C'est sur les rivages de la côte est de la Grande Ile, aux alentours de
Fort Dauphin que la longue histoire, qui liera à jamais l'Europe et
Madagascar, en particulier la
France et Madagascar, a pris naissance. Lieu privilégié des incursions européennes en terre malgache, la partie sud-est de l'île recèle de vestiges qui témoignent de ce que furent les débuts de ce que l'on appellera plus tard la colonisation.
En effet, c'est sur l'île de Santa Cruz, appelée aujourd'hui l'îlot aux portugais, non sans raison, que l'on retrouve le plus ancien vestige de la présence des Européens : le fort des portugais qui servit de refuge à de malheureux marins portugais, victimes d'un naufrage. L'histoire retiendra d'eux qu'ils étaient dix naufragés, qu'ils édifièrent un bastion pour se protéger des Antanosy, qu'ils furent finalement tous exterminés et que le lieu de leur exil deviendra plus tard le Fort Flacourt. Sur la pointe nord-est de Fort Dauphin se dresse un fort, occupé aujourd'hui par l'armée malgache : le Fort Flacourt, construit par la colonie française de Madagascar, en l'honneur d'Etienne de Flacourt, écrivain, employé et actionnaire de la compagnie des Indes et « commandant de Madagascar ». Ce nom ne vous dit sûrement rien, pourtant Etienne de Flacourt fut un élément important dans l'histoire des premiers colons français de Madagascar. Né à
Orléans en 1607, de Flacourt revendique ce haut lieu de l'histoire des premiers européens de Madagascar, non pas pour des raisons patriotiques mais pour des raisons purement commerciales, car se trouvant idéalement sur la route des Indes.
C'est pourquoi, en 1642, les colons établirent le fort qui portera désormais le nom de celui qui en fut l'instigateur et qui deviendra un comptoir de la compagnie des Indes, avant de créer par la suite Fort-Dauphin, en l'honneur du Dauphin de France,
Louis XIV, le futur Roi Soleil. C'est dans un contexte de troubles entre les colons et les autochtones, quand Jacques de Pronis ayant fait de Fort-Dauphin un lieu de vente d'esclaves, provoquant de ce fait la colère des indigènes, que Flacourt mit cap sur Madagascar dans le but de rétablir l'ordre.
Il y arriva le 15 Décembre 1648 et renvoya Jacques de Pronis en France et prit sa place à la tête de la compagnie. Il y restera jusqu'en 1655, ayant pu réaliser entre temps une étude de la population, de leurs moeurs et de la flore. Rappelé en France à la même époque, il emportera dans ses bagages un
dictionnaire de la langue malgache, un catéchisme et son oeuvre la plus importante : un livre d'histoire de Madagascar. Le 20 mai 1660, sur les ordres du duc de la Meilleraye, il s'embarquait sur la Vierge, avec 200 autres passagers pour Madagascar, qu'il ne reverra plus jamais, le bateau étant pris d'assaut par des corsaires turcs au large de Lisbonne.
Aujourd'hui, ne subsiste plus de l'ancien fort qu'une porte d'entrée monumentale, datant de 1643, un chemin de ronde aménagé au XVIIIème siècle, les restes d'un bastion construit par le comte de Maudave, ancien gouverneur de Fort-Dauphin, ainsi qu'une stèle gravée. Ayant fait l'objet d'une restauration dans les années 1950, le fort reste l'une des principales attractions de cette région de la Grande Ile.
Offrant une vue exceptionnelle sur la Pointe d'Itaperina ainsi que sur le mouillage de la fameuse baie de Fort Dauphin, l'édifice n'est malheureusement pas accessible officiellement au public. Toutefois, les curieux, moyennant un certain droit de passage à la sentinelle de garde à la porte du camp militaire auront l'occasion de faire une petite incursion dans le passé, à travers la résonnance de ces murs qui recèlent les souvenirs de plusieurs générations, acteurs privilégiés des débuts de l'entrée de Madagascar dans l'histoire de France. Evidemment les heureux visiteurs pourront prendre des photos du fort mais pas de la caserne. Secrets militaires obligent ! Heureusement, pour ceux plus conformistes, le fort abrite également un musée dédié à la ville de Fort-dauphin. De plus, depuis 1936, grâce à l'initiative de la famille De Heaulme, la réserve privée de Berenty abrite un musée ethnologique sur les populations locales. Mais la région regorge tout aussi bien d'une faune particulièrement fascinante, à l'exemple des lémuriens ou encore des nombreux oiseaux, aux mille couleurs ! Si un jour, vous aurez l'occasion de passer à Madagascar, n'oubliez pas de faire un petit tour dans le sud-est de l'île où vous pourrez contempler les premières traces d'une entreprise qui commença au XVIIème siècle et qui ne finira que dans les années 1960 et qui fit de la France l'une des premières puissance du monde, liant à jamais, dans le sang et dans les larmes, intimement, la France et Madagascar par la colonisation. De cette histoire ne restent que quelques témoins, muets mais pourtant présents, vestiges inaltérables d'une époque révolue, semblant défier le temps. Et au milieu de toutes ces richesses, dominant fièrement la magnifique baie de Fort Dauphin se dresse le Fort Flacourt, résistant à l'usure, sentinelle éternelle de la région du grand sud de Madagascar.
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