Les Cherokees : qui étaient-ils ?


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Découverts par l'explorateur espagnol Herando de Soto en 1540, aux abords des Appalaches (états actuels de la Caroline du Nord, du Sud, et du Tenessee), les Cherokees auraient déjà migré pendant la préhistoire et seraient donc en réalité originaires du Texas et du nord du Mexique, en témoignent les études archéologiques et linguistiques. Suite à une épidémie de variole, on estime à onze mille le nombre de membres de la tribu en 1715.



Lors de la colonisation de l'Amérique du Nord et pendant la guerre de l'Indépendance des Etats-Unis, les Cherokees se rangèrent au côté des Anglais. Certains Cherokees se rebellèrent à cause du manque de réaction de la tribu face aux violations répétées des traités par les colons blancs. Ils quittèrent même la Nation Cherokee, se nommèrent les Chickamaugas, s'allièrent aux Shawnees et avec leur chef Dragging Canoe menèrent des raids contre l'établissement des colons. En 1785 et 1791, les Cherokees négocièrent des traités de paix avec les Etats-Unis, il en résulte la reconnaissance de leurs droits permanents sur le territoire, en échange d'une partie de leurs terres. Trois mille Cherokees émigrèrent alors vers l'ouest du Mississipi en une trentaine d'années, ce qui leur valut l'appellation de la « Bande de l'Ouest ». La découverte d'importants gisements d'or, sur les terres des Cherokees, eut raison des traités signés et la Géorgie, stimulée par l'appât du gain, fit appel au gouvernement américain pour évacuer les Cherokees présents sur son territoire.


La manière forte ne fut pas employée mais les tentatives de rachats des terres aboutirent à la promulgation par la Nation Cherokee d'une loi interdisant ces ventes, sous peine de mort ! Suite à l'instauration d'un système gouvernemental semblable à celui des Etats-Unis en 1820, les Cherokees rentrèrent dans le cercle des « Cinq tribus civilisées ».

cherokees
Une constitution est rédigée en 1827 et John Ross (Koowescoowe en langue cherokee) devint alors le chef de la Nation (1828) et le restera officiellement jusqu'à sa mort mais l'Etat de Géorgie arriva à ses fins : il proscrivit le gouvernement fraîchement constitué et confisqua les terres de la Nation dès 1828. Malgré le vain appel des Cherokees à Andrew Jackson réclamant une protection fédérale et malgré la déclaration de l'inconstitutionnalité de la législation géorgienne par la Cour suprême des États-Unis en 1832, les autorités fédérales suivirent la politique de Jackson, en faveur du déplacement des Indiens. Environ cinq cents meneurs cherokee acceptèrent en 1835 de céder leur territoire en échange de 5 700 000 dollars et d'une terre sur le territoire indien (dans l'actuel Oklahoma) par la signature du Traité de New Echota.

Cette décision fut réprouvée par plus des neuf dixièmes de l'ensemble du peuple Cherokee, et plusieurs de ces meneurs furent assassinés par la suite (juin 1839). Ce traité met en évidence une divergence d'opinion au sein de la tribu Cherokee.

D'un côté le « Ridge Party » (ou « Treaty Party ») emmené par Major Ridge, son fils John et son neveu Elias Boudinot (alias Buck Watie) acceptent l'idée de rejoindre le « Indian Territory » et signent le traité ; et de l'autre, un groupe plus important (17000 Cherokee), dirigé par John Ross, refuse de quitter son terrtoire. De 1835 à 1837, les colons blancs menèrent une véritable guerre d'extermination en Amérique, tout d'abord contre les Creek en Alabama et contre les Séminoles en Floride. Plusieurs autres des cinq nations civilisées eurent leurs propres « Pistes des Larmes ». La plus fameuse « Trail of Tears » fut tout de même celle des Cherokees de Georgie vers l' « Indian Territory » (en Oklahoma) en 1838-1839.


Pour les Cherokee, l'événement est appelé « Nunna daul Tsuny », littéralement la « Piste où Ils Pleuraient » (« The Trail on which They Wept »). La dénomination « Piste des larmes » ne vient pas des pleurs versés par les Cherokees pendant leur marche sur la Piste, mais de la compassion ressentie par ceux qui les voyaient passer pour leur voyage vers « Indian Territory ». Ils voyaient la tragédie se dérouler devant eux, les mauvais traitements infligés au peuple Cherokee : ils pleuraient pour eux.

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En 1838, des troupes fédérales commencèrent à évacuer les Cherokees par la force sur ordre du Président Martin Van Buren. Plusieurs centaines d'entre eux se réfugièrent dans les montagnes de Caroline du Nord, achetèrent des terres et s'installèrent dans cet Etat ; ce sont les ancêtres de l'actuelle Bande de l'Est. Séparés des leurs, rassemblés dans des camps où la sécheresse en tuera mille cinq cents, les Cherokees subirent la migration forcée sur mer (« Water Routes », trois convois totalisant 2800 personnes) et sur terre (« Land Routes »), par les chemins de terre et de fer : la plus importante migration partit le 16 octobre 1838.

