L'érotisme est aujourd'hui un style que l'on sépare du pornographique pour plusieurs raisons. En premier lieu, il sert comme notion juridique dans de nombreuses affaires ayant pour objet des productions revendiquées comme artistiques: une création esthétique érotique pourra prétendre à des avantages que n'aura pas une production pornographique, comme une liberté d'expression accrue, une diffusion moins contraignante, une reconnaissance sociale plus importante... Le style érotique se retrouve donc en peinture, en littérature, au cinéma mais aussi dans la publicité.
Il confine souvent à la pornographie. Et pour cause, il porte sur le même sujet! Bruce Labruce, un réalisateur de films qualifiés de post-pornographiques (une pornographie intellectuelle qui se distingue de l'érotisme qui, lui, parle aux sens) a même expliqué: « la différence entre l'érotisme et la pornographie, c'est la lumière ». L'érotisme est socialement reconnu comme un jeu des sens noble bien que léger, là où le pornographique renvoie à la consommation des corps et de leur image. Les jeux érotiques, au sens où ils sont montrés comme tels mais aussi pratiqués dans la vie quotidienne, sont basés sur une séduction certaine, mais qui ne présente pas un caractère sexuel trop prégnant. Ainsi, un Salon de l'érotisme se tient dans les grandes villes chaque année et draine un public varié qui vient là pour épicer un peu sa sexualité, flirter avec les limites de l'indécence en croyant ne jamais les dépasser ou encore jouer un rôle qui n'est pas le leur dans leur vie de tous les jours.
L'érotisme permet à nombre d'entre eux de se croire en dehors des normes d'une société alors qu'ils y sont pourtant fortement inscrits: depuis l'antiquité et même avant, les représentations érotiques jouent en effet un rôle dans la vie quotidienne qui dépasse la simple stimulation érotique privée. Liés au culte de la fertilité, les premières représentations ithyphalliques, représentant des sexes en érection, font très vite suite au culte de la déesse fertile. Il faut se rendre compte qu'on est loin des
sex toys présents au musée de l'érotisme!
L'antiquité voit cependant apparaître des représentations érotiques qui comptent parmi les premières à avoir pour but avoué l'excitation, décorant les lupanars romains, les maisons closes de l'époque signalée sur le trottoir par une sexe masculin gravé dans la pierre. Aujourd'hui, l'érotisme se retrouve bien en dehors des lieux consentis à ce qu'on peut nommer débauche, alors que la pornographie y est cantonnée, ainsi qu'à la sphère privée. Là encore, on retrouve un jugement de valeur entre érotisme et pornographie que certains font apparaître comme le produit d'une société puritaine qui par ailleurs met à disposition de l'érotisme gratuit sur le net, et même jusqu'à la pornographie. Mais l'un des charmes de l'érotisme est l'idée d'un voyeurisme. Le voyeur de productions érotiques se retrouve dans une position qui correspond à celle d'un voyeur épiant les prémices d'un acte sexuelle.
L'érotisme n'a donc pas qu'un avantage au niveau social mais présente pour certains une pratique interlope, un véritable jeu qui se conçoit dans la retenue, l'empêchement d'accomplir le geste final. Épier sans être vu; le voyeurisme fournit à l'érotisme toute la grammaire d'un art qui existe surtout par la limite qu'il crée entre pornographie explicite et allusions à ce qui, dans la vie quotidienne, reste tabou.