La venue au monde d'un bébé se prépare pendant neuf mois, et c'est toujours l'effervescence chez les futurs parents : le bébé sera-t-il en bonne santé ? Aura-t-il un handicap quelconque ? Est-ce qu'il aura tous ses doigts ? Autant de questions qui se bousculent dans la tête des géniteurs et qui ne trouvent des réponses entières qu'après la délivrance. Cette focalisation des craintes sur l'enfant éclipse un peu les risques encourus par la mère qui, à un certain stade, est juste considérée comme une porteuse, un sac amniotique entouré d'un corps.
Bien sûr, les progrès de la
gynécologie et de l'
obstétrique ont permis de faire de l'accouchement un acte de plus en plus sûr pour la mère et pour l'enfant. Toutefois, le travail qui précède la délivrance demeure un moment de souffrance pour la femme. Les conséquences de l'enfantement ne s'arrêtent pas là et peuvent laisser des séquelles plusieurs mois après, voire des années pour certaines. Parmi l'un des actes comportant le plus de risques pendant l'accouchement, l'épisiotomie arrive en tête et les débats font aujourd'hui rage dans le milieu scientifique et médical pour déterminer son utilité. L'épisiotomie est un acte chirurgical qui consiste à sectionner le muscle qui relie le périnée à l'anus afin de permettre à la femme d'expulser plus vite son bébé, et de le recoudre par quelques points de suture après l'accouchement. A première vue, l'acte paraît salvateur pour l'enfant et pour la mère mais il peut néanmoins être totalement désastreux pour cette dernière. Bien que pratiquée depuis près de 250 ans, l'épisiotomie ne s'est généralisée que dans les années 80-90, surtout en
France et aux
Etats-Unis.
La grande majorité des femmes de l'époque ont accouché avec une épisiotomie mais le nombre accru de complications générées par cet acte a conduit l'
Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à freiner le mouvement et à préconiser que seuls 20% des accouchements soient assujettis à cette pratique considérée comme dangereuse. Mais pour comprendre les méfaits possibles de l'épisiotomie, il faut d'abord connaître les objectifs qu'elle poursuit et ses implications sur l'organisme féminin.
Sur un plan purement médical, l'épisiotomie était autrefois préconisée pour éviter que le périnée ne se déchire pendant l'accouchement. Cela peut sembler paradoxal puisque l'épisiotomie elle-même consiste à inciser ce périnée. Les médecins et chirurgiens se justifient en avançant qu'il est préférable d'avoir une plaie nette et facile à recoudre à ce niveau de l'anatomie plutôt que d'avoir une blessure invisible (le périnée est en effet dissimulé par les muscles de la vulve) qui pourrait être irréversible. L'épisiotomie a ensuite été inscrite sur le protocole médical de l'accouchement pour diminuer et prévenir les risques d'incontinence urinaire ou fécale après la délivrance. Les statistiques démontrent pourtant que les patientes sur lesquelles une épisiotomie a été pratiquée ont plus de fuites urinaires et anales que celles qui ont accouché normalement et ce, pendant les trois mois qui suivent l'opération. Ici, le résultat obtenu est exactement l'inverse de l'objectif poursuivi.
L'épisiotomie est également traditionnellement prescrite pour prévenir la descente d'organes chez la parturiente, mais aussi quand le foetus est fragilisé (prématurité, cordon ombilical enroulé autour du cou, etc) ou qu'il doit être extrait par des moyens mécaniques (forceps, ventouses ou spatules). L'ouverture du périnée permettrait encore une fois d'amoindrir les risques de complications pour la mère et l'enfant. Pourtant, certains spécialistes sont sceptiques.
S'ils reconnaissent que l'épisiotomie peut être justifiée en cas d'extraction forcée du bébé, ils sont par contre formels sur les deux autres points : l'épisiotomie ne peut nullement améliorer le cas du foetus ni empêcher la descente d'organes (appelé aussi « prolapsus génital ») qui survient ou non selon la constitution physique de chaque femme. Ces mêmes médecins veulent aussi effacer des esprits l'idée reçue selon laquelle le premier accouchement doit absolument se faire sous épisiotomie car elle est totalement injustifiée. Si le tri est fait parmi toutes raisons avancées pour pratiquer l'épisiotomie, seuls 3 prétextes nécessitent impérativement la pratique de cet acte : quand le bébé est trop gros, quand le périnée est trop court (inférieur à 3 cm) ou trop musclé (notamment chez les sportives de haut niveau). Dans tous les cas, comme l'épisiotomie se décide à la seconde près où la tête du bébé apparaît, le tout est de savoir préparer ce moment tout au long de la grossesse. Car le problème à la source de l'épisiotomie est simple : le périnée n'est pas assez distendu. Une gymnastique quotidienne du périnée associée à des exercices respiratoires permet de détendre le périnée de façon naturelle au moment crucial, et de s'éviter ainsi une souffrance inutile.