Crime et châtiment, avant d'être un très bon film français, est un roman de référence d'un certain Fédor Dostoïevski qui sortit ce chef-d'oeuvre au XIXème siècle. Ce n'est que cent dix ans plus tard qu'un réalisateur français va s'en inspirer pour finalement déposer une empreinte dans les anales des bons films. Porter à l'écran les péripéties relatées dans un roman n'est pas une chose aisée d'autant plus que le roman en question jouissait déjà d'une renommée incontestable dès sa parution.
Transposer le fond dramatique de l'histoire qui y est révélée relève d'un défi que seul un réalisateur du nom de Georges Lampin a su oser aborder. Aussi, la version grand écran du roman sortit en 1956 et ce fut immédiatement l'objet de la curiosité de toute la presse critique de l'époque. Certaines ont avancé que ce n'était qu'une reprise des sentiments évoqués dans le roman alors que d'autres, en revanche, soutiennent et apprécient l'art que le réalisateur a su montrer en faisant vivre justement le drame des acteurs et leur sort, et c'est vraiment de drame que l'on parle ici. Le film est une production de Jules Borkon tandis que le scénario est assuré par Charles Spaak. Après trois mois de tournage (ce qui était la norme à l'époque), le film sort enfin le 4 décembre 1956. S'il jouit des succès mérités, c'est sans doute aussi dû au fait qu'il a choisi une distribution qui tire sous ses ailes de grands acteurs de renom. On peut alors apercevoir l'illustre
Jean Gabin qui emplit encore une fois son tableau de chasse des grands rôles. Mais on ne manquera pas de remarquer Bernard Blier et
Lino Ventura dans leur rôle respectif. Gabrielle Fontan, quant à elle, (l'usurière) est magistrale dans ses gestes.
Il est incontestable que la distribution est le point fort du film : les acteurs retracent les évènements du roman avec une ardeur un peu à l'image de la vie parisienne d'antan. En ce qui concerne l'histoire en question, il s'agit d'un tourment insoutenable subi par un étudiant. Mais d'une façon plus générale, le film évoque la souffrance de l'Homme durant sa vie toute entière. Si on croit que l'on va se lasser de la description de la vie quotidienne, on est vite surpris que l'histoire tourne au cauchemar pour les deux principaux acteurs qui sont Robert Hossein et Marina Vlady.
Tous les deux sont encore plus pathétiques à l'écran tandis que Jean Gabin étonne encore par son charisme ténébreux dans son rôle exécuté magistralement et avec expérience. Le film tourne en fait autour de trois personnages clés qui sont respectivement René Brune (l'étudiant), Lili Marcellin (la prostituée) et le commissaire Gallet (Jean Gabin). Le déroulement de l'histoire est des plus simples : l'étudiant Robert Hossein a décidé de tuer une vieille dame qui n'est autre qu'une usurière. Le malheureux est très vite tombé dans le désarroi, surtout qu'il ne parvient pas à bénéficier de son butin. Ses remords grandissent depuis de jour en jour. L'étudiant sombre alors dans l'alcoolisme et fréquente de plus en plus les bars et les bistrots pour lâcher par ci par là des indices au commissaire Gallet qui ne va pas cesser de le harceler jusqu'au bout. Les deux jouent au chat et à la souris pendant une bonne partie du film. Ironie, confrontation des forces, soupçon vont bon train dans la relation des deux protagonistes. Malgré qu'un jeune peintre (Roland Lessaffre) fut arrêté et a avoué à la place de René Brunel son ignoble crime, le commissaire ne va pas cesser de traquer le jeune étudiant.
C'est alors qu'entre en scène la belle Lili Marcellin, une prostituée qui témoigne un intérêt grandissant au jeune Brunel (et peut être de l'amour). Grâce à leurs conversations et à cette relation croissante que les deux acteurs savent bien traduire en une intimité, l'étudiant va être poussé par la jeune femme à aller au commissariat et avouer à Gallet son crime et le remord continuel qu'il ne peut plus supporter. La suite, à regarder...
Le film n'est pas à vrai dire une copie conforme du livre de Dostoïevski mais une interprétation savante et originale du drame et du tourment de l'étudiant et de la compréhension de Lili, ainsi que de la ténacité de Gallet dans un esprit très français. Si vous avez un peu de temps, il faut absolument voir ou revoir le film. Une pure merveille !