Il existait déjà au même endroit une statue en pierre faisant office de fontaine et ayant aussi la forme d'un petit « Amour » urinant. La plus ancienne mention de cette fontaine (dénommée alors « 't Menneken Pist » : «le Gamin Pisse») a été retrouvée dans un texte de 1452 mais il n'y a pas de représentation disponible. Le Manneken-Pis était donc une des nombreuses fontaines qui alimentaient Bruxelles en eau potable.
A l'origine, la statuette n'était pas accolée au mur et pouvait donc être vue sous tous ses angles, ce qui explique que la sculpture est aussi bien travaillée tant de dos que de profil ou de face. Deux bassins furent ajoutés et, en 1770, une niche en pierre bleue vint compléter l'ensemble. La mise en valeur de la statue de Manneken-Pis placée dans un tout nouveau décor rococo confirme l'importance que celle-ci avait acquise pour les Bruxellois. La fontaine fut protégée par une grille incurvée qui permettait toujours un accès à l'eau.
Cette grille fut remplacée par une nouvelle au XIXème siècle, qui empêche désormais tout accès à l'eau. En effet, à la moitié du XIXème siècle, la ville se dote d'un système de distribution d'eau à domicile et les fontaines et leur utilité disparaissent. Seul Manneken-Pis subsiste, symboliquement : la statue est classée par un arrêté le 16 octobre 1975. De nombreuses
légendes urbaines sont apparues afin d'expliquer la nudité du « ketje » de Bruxelles bravant la morale judéo-chrétienne en vigueur depuis quelques siècles. Cette nudité offerte devint alors un acte de gloire, un geste de bravade ou encore la représentation d'un haut fait historique ou miraculeux. Ainsi la légende la plus répandue raconte qu'un riche bourgeois aurait perdu pendant cinq jours son jeune fils unique lors des festivités de la ville et l'aurait retrouvé urinant avec désinvolture au coin de la rue de l'Etuve. Reconnaissant, le père aurait alors financé la fontaine ornée d'une statue reproduisant la scène. Une autre légende évoque le sauvetage de la ville par un petit garçon qui aurait éteint à sa manière une mèche menant à des galeries souterraines remplies de poudre. Au XVIIIème siècle on racontait que le petit enfant d'un duc, amené sur un champ de bataille se soulagea et que les troupes galvanisées par cette scène remplie de quiétude remportèrent la victoire. Au XIXème siècle, on prétendait que le gamin représenté était le fils d'un comte parti à la première Croisade qui aurait fait pipi sur le trottoir au moment où la procession du Saint Sacrement passait dans la rue. La statuette répèterait alors ce geste frondeur. Une légende plus fantastique fait appel à l'ensorcellement d'un gamin surpris en plein acte sur la porte d'une sorcière. Condamné alors à répéter éternellement son geste, le gamin aurait apitoyé les Bruxellois qui l'auraient alors remplacé par une statuette de pierre. Ces légendes permirent aux Bruxellois de s'approprier la célèbre fontaine et d'en faire le symbole de leur ville et de leur état d'esprit. La statue de Manneken-Pis aujourd'hui à l'angle des rues du Chêne et de l'Etuve est la réplique exacte de celle qui a été commandée en 1619 et fondue à Bruxelles en 1630, elle a été réalisée en 1965. La statue d'origine est mise à l'abri dans le musée (La Maison du Roi) pour éviter qu'elle ne soit volée ou abîmée. En effet, victime de son succès, elle a connu de nombreuses mésaventures au cours des siècles. Ainsi, la première démolition de la statue, par un noctambule, date de 1628. En 1695 lorsque le Maréchal de Villeroy, sous les ordres de Louis XIV, assiège Bruxelles, Manneken-Pis est mis à l'abri par les habitants ; il retrouvera sa colonne juste après le terrible bombardement français. On fit graver alors sur son piédestal une inscription latine signifiant « Le Seigneur m'a élevé sur un socle de pierre et maintenant il élève ma tête au-dessus de mes ennemis ». Il fut dérobé d'abord par les soldats anglais (1745) retrouvé à Grammont, puis par des grenadiers français (1747) qui l'abandonnèrent à la porte d'un cabaret de Bruxelles. En guise de réparation, le roi de France Louis XV le dotera d'un costume de marquis et le fit « Chevalier de l'Ordre de Saint-Louis ». Cette nomination obligea les troupes à lui faire le salut militaire. Le vol le plus célèbre reste celui accompli par Antoine Lycas en 1817, dans la nuit du 4 au 5 octobre. Cet ancien forçat français fut condamné aux travaux forcés à perpétuité, à la flétrissure et à l'exposition publique. Retrouvé en mauvais état dans les remparts de Bruxelles, Manneken-Pis fut remis en place le jour de la
