Philosophe à sa façon, écrivain au talent souvent méconnu, Donatien Alphonse François de Sade nait dans une famille de la vieille aristocratie française : il devient quelques années plus tard le Divin Marquis que tout le monde connaît, sublime, idolâtre ou déteste...Quoiqu'il en soit, car nous y reviendrons plus tard, notre petit Donatien, qui n 'est encore qu'un enfant, rejoint l'école militaire à quatorze ans : il reviendra sur
Paris en 1763 avec le grade de capitaine....
Déjà, il fréquente les courtisanes, les actrices (ce qui, à l'époque, n'est pas franchement vu d'un oeil complice par le milieu aristocratique de l'époque, pour qui la limite entre prostituée et comédienne est somme toute assez floue), et son goût pour les choses de la luxure est très tôt remarqué. Ces premiers épisodes libertins le conduisent rapidement dans les geôles royales : il est incarcéré un peu après son
mariage pour le délit de débauche outrée. Ce n'est que le début d'une longue série de séjours en prison...Certains disent pourtant de lui qu'il est homme élégant, fin d'esprit, vif, beau : la beauté du diable ? En 1768, le Marquis de Sade (son père est comte : comme le veut l'usage, Donatien portera le titre de Marquis en tant qu'aîné mâle d'un père comte, bien que les historiens ne soient pas unanimes sur l'exactitude de son titre...) retourne derrière les barreaux pour délit de « flagellation » : quatre ans plus tard, après sa sortie, il y retourne pour six mois. Sade était accusé d'avoir empoisonné une prostituée qui s'était rendue malade après avoir goûté à l'un de ses aphrodisiaques. Condamné à mort par coutumace, Donatien est arrêté et emprisonné.
Il s'évade peu de temps après, mais aussitôt sorti, le voilà repris sur lettre de cachet, lesquelles avaient encore quelques bons jours à vivre... Il fréquentera la prison de
Vincennes, puis celle de la Bastille, pour ensuite finir à Charenton. C'est là que notre Divin Marquis écrira sans cesse pour tenter de survivre à une captivité insupportable à ce jouisseur né.
Libéré en 1970 pendant la
Révolution Française, Donatien de Sade n'en a pas fini avec le malheur : sa femme obtient la séparation de corps, ses fils émigrent à l'étranger, sa belle famille l'a quasiment renié (après, toutefois, lui avoir maintes et maintes fois évité la condamnation à mort et lui avoir autrefois évité la prison), son château de Lacoste dans le Lubéron est pillé. Il monte des pièces de théâtre pour survivre, et échappera à la guillotine après une erreur administrative bienvenue... Sade continue alors à écrire : toujours plus libertins, toujours plus athés, toujours plus choquants, entre l'
érotisme barbare et un nihilisme
pornographique, ses écrits révoltent les biens-pensants de l'époque. C'est le caractère outrageant de ses écrits, encore une fois, qui le réexpédie à l'asile de Charenton par la voie expéditive d'une décision administrative. Il semble que même de hautes personnalités de l'Etat le craignent etveulent le réduire au silence : l'établissement de Charenton fera l'affaire....Sade parvient cependant à nouer des relations avec le directeur de l'établissement, qui, sur la demande de Sade, fait aménager un théatre dans l'asile.
Dès lors, les pièces se succèdent : les aliénés sont finallement minoritaire dans le public, et c'est tout le Grand Monde qui défile pour voir Sade officier... Il a toujours toute sa tête, et entend bien qu'on se le dise, en vain : il restera à Charenton jusqu'à la mort, privé de tout moyen d'écrire (des instructions à ce sujet seront données au directeur de Charenton pour que Sade ne puisse pas écrire : ses écrits sont décidemment par trop subversifs et dangereux pour la stabilité de la nation...).
Avec une maîtrise parfaite de la langue française, dans un style et une rhétorique parfaits, Sade aura la particularité d'aller et venir entre les genres, passant de la dissertation philosophique à l'essai pornographique extrème. Ainsi, on retrouvera dans « Dialogue entre un prêtre et un moribond » l'affirmation d'un athéisme absolu, tandis que certains passages de « Justine » condamneront l'ouvrage à circuler sous le manteau jusqu'au dix neuvième siècle...Il faut attendre le vingtième siècle pour que Sade et son oeuvre, édifiante, incroyable, soient réhabilités. Redécouverte, son immensité est aujourd'hui incontestable : il n'est plus question d'y voir l'expression d'une pornographie morbide et extrême, mais bien d'y retrouver une attaque sans pitié contre les hypocrisies humaines et les vils atours de la pensée dominante. Il s'agit en effet pour Sade de défendre le vice comme une chose de la nature, et de libérer l'homme du lot trop pesant de ses contraintes, notamment de ses contraintes morales....A ne pourtant pas mettre entre toutes les mains.