Ceux qui n'eurent ni le courage ni l'envie d'échapper à leur destin marchèrent, souvent pieds nus, en colonne gardée par des soldats des Etats-Unis en tunique bleue, sur l'une des trois routes menant à Tahlequah, en Oklahoma. Cette marche vers l'ouest regroupa dix-huit mille à vingt mille personnes, dont quatre mille environ périrent de faim, de maladie et de fatigue. John Ross quitta la Georgie en décembre 1838 transportant, avec lui, les archives et les registres de la Nation Cherokee. En mars 1839, tous les Cherokees survivants étaient arrivés à l'ouest, sur leur nouvel emplacement. Une fois dans le territoire indien, les Cherokees reformèrent leur gouvernement avec à sa tête, John Ross (août 1839). En septembre la Constitution Cherokee est adoptée, sur le modèle de celle des Etats-Unis. Tahlequah est désignée capitale de la Nation Cherokee. Dès les années 1840, les Cherokees entreprirent de reconstruire leur Nation : ils édifièrent les premières villes d'Oklahoma. Ils mirent en route leur journal écrit en anglais et en cherokee et leurs écoles mixtes. Ils construisirent de nouvelles fermes et commencèrent à prospérer. Certains purent être choqués par cette volonté et capacité de (re)construction car il était encore question à l'époque d'indigène non humain, sans âme. Pendant la guerre civile américaine, les Cherokees se rangèrent du côté des Confédérés (avec le général Stand Watie) et un traité d'après guerre avec les États-Unis accordera même la liberté aux esclaves noirs des membres Cherokees. D'autres Cherokees, dans l'ouest de la Caroline du Nord, servirent au sein de la Thomas' Legion (1865). Les cessions de terres continuèrent à la fin du XIXème siècle, puisque les Américains poursuivirent leur avancée vers l'ouest, et le gouvernement fédéral se révéla être la force principale de cessions des terres avec la « Dawes Act » de 1887. Le reste du territoire fut morcelé par le gouvernement fédéral et, en 1891, l'extension territoriale à l'ouest de la tribu, la « Bande Cherokee » fut vendue aux Etats-Unis puis, en 1893, ouverte principalement aux colons européens, lors d'une célèbre course à la terre. Le gouvernement de la Nation Cherokee fut dissout et son peuple obtint la citoyenneté américaine lorsque l'Oklahoma devint un État fédéral en 1907 mais ils perdirent le droit d'élire leur propre chef. Les guerres avec les Tribus des Plaines furent l'un des facteurs déterminants qui forcèrent les Etats-Unis à conclure des traités dont ils ne déterminaient pas seuls le contenu. Ces tribus ne purent cependant pas résister à la pression expansionniste permanente des Blancs, et la résistance des Indiens fut rapidement écrasée par l'armée. Divers dirigeants furent désignés par les présidents jusqu'en 1970 quand les Cherokees récupérèrent le droit d'élire leur gouvernement grâce à un décret du Congrès signé par le président Richard Nixon. W. W. Keeler fut le premier chef élu des Cherokees d'Oklahoma. Il était également président de Phillips Petroleum. Ross Swimmer, Wilma Mankiller, Joe Byrd et actuellement Chad Smith lui succédèrent. À l'origine, les Cherokee se nommaient Aniyunwiya. Mais Cherokee vient de Tsalagi (a prononcé « cha-ra-gi »), c'est ainsi que les Creeks, une autre tribu, les appelaient et qu'ils s'appelaient le plus souvent eux-mêmes. L'économie cherokee, comme celle des autres tribus du sud-est, reposait principalement sur l'agriculture (maïs, haricots, courge) et la chasse (daim, ours, élan). Le Busk, ou cérémonie du maïs vert, autour de grands feux sacrés, était une période de renouveau spirituel. Sept clans matrilinéaires, scindés en demi-groupes de guerre et de paix composaient la tribu Cherokee. Ils vivaient dans de nombreux villages permanents. Au début du XIXème siècle, les Cherokee firent preuve d'une adaptation étonnante aux institutions occidentales, à la fois dans leur organisation gouvernementale et leur adoption des méthodes d'élevage et d'agriculture, dont le système de plantation. Dans les années 1820, Sequoyah (George Guess, Guest ou Gist), un membre de la tribu cherokee, inventa un alphabet composé de quatre-vingt-cinq caractères pour transcrire la langue cherokee. C'est le seul personnage historique à avoir inventé une écriture, seul, à la main. Il n'a jamais appris à parler, lire ou écrire en anglais. L'alphabétisation se développa rapidement et, en 1828, le premier quotidien amérindien, le « Cherokee Phoenix » fit son apparition. Après l'ajout récent des syllabes cherokee à Unicode, la langue cherokee est en train de vivre une renaissance de son utilisation sur Internet. Dix mille personnes parlent actuellement le cherokee, certains participent à des camps linguistiques pour faire vivre cette langue, les « ojibwe ». Il y a un siècle, le nombre d'Amérindiens se limitait à quelques centaines de milliers et on redoutait leur disparition. Le recensement de 2000 fait état de plus de 720 000 Cherokees et les Amérindiens