Aujourd'hui plus que jamais, la globalisation et la numérisation des informations ont donné naissance à une nouvelle ère : celle du numérique. En effet, l'évolution fulgurante du monde de la communication ainsi que le développement sans précédent du plus grand réseau télématique international dénommé Internet ont rendu possible une accoutumance au « cybermonde » ou « cyberespace ». Il faut entendre par ces termes l'espace virtuel rassemblant la communauté des internautes et les ressources d'informations numériques accessibles à travers les réseaux d'ordinateurs.
Cette littérale « explosion » du cybermonde est en soi une révolution technologique et socioculturelle pouvant mener les cybernautes (les utilisateurs du réseau Internet) à bon nombre de phénomènes de dépendance ou d'accoutumance. Ce phénomène récent résulte de l'interconnexion de milliers de réseaux utilisant un protocole de communication commun qu'on dénomme « World Wide Web » ou « WWW ». C'est ainsi que la révolution Internet, qui au XXème siècle et actuellement a profondément bouleversé les habitudes des citadins, a engendré une forme de pathologie socioculturelle : la cyberdépendance. Effet retors d'une globalisation de l'information à travers ce qu'il est admis d'appeler la « Toile » (faisant référence à la toile d'araignée mondiale), la cyberdépendance est un phénomène récent. En effet, il s'agit d'une forme d'addiction qui se caractérise par un besoin étroit chez le sujet d'entretenir une proximité continue avec le réseau des cybernautes ou de nourrir une dépendance vis-à-vis d'un certain type d'informations qu'il recherche incessamment sur la « Toile ». A ce titre, les sociologues ont détecté chez la plupart des « cyberdépendants » la présence de troubles obsessionnels compulsifs dits « T.O.C ».
Cette manifestation pathologique est caractérisée par un comportement fait de pulsions à répétitions et générant chez l'individu une série d'actes compulsifs, guidés par l'accoutumance et sans logique. Les actes compulsifs du cyberdépendant sont mus par l'obsession que le sujet entretient au fur et à mesure de sa navigation sur Internet. Dans ce cadre, l'ordinateur est l'outil privilégié du cyberdépendant, on serait même tenté d'y voir un « partenaire passif » du sujet dépendant, tant la place que cet instrument occupe est importante.
Pour autant, le cyberdépendant a pleinement conscience de l'addiction dont il est victime, mais seulement il ne parvient à s'en départir, le plongeant ainsi dans un univers virtuel et fantasmatique. Le profil-type du cyberdépendant a depuis peu évolué : autrefois, les victimes étaient notamment des hommes d'une trentaine d'années ou un peu moins, ayant les moyens financiers d'assumer les coûts liés à la navigation Internet et à l'achat d'un ordinateur de bureau. Mais actuellement, figurent parmi les cyberdépendants aussi bien des hommes que des femmes qui entreprennent des démarches variées. C'est bien autour de cette nouvelle parité « hommes-femmes » que se situe à l'heure actuelle l'axe stratégique du phénomène social.
En effet, les motivations des hommes et des femmes se rejoignent en ce qu'elles témoignent à la base d'une insuffisance affective et d'un manque de relations humaines engendrés eux-mêmes par le phénomène du « surf » ou navigation Internet. Par contre, leurs motivations diffèrent de par l'objet même des recherches. En général, l'homme cyberdépendant affiche une accoutumance pour le monde de
l'érotisme, de la pornographie et tout ce qui aurait trait au sexe ou ce qui pourrait aboutir à concrétiser une relation sexuelle future.
A cet égard, le sujet masculin cyberdépendant entretient virtuellement une relation d'anonymat avec les personnages sexuels féminins du cybermonde. Quoi qu'il en soit, même si d'autres dépendances ont pu être relevées actuellement au compte des cyberdépendants de sexe masculin, la tendance majoritaire est une dépendance au sexe. Du côté des femmes par contre, la cyberdépendance a plutôt un rapport au manque affectif et à la recherche de l'âme soeur. Toutefois, il s'agit bien souvent d'une quête désespérée dans laquelle notre sujet féminin se prend inlassablement au jeu de la séduction et se plaît à envisager une relation parfaite relevant du chimérique.
D'autre part, l'achat par voie électronique constitue également un motif de dépendance des femmes qui se trouvent être la cible première des investisseurs dans le domaine des boutiques en ligne, en matière de prêt-à-porter par exemple : il s'agit alors dans ce cas du phénomène de plus en plus répandu du « fashion victim ». Toujours est-il que la cyberdépendance constitue un phénomène difficilement compressible et dont l'éradication peut difficilement se concevoir à l'heure où la révolution Internet n'en est qu'à ses balbutiements.
Par ailleurs, le cyberdépendant se construit son propre monde virtuel auquel il peut accéder à tout moment et pour lequel il n'a de compte à rendre à personne.