire du Président américain John F.
Kennedy. Elle obtient la
Grammy Award avec son album "An evening" avec Harry Belafonte. Elle devient la compagne de Stokely Caramichael qui dirigeait alors le groupe Black Panthers. Ayant les mêmes convictions anti-racistes, ils ont rejoint les guérillas urbains pour la libération des Américains noirs. Sa carrière américaine s'est terminée à ce moment. Peu après, à 31 ans, elle perd pour de bon sa citoyenneté sud-africaine, après avoir témoigné contre l'apartheid aux
Nations-Unies.
Vers la fin des années 60, le couple Carmichael quittent les Etats-Unis pour rejoindre le pays de la
Guinée Conakry. Ils sont restés ensemble jusqu'à ce que leur couple éclate en 1973. De par son implication culturelle, Miriam a eu le privilège de diriger le ministère guinéen de la culture pendant son séjour dans ce pays. Dans les années 70 et 80, elle a pris part à plusieurs festivals de
jazz dans le monde. C'est pour cette raison qu'elle a été surnommée "la world music". Après la mort de sa fille, elle a vécu aux
Bruxelles, puis en Europe.
Elle a également collaboré avec Paul Simon pour la réussite de Graceland. En 1990,
Nelson Mandela lui demande de revenir dans son pays, mais c'est seulement à 60 ans qu'elle y revient enfin. C'est cette même année qu'elle tient un rôle dans Sarafinal, un film qui parle des émeutes de Soweto en 1976. Son parcours ne s'arrête pas de sitôt. De passage à
Montréal en 2000, elle devient la marraine des Nuits d'Afrique de cette année. Deux ans après, elle est aux côtés de Sofia Gubaidulina pour recevoir le Polar music priza. La musique l'a accompagnée toute sa vie mais son amour pour la justice ne l'a pas laissée en paix et l'a toujours incitée à lutter contre l'apartheid jusqu'à la fin. Elle a été rebelle soit, mais elle avait ses raisons.
La vie n'a pas de couleurs tout comme la musique et tout le monde doit en être conscient, pour que l'héritage laissé par Mama Africa ne se perde pas...