Saint Nicolas, en 1818, à la grande joie des Bruxellois. Au cours du XXème siècle, le petit bourgeois de Bruxelles a encore connu de nombreuses péripéties : on peut y inclure les tentatives d'enlèvement (1951,1958) ; les mutilations plus ou moins sérieuses (1955, 1957, 1965 -il ne reste alors que les jambes-) ; les enlèvements par des étudiants (1963, 1968, 1978) mais le chérubin regagnera toujours son piédestal. Manneken-Pis fait partie intégrante de la vie de Bruxelles et avec l'Atomium et la Grand Place, il symbolise la capitale belge. Le plus ancien bourgeois de la ville est devenu un personnage fétiche : son petit air espiègle, coquin, fripon, symbolise parfaitement l'esprit frondeur et le sens de l'humour des Bruxellois, qui le revendiquent. Il est associé à toutes sortes de causes : d'
Amnesty International à la Gay Pride. Chevalier de l'Ordre de Saint-Louis, Brigadier d'Honneur de divers régiments, le plus vieux citoyen de Bruxelles a reçu le titre envié de « Premier Ambassadeur du Patrimoine folklorique et culturel bruxellois » des mains du Président du Syndicat d'Initiative et de Promotion de Bruxelles. Les membres de l'Ordre des Amis de Manneken-Pis l'aident à remplir cette fonction prestigieuse. De nos jours encore, il s'associe régulièrement aux joies et aux peines de la ville. On l'habille d'ailleurs en conséquence : comme certaines statues religieuses et ce depuis le Moyen Âge, il est revêtu de costumes pour le moins éclectiques selon les occasions : costumes de gala, militaires, estudiantins, folkloriques, associatifs, de musiciens, de sportifs, de personnages célèbres, de légende ou réels (costumes du carnaval d'Alost, des arts martiaux traditionnels japonais, celui de
Saint-Nicolas, Mickey, Spider-Man, les Schtroumpfs, Obélix,
Dracula et le dernier, un costume traditionnel de
Roumanie, janvier 2007...). Sa garde-robe compte aujourd'hui plus de 780 tenues que l'on peut admirer depuis fin 2005 dans un nouveau dressing, au Musée de la Ville de Bruxelles, situé dans la Maison du Roi, sur la Grand Place. Le don du premier costume au petit bourgeois est mentionné en 1698 : à l'occasion d'une grande fête donnée le 1er mai de cette année, Maximilien-Emmanuel de Bavière, gouverneur des
Pays-Bas offrit un habit de couleur « bleu de Bavière » aux membres du serment des arquebusiers, à la statue de Saint-Christophe et à celle de Manneken-Pis. Le plus ancien conservé au musée est celui offert en 1747 par
Louis XV pour excuser ses troupes qui avaient dérobé le petit bonhomme. Un habilleur officiel est chargé de parer le môme de ses habits traditionnels à date fixe, selon la fête, et ce, une trentaine de fois par an. Depuis 2005, il s'agit de Jean-Marc Ahne. La grande fête de Manneken-Pis se déroule les premiers jours de septembre, elle est organisée par l'Ordre des Amis de Manneken-Pis. Le Petit Julien est alors habillé d'un de ces nombreux costumes et arrose ses admirateurs. En effet, lors du changement de costume ou en cas de remise d'un nouvel habit, des festivités sont lancées. Un cortège part de l'Hôtel de Ville, rejoint la statue, entonne le chant qui lui est dédié et la fontaine se transforme alors en abreuvoir alcoolisé.
Bière, vin et cidre peuvent sortir du Manneken-Pis, à la plus grande joie de l'assistance, on s'en doute. Lors de certaines fêtes, d'autres confréries accompagnées parfois de fanfares et de « géants » assistent à la cérémonie. Au-delà des réjouissances locales, la popularité dont jouit le petit bonhomme irrévérencieux est internationale, en témoigne les copies et imitations à travers le monde : ainsi Manneken-Pis a un double à Kobe, un à Osaka, un autre en Espagne et un à
Colmar. A l'occasion de Mode Design Brussels 2006, un Manneken-Pis vert fluo de presque 4 m de haut a été installé à la gare de
Lille. Aux abords de la Grand Place, on peut s'offrir une reproduction du petit garçon en chocolat, en plâtre ou en fonte. De nombreux produits dérivés existent aussi : par exemple une eau de toilette (« Le Pipi de Bruxelles ») créée en 2001 ou encore une bière dont l'étiquette à l'effigie du Manneken-Pis a fait polémique en Pennsylvanie il y a une dizaine d'années. Le Petit Julien est une source sûre d'inspiration : en 1949, Maurice Chevalier lui consacra une chanson dont il existe une version en flamand. Une autre chanson exprimant la joie de Manneken-Pis et des Bruxellois relative au départ des Sans-Culottes de 1793, fut retrouvée dans les Archives de l'Hôtel de Ville de Bruxelles : ceci témoigne de la fascination intemporelle que provoque le petit bourgeois. Il fut aussi, à plusieurs reprises, la figure centrale des revues du théâtre « Les Folies Bergères » aujourd'hui disparues. Le cinéma s'est également emparé de l'icône belge : en 1913 fut réalisé
Saïda a enlevé Manneken-Pis par le cinéaste Alfred Machin, un court métrage belge burlesque et patoisant. Frank Van Passel a réalisé en 1994 un film au titre évocateur :
Le P'tit Pisseur à Hollywood et plus récemment Manneken-Pis se fait enlever par des extraterrestres dans le court-métrage en 3D
D'amour et d'eau fraîche (conçu par cinq étudiants de Montbéliard, sorti en janvier 2006). Figure emblématique de Bruxelles et plus largement de la Belgique, l'avenir du petit bonhomme est déjà assuré... Il lui faudra cependant prévoir de la place pour ses nombreux futurs costumes !...