Le « concept » d'enfant hyperactif, largement importé des
Etats-Unis gagne du terrain. Troubles de l'attention, impulsivité, agitation permanente... Qu'est-ce qu'un enfant hyperactif ? La réponse n'est pas toujours aussi évidente qu'on voudrait le croire. Agitation motrice, impulsivité, inattention : voici les trois symptômes caractéristiques des enfants hyperactifs. Aujourd'hui, on parle plutôt du trouble hyperactivité avec déficit de l'attention. En fait le terme générique d'hyperactivité recouvre des réalités très différentes.
De même, l'intensité des troubles varie d'un enfant à l'autre. Les garçons sans qu'on en connaisse vraiment la raison sont nettement plus touchés par l'hyperactivité que les filles. Largement diagnostiquée à l'étranger notamment dans les pays anglo-saxons, l'hyperactivité émerge déjà depuis quelques années en France mais est largement controversée. Pour certains, le concept d'hyperactivité est une invention qui ne correspond à aucune réalité scientifique. En l'absence d'un examen objectif, le diagnostic ne se fonde pas sur une norme médicale, mais sur des critères comportementaux subjectifs par définition. Par exemple les critères déterminants pour diagnostiquer une agitation motrice est que l'enfant hyperactif remue souvent les mains ou les pieds ou se tortille sur son siège ou encore il a du mal à se tenir tranquille lors des jeux ou des activités de loisirs. Mais que veut dire « souvent » ? Une fois par semaine, par mois, par jour ? Qu'est-ce qu'un enfant tranquille ? Qui en décide ? Ne cherche-t-on pas à « modéliser » des comportements gênants pour la famille, l'école, la société en général ?
Pour pouvoir établir un diagnostic d'hyperactivité, les symptômes selon un
psychiatre Américain devraient persister depuis six mois, à un degré qui est inadapté et ne correspond pas au niveau de développement de l'enfant. Même si les médecins disposent de batteries de tests susceptibles de leur permettre d'affiner et d'étayer leur point de vue, plusieurs tableaux cliniques peuvent laisser croire à une hyperactivité. Dans tous les cas, la mise en évidence d'un trouble de l'attention doit être absolument établie.
Mais malgré toutes les précautions prises, la frontière entre normal et pathologique demeure subjective. Un écart existe entre le point de vue des Anglo-saxons et celui des pédopsychiatres Français quant à l'origine de l'hyperactivité. Les anglo-saxons pensent que l'hyperactivité est secondaire à une atteinte organique-un déséquilibre biochimique dans le cerveau - tandis que les pédopsychiatres français la considèrent comme le symptôme d'un trouble affectif ou relationnel. D'autres mettent en avant l'hypothèse génétique ou encore une carence en fer ou un déséquilibre alimentaire. Bref, un consensus s'établit dans le corps médical français pour reconnaître la réalité de l'hyperactivité. Derrière les estimations d'enfants susceptibles d'être catalogués hyperactifs se cache un enjeu fondamental : la prescription de médicaments. Dans le cas où un enfant est diagnostiqué hyperactif, une prescription d'amphétamine peut être envisagée. Les amphétamines agissent sur la vigilance qui elle-même conditionne l'attention et le reste des fonctions cognitives. Paradoxalement, leur action stimulante calme l'impulsivité et l'agitation psychomotrice. Effet inexpliqué mais bien réel.
Les effets secondaires sont largement connus et redoutés : accoutumance, dépendance, risques cardiovasculaires. En
France des mesures sont prises par les autorités sanitaires afin de contrôler et limiter la consommation : pas de prescription avant l'âge de six, première ordonnance par un spécialiste hospitalier, de même que le renouvellement annuel. Ces mesures sont-elles efficaces ? Aucune étude ne permet de le dire pour l'instant. Ce qui est sûr et appréciable c'est qu'en France, le médicament est en général le dernier recours.
Les pédopsychiatres mettent donc l'accent sur une panoplie thérapeutique pour obtenir un résultat durable : psychothérapie, rééducations psychomotrice, orthophonique, thérapie cognitivo-comportementale.