Depuis cinq cents ans, elle captive les esprits de millions de personnes qui espèrent en comprendre le mystère. Nombreux sont ceux et celles qui ont rêvé de visiter le
Louvre, afin de jeter un coup d'oeil sur ce chef-d'oeuvre de
Léonard De Vinci, fleuron de la Renaissance. Vinci (1452- 1519) fut un novateur génial dans le domaine de la peinture. Lors de l'invasion française en Italie en 1499, il se trouva pris dans le tourbillon des luttes et mena une vie errante et inconstante, voyageant sans cesse.
Son oeuvre la plus célèbre et la plus célèbre de toute l'histoire de l'art : la Joconde, la Gioconda ou Mona Lisa, datant de cette époque, a survécu au temps. A la
Renaissance, l'esprit humaniste se manifeste avec l'apparition d'un nouveau genre artistique, le portrait, révélant l'élément le plus important et le plus expressif de l'individu : le visage. Leonard de Vinci aurait mis au moins 10 000 heures pour peindre à l'huile et à la loupe sa Joconde de 77 cm de haut et de 53 cm de large, sur du bois de peuplier. Ce tableau réalisé vers 1503-1506 laisse aujourd'hui encore bien des questions en suspens. En premier lieu, on ne connaît pas avec certitude l'identité de la personne représentée. En février 2007, un généalogiste italien, Domenico Savini, annonce avoir retrouvé les descendantes de la fameuse Mona, appartenant à la famille des Strozzi, grands concurrents des Médicis au XIVème siècle. Son hypothèse est fondée sur celle que les historiens considèrent comme la plus probable, depuis le témoignage de l'architecte Giorgio Vasari: la jeune femme peinte par Léonard s'appelait Lisa Gherardini.
À 16 ans, elle avait épousé le fils d'un marchand de soie de dix-neuf ans son aîné, Francesco di Bartolomeo del Giocondo. Mona Lisa mena une existence recluse et discrète dans sa maison familiale de la via della Stufa. Elle mourut le 15 juillet 1542, et fut inhumée au couvent Sant'Orsola. Son portrait fut commandé par son époux à Léonard en 1503 mais il ne quitta jamais Léonard de son vivant : il ne le remit jamais au mari et l'emporta probablement à Amboise où François Ier le fit venir. Ce dernier en fit l'acquisition et l'installa à
Fontainebleau.
Il connaîtra le Cabinet du Roi à
Versailles, les Tuileries puis le Louvre en 1804. Le tableau de la Joconde y fut volé le 21 août 1911. Apollinaire et Picasso furent soupçonnés. Le délit, revendiqué par l'écrivain italien Gabriele d'Annunzio, a été commis par Vincenzo Peruggia, un vitrier qui avait participé aux travaux de mise sous verre des tableaux les plus importants du musée. Malgré la récompense promise, le voleur conserva le tableau pendant deux ans dans sa chambre à Paris. De retour en Italie en 1913, il proposa de le revendre à un antiquaire florentin, Alfredo Geri, qui donna l'alerte. La Joconde revint au Louvre en 1914. Le tableau, sorti indemne de la
Seconde Guerre mondiale car souvent déplacé, fut vandalisé en 1956, par un jeune Bolivien, Ugo Ungaza Villegas, qui endommagea le coude de Mona Lisa en lui lançant une pierre.
Le tableau est dorénavant protégé par une vitre sécurisée. La Joconde a peu quitté Paris depuis: en 1963 (
New York et
Washington) et en 1974 (
Tokyo et
Moscou). Depuis 2005, la Joconde bénéficie au
Musée du Louvre à Paris, d'une salle rénovée et spécialement aménagée pour la recevoir, la salle des États, dans laquelle elle fait face au célèbre tableau de Véronèse,
Les Noces de Cana. Le tableau de la Joconde n'est ni daté, ni signé et ne porte aucun indice écrit, ce qui laisse la porte ouverte à d'autres explications.
Ainsi la Joconde serait Constanza d'Avalos, maîtresse de Jules de Médicis, surnommée "la Joconde" ; Catherine Sfoza, princesse de Forli du XVème siècle (d'après un portrait peint par Lorenzo di Credi) ; ou même un autoportrait travesti de Léonard De Vinci. En italien, "giocondo" signifie « heureux, serein ». Vinci peignait donc à la fois le portrait d'une femme, mais aussi celui d'une expression, la sérénité. Au-delà de l'effet de la composition, Vinci a employé la technique du clair-obscur capable de générer du relief et de modeler la figure. Le "sfumato" (enfumé) était un procédé utilisé par le peintre qui, par un effet d'optique, pouvait engendrer perspectives et nuances esthétiques grâce aux variations d'ombres et de lumières.
