La grossesse extra-utérine semble être « l'ultime mésaventure d'un oeuf retardataire ». Retard mis à la captation par la trompe de l'ovule, qui peut être ainsi fécondé dans la cavité péritonéale (le spermatozoïde continuant de toute façon sa progression jusqu'à sa rencontre) et surtout le ralentissement de la migration de l'oeuf vers l'utérus, à l'intérieur de la cavité tubaire.
En fait, les mouvements péristaltiques de la paroi tubaire qui permettront cette migration pouvant être de mauvaise qualité et inefficaces à cause d'une malformation de la trompe, de séquelles d'une infection (salpingite par exemple) ou d'une intervention réparatrice pour stérilité. Enfin, on incrimine aussi des spasmes tubaires, consécutifs à des troubles neuro-végétatifs, qui expliqueraient les grossesses extra-utérines survenant à répétition chez certaines femmes. Ainsi, l'ovule fécondé n'aura pas le temps d'arriver jusqu'à la cavité utérine et la nidation se fera par erreur, en temps et en heure dans la trompe (partie externe le plus souvent) mais aussi dans la cavité péritonéale. Par de phénomènes de lyse, grâce à ses enzymes, l'oeuf pénètre dans la paroi de la trompe, très mince par rapport à la paroi utérine. Les éléments placentaires commencent alors à se différencier. Il se produit alors rapidement une érosion de vaisseaux sanguins, entrainant des hémorragies qui, si elles restent circonscrites entre l'oeuf et la paroi tubaire, vont dans un premier temps décoller celui-ci, entrainant sa mort par manque des apports nutritionnels indispensables.
Si la mort de l'oeuf est précoce, si les hémorragies ne sont pas trop importantes, le processus peut s'arrêter à ce stade et passer inaperçu, ce qui est assez rare. Le plus souvent, l'oeuf continue à grossir et à envoyer des ébauches de villosités placentaires dans la paroi tubaire trop mince et richement vascularisée, entraînant tôt ou tard soit une hémorragie mettant en jeu la vie de la mère si un gros vaisseau est rompu, soit une rupture de la trompe devenue trop étroite et fragilisée après quelques semaines de développement.
Ainsi s'expliquent les signes cliniques de la grossesse extra-utérine. C'est donc une grossesse qui se traduit par un retard de règles et parfois des signes sympathiques de la
grossesse. Mais, cette grossesse n'a pas la possibilité d'évoluer normalement. Rapidement, des hémorragies génitales apparaissent parfois discrètes, constituées de sang foncé, couleur sépia, simulant parfois de véritables
règles, pouvant alors méconnaître la grossesse. La trompe distendue réagit alors par de véritables coliques douloureuses, jusqu'à ce que sa rupture ou l'hémorragie brutale mette fin de façon dramatique à cette grossesse. La grossesse extra-utérine constitue une des urgences chirurgicales majeures. Les aspects cliniques de la grossesse extra-utérine sont souvent trompeurs, aussi un médecin doit-il évoquer ce diagnostic devant toute grossesse anormale s'accompagnant de douleurs et de saignements légers ou même devant tout retard de règles ou irrégularité du cycle s'accompagnant de douleurs. Si les différents examens que sont l'échotomographie ultra-sonique et/ou l'hystérosalpingographie laissent persister un doute, une coelioscopie sera pratiquée en urgence.
Elle permettra de visualiser directement une trompe distendue par la grossesse et confirmera le diagnostic de grossesse extra-utérine. S'il ya grossesse extra utérine, le chirurgien aura la possibilité d'intervenir de suite et conserver la trompe en extirpant simplement l'oeuf si la grossesse est jeune. Si ce n'est pas le cas et que la trompe est trop abimée, il faudra alors enlever celle-ci en totalité ou en partie. C'est souligner encore une fois l'intérêt du diagnostic précoce et des précautions prises par le médecin pour ne pas ignorer trop longtemps une grossesse extra-utérine.