Calqué sur le système des contrebandiers de cigarettes dans les mers des
Caraïbes, le phénomène du « Go fast » est à la mode depuis le début des années 2000. C'est un moyen très efficace utilisé par les trafiquants de drogue pour acheminer leurs marchandises dans les villes.
En effet, ce terme est employé pour dénommer les véhicules superpuissants qui acheminent la drogue depuis Marbella à
Malaga (au sud de l'
Espagne), et similairement à partir du
Maroc et de la Hollande vers la
France, notamment dans les banlieues parisienne et toulousaine. Ces véhicules sont des grosses cylindrées (
Audi RS4,
BMW M5, BMW M3, Porsche 911 Turbo,
Porsche Cayenne, etc.) et sont utilisés pour pouvoir passer au travers des barrages des forces de l'ordre. La plupart du temps, ces véhicules ont été volés. Par ailleurs, depuis qu'ils peuvent se le permettre, pour rester dans l'anonymat total, les trafiquants achètent leurs voitures sous des prête-noms. Ainsi, ils utilisent le nom de leurs petites amies comme garantie de la transaction. Ensuite, ces trafiquants dotent leurs véhicules de fausses plaques d'immatriculation qui concordent à une vraie voiture de même marque et de type, c'est le principe de la « doublette ». Ces véhicules sont équipés d'un système
double vitrage contre les balles et les bruits extérieurs ainsi que de réservoirs additionnels.
Généralement, le principe du « Go fast » est de transporter les marchandises illicites à très grandes vitesses, cela afin de contrecarrer les manoeuvres d'interception des forces de l'ordre. Pour les trafiquants, la vitesse est le seul gage de sécurité contre les policiers et les gendarmes. C'est aussi un moyen pour avoir de l'avance sur les concurrents. Effectivement, il est beaucoup trop risqué pour les forces de l'ordre de vouloir arrêter une voiture roulant à plus de 240 km/h. De ce fait, l'acheminement des cargaisons est plus rapide donc plus sûr.
Et surtout, il n'est plus indispensable de dissimuler les produits sous les chaises! Avec ce système, la voiture peut être chargée à ras bord, avec la possibilité de mettre jusqu'à 500 kilos de drogue dans le coffre, tout en diminuant le risque pour le passeur. Techniquement parlant, les convois « Go fast » reposent sur l'utilisation de 3 à 5 voitures par convoi. La première voiture tient le rôle d'éclaireur, d'« ouvreuse » ou d'« abeille ». Elle détecte les barrages, brigades de douanes et contrôles de vitesse, et vérifie que rien sur le trajet ne gêne l'avancée du convoi. La deuxième voiture appelée « mulet » ou « porteuse » sert à transporter la marchandise. Les autres véhicules appelés « suiveuses » ferment le convoi. En cas de problèmes, elles interviennent pour débloquer les éventuels poursuivants. Ces voitures sont en constante liaison téléphonique durant tout le trajet.
Ainsi en cas de tentatives d'interception, les séquences de poursuite n'excèdent jamais plus d'un quart d'heure du fait de la puissance des voitures, mais aussi du fait du professionnalisme des pilotes. A vrai dire, ces passeurs ont été formés à la conduite tout terrain. Le recrutement de certains a été fait à l'issu de rodéos urbains. La plupart sont membres de grosses organisations, tandis que d'autres travaillent indépendamment et louent ainsi leurs services au plus offrant.
Néanmoins, tous se retrouvent responsables des cargaisons qu'ils transportent et de la même manière responsables de tout ce qui peut en découler. Pour les pilotes indépendants, il y a un revers à la médaille car leurs familles sont généralement pris en otage par les trafiquants. Ces derniers font pression pour que les convoyeurs ne faillissent pas à leur mission. Le réseau des « Go fast » s'avère en fait être un système très fermé et dangereux. En effet, le chauffeur « porteur » n'est pas censé connaître son suiveur, lequel peut à tout moment être changé en cours de route pour une question de sécurité. Ce suiveur, lui-même, peut être remplacé sans qu'il ne sache l'identité de son remplaçant. Toutefois, toute communication entre ces deux « entités » se fait par téléphones portables, lesquels sont évidemment non traçables.
Pour renforcer un peu plus le « secret », ils utilisent des puces qu'ils jettent ensuite à leur arrivée à destination. Pour se protéger, les convoyeurs utilisent même des armes. Mais le concept du « Go fast » ne s'arrête pas sur ces méthodes de convoi par voie terrestre. A défaut de convoyer sur les routes, les gros trafiquants utilisent les moyens maritimes et aériens pour transporter leurs marchandises. Ainsi, pour passer du Maroc à l'Espagne, les trafiquants utilisent des hors-bords pour acheminer leurs cargaisons.
Dans les Caraïbes, des sous-marins sont également utilisés pour la livraison. Les voyages en hélicoptères peuvent aussi être choisis, surtout pour détourner l'attention des brigades terrestres. En tout cas, sûrement que les trafiquants trouveront autre chose quand les Go Fast ne seront plus assez rapides pour semer la police !