C'est précisément dans le caractère incertain du
sfumato et dans les traits imprécis du modèle que réside la vie de ce visage : la façon dont la Mona Lisa regarde le spectateur est fonction de sa propre attente. En décembre 2005, le magazine britannique "The New Scientist" relate une étude basée sur un logiciel de reconnaissance des émotions sur le visage selon laquelle Mona Lisa était 83% heureuse, 9% écoeurée, 6% craintive et 2% en colère.
Deux médecins lyonnais assistés d'un sculpteur annoncent par ailleurs que la Joconde souffrait d'une paralysie faciale et son sourire résulterait d'une asymétrie musculaire. Elle aurait eu aussi le bras et l'épaule paralysés, explication qui lui ôte un peu de son charme toutefois. À l'automne 2004, le Centre de recherche et de restauration des musées de France a invité une équipe de chercheurs en imagerie 3D du Conseil national de recherches du
Canada à participer à un examen scientifique détaillé de la Joconde en utilisant un système à balayage laser sophistiqué en couleurs et en trois dimensions. Cela a permis de mesurer avec précision la forme du panneau de bois sur lequel la Joconde est peinte, d'examiner les caractéristiques de la composition et des craquelures de la couche picturale, et d'aider à l'analyse de l'état de conservation de la peinture et à l'étude de la technique picturale de Vinci, en particulier son
sfumato. Le degré de résolution a aussi permis de voir la variation d'épaisseur des couches de vernis et de révéler l'esquisse de la Joconde réalisée par le maître. Le Conseil national de recherches du Canada a ainsi dévoilé en septembre 2006 que Mona Lisa était enveloppée d'un voile de gaze fine et transparente normalement porté à l'époque par les femmes enceintes ou venant d'accoucher. Le sourire mystérieux de la Joconde serait donc celui d'une femme enceinte ou qui vient d'avoir un enfant. Ceux qui ont vu en elle l'expression de la féminité, voire de la
maternité, car elle semblait apparaître comme tenant un enfant dans ses bras ne se seraient donc pas trompés. Au regard mystérieux, au sourire énigmatique s'ajoute l'étrangeté d'un paysage déroutant et fascinant. Sur la gauche, le chemin tortueux ne menant nulle part représenterait l'absurdité et l'angoisse existentielles ; sur la droite le pont apparaît comme un passage vers une alternative esthétique et transcendante ; au milieu, la Joconde incarnerait la condition humaine. On peut y voir un idéal de beauté face à une nature chaotique ou une représentation métaphysique, traduisant les rapports de l'homme à la nature et au divin. La Joconde est devenue un tableau mythique car à toutes les époques les artistes l'ont prise comme référence. A partir du XVIème siècle, nombreuses furent les copies et imitations (Corot,
Robert Delaunay, Léger). Emblème du Louvre, gage de sérénité, signe récurrent connu de tous, chaque utilisation de son image est un succès assuré. Au XXème siècle les surréalistes comme Dali ou Duchamp détournèrent le tableau. S'en prendre à la Joconde, c'est viser le système de représentation qui l'a érigée en chef-d'oeuvre intemporel, c'est commettre un acte de vandalisme intellectuel libérateur. On peut citer parmi ces rebelles de « l'art établi » : Rauschenberg, avec sa
Pneumonia Lisa (1982), la "Mona Lisa"de Giovanopoulos (1988), "Thirty are better than one" (1963) de Warhol, un ready-made de Spoerri et un autre de Filliou ("La Joconde est dans l'escalier") mais rien ne vient à bout de l'oeuvre majeure qu'est la Joconde, merveilleuse inspiratrice. En témoignent les artistes Barbara et
Serge Gainsbourg qui l'ont chantée, l'opéra éponyme de Ponchielli (1876) ou encore Jean Margat , Hervé Le Tellier qui en ont fait un personnage littéraire et, plus récemment, Dan Brown, dans son désormais célèbre "Da Vinci Code" (livre et film) qui en lui attribuant anagrammes, étrangetés de composition et autres sourires entendus, n'a fait que reformuler à sa façon l'ensemble des mythes qui lui sont attachés. Support du fantasme des rois et des artistes, des historiens et des touristes, des poètes et des voleurs ; icône de l'art de la Renaissance, destinée à la contemplation universelle : chaque jour, des milliers de visiteurs viennent au Louvre voir Monna Lisa (Mona Lisa) pour la reconnaître et tenter d'en percer le troublant mystère. Insaisissable et intemporelle, la Joconde ne peut laisser indifférent !