Michel de Montaigne : homme politique et philosophe du scepticisme au 16ème siècle


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Montaigne saurait-il se résumer à l'aune de ses Essais ? L'apostrophe aux lecteurs en amorce de cet ouvrage magistral, véritable somme philosophique « fleuve », est à ce sujet révélatrice : « qu'ils y puissent retrouver aucuns traits de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entière et plus vive la connaissance qu'ils ont eue de moi (...) Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple et ordinaire, sans artifice : car c'est moi que je peins ». C'est en réalité à celui auquel sa biographie le rattache inexorablement, à savoir son illustre contemporain Etienne de La Boétie, que Michel de Montaigne destine ses Essais. Ils lui permettent en quelque sorte de prolonger leur amitié et de poursuivre leur conversation par-delà la mort de celui qui aura été le plus intime confident du philosophe, incontestablement l'être le plus cher de son existence. Les plus belles pages des Essais sont d'ailleurs peut-être celle que Montaigne, retraçant l'histoire des liens qui se nouèrent entre eux, consacre à l'amitié. Il affirme alors la supériorité de cette forme d'affection, « chaleur générale et universelle, tempérée eu demeurant et égale (...


) qui na rien d'âpre et de poignant », sur l'amour « qui n'est qu'un désir forcené auprès de ce qui nous fuit, (...) feu téméraire et volage ».


Véritable amitié passionnelle, il semble aujourd'hui admis que la relation entre Montaigne et La Boétie fut consommée physiquement ainsi que le révèle à demi- mots Montaigne : « Nos âmes ont charrié si uniment ensemble, elles se sont considérées d'une si ardente affection, et de pareille affection découvertes jusqu'au fin fond des entrailles l'une de l'autre, que non seulement je connaissais la sienne comme la mienne, mais je me fusse certainement plus volontiers fié à lui de moi qu'à moi » (il convient cependant de confiner cette information au rang de l'anecdote, tant l'union qui fut la leur dépasse le cadre exigu des plaisirs de la chair).La mort de son ami (qui agonise des suites d'une dysenterie et s'éteint dans les bras de celui que désigne à merveille l'expression platonicienne d'âme-soeur) fut pour Montaigne une véritable déchirure. À compter du mois d'août 1563, rien ne fut plus comme avant, comme le dévoile la citation : « Depuis le jour que je le perdis, je ne fais que traîner languissant ; et les plaisirs mêmes qui s'offrent à moi, au lieu de me consoler, me redoublent le regret de sa perte.
michel montaigne


Nous étions à moitié de tout ; il me semble que je lui dérobe sa part ». La philosophie de Montaigne se caractérise par son perpétuel mouvement. Une foultitude de sujets sont abordés dans son oeuvre, au gré des fluctuations de sa pensée, via une forme de « libre association » qui ne semble répondre à aucune structure. C'est une forme d'écriture instinctive, spontanée, affranchie de tout dogmatisme, qui semble prévaloir dans les Essais, lesquels doivent se poursuivre « tant qu'il y aura au monde de l'encre et du papier ». Au 16e siècle, Montaigne se fait l'apôtre d'un scepticisme inhérent à la nature humaine. Dans l'Apologie de Raymond Sebond, qui trouve place dans le deuxième livre du « monument » déjà cité au coeur de sa bibliographie, Montaigne constate que : « finalement, il n'y a aucune constante existence, ni de notre être, ni de celui des objets ». En cela, il se fait le précurseur des philosophes pessimistes allemands du 19e siècle, à l'instar d'Arthur Schopenhauer ou de Friedrich Nietzsche, lequel s'en fera le thuriféraire : « Du fait qu'un tel homme a écrit, en vérité on a plus de plaisir à vivre sur la Terre ». Pour autant qu'elle soit empreinte d'incertitude, la philosophie de Montaigne n'en reste pas moins joyeuse. En bon Gascon, Montaigne savait jouir de la vie et de tous ses plaisirs en toute conscience de la mort, s'affirmant « des plus exempts de cette passion » qu'est la tristesse. En guise d'éléments de biographie, rappelons que Montaigne naquit en 1533, qu'il mourut en 1592, fut un grand voyageur (de préférence à cheval), et qu'il exerça comme son père des fonctions politiques en étant maire de Bordeaux de 1581 à 1585. Mais surtout, rendons hommage à celui qui à travers ses oeuvres et les lectures posthumes qui en ont été faites, confère toute sa dignité et sa grandeur à l'Homme.

Le Mercredi 11 Juin 2008 à 08:45
Article écrit par fabuck ()




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