représentent la minorité américaine qui connaît la plus forte expansion démographique. Les ethnologues estiment eux, qu'il existe aujourd'hui entre cinq et sept millions de personnes descendant des Cherokees, ce qui en fait la deuxième nation indienne des Etats-Unis après les Navajos. On peut préciser ici que le mode de recensement a été modifié en 1960 afin que les individus puissent eux-mêmes déclarer leur identité ethnique et depuis 2000, ils peuvent dorénavant en déclarer plusieurs. Actuellement, les principales communautés sont la « Nation Cherokee », « l'United Keetoowah Band of Cherokee Indians » (Oklahoma) et « l'Eastern Band of Cherokee Indians » (Caroline du Nord). La tribu est également représentée en Géorgie, en Alabama, en Arkansas, dans le Missouri et dans le Tennessee. « Keetoowah Nighthawk Society » est le coeur spirituel de la Nation. En Oklahoma, la culture traditionnelle des Cherokees s'est considérablement affaiblie : les Cherokees vivent à l'intérieur ou à l'extérieur des réserves, éparpillés dans des centres urbains ou des zones rurales isolées. La Bande de l'Est a davantage préservé son mode de vie et notamment l'artisanat (vannerie), tandis que d'autres tribus vivent dans la réserve Qualla de Caroline du Nord. Les Cherokee travaillent aujourd'hui dans plusieurs secteurs d'activité, pêche, industrie ou monde des affaires. En Caroline du Nord, l'agriculture, la sylviculture, l'industrie et le tourisme (environ cinq millions de touristes par an) constituent d'importantes sources de revenus. En juin 2004, le Conseil Tribal de la Nation Cherokee, avec à sa tête le chef Chad Corntassel Smith a défini officiellement le mariage comme une union entre un homme et une femme, mettant de fait hors la loi le mariage homosexuel, homogénéisant ainsi la loi de la Nation Cherokee avec celle de l'Etat d'Oklahoma. Aux Etats-Unis, par la politique de discrimination positive en vigueur, l'Affirmative action, certaines tribus indiennes officiellement reconnues par le gouvernement peuvent obtenir des subventions, des bourses, des avantages comme entrer plus facilement à l'université si elles prouvent leur appartenance à un certain groupe ethnique. Un Blanc qui retrouve dans sa généalogie un aïeul cherokee ou ojibwe peut se déclarer « Indien ». On assiste donc à une multiplication des tests d'ADN permettant de comparer le patrimoine génétique d'un individu à celui d'ethnies afin de déterminer son origine et ce, dans le but d'obtenir certains privilèges matériels, rien à voir avec une revendication culturelle. C'est le cas au sein de la population cherokee. Certainement pour limiter l'impact du grand nombre de personnes pouvant se réclamer descendant de Cherokees mais officiellement dans une optique de conservation de leur patrimoine génétique, les Cherokees ont voté début mars 2007 à une large majorité (77%) l'expulsion des descendants, notamment métisses, d'anciens esclaves afro-américains de leur Nation. En effet, les Cherokees comme quatre autres tribus indiennes (Choctaw, Chickasaw, Creek, Seminole) pratiquaient l'esclavage des Noirs. Elles sont connues sous le nom des « cinq tribus civilisées », entre autre parce qu'elles ont adopté les techniques agricoles américaines, fixé leurs lois par écrit, et parce que certains de leurs membres se sont convertis au christianisme. Leurs esclaves ont été libérés à la fin de la guerre de Sécession, mais la plupart sont alors restés dans les tribus où ils étaient et se sont mariés à des Amérindien(ne)s. Certains Freedmen (terme qui désigne les esclaves libérés) s'intègrent même dans une tribu. Mais déjà à l'époque, les Cherokees essayèrent de les dissuader de rester parmi eux en les privant de soins médicaux et autres services réservés à leurs membres. Aujourd'hui c'est par le vote qu'ils tentent de les exclure. La commission électorale de la Nation Cherokee doit valider le scrutin pour officialiser le résultat, ce qui devrait se faire sans tarder. Il faut noter, pour finir, que certaines tribus se sont considérablement enrichies depuis la loi de 1988 qui leur permet de construire des casinos, chacun essaie logiquement de tirer parti de son statut génétique : ceci explique peut-être le fort accroissement de la population indienne et l'intensité du débat sur l'opportunité de revendiquer ses origines indiennes. La Nation Cherokee continue de se chercher, entre conservatisme folklorique et adaptation au monde moderne.

Le Vendredi 20 Avril 2007 à 09:58
Article écrit par Lolocks ()




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Il y a 1 commentaires pour cet article :

 pascaleCA a écrit [14/11/2007 - 10h46] 
pascaleCA

je vous remercie pour cet excellent article. continuez sur votre lancée ;)
peut etre pourriez vous m'aider: les Cherokee parlent le Muskogean (lge iroquoise), mais ils ne sont pas iroquois eux memes. A quelle famille génétique (et non linguistique) appartiennent-ils?
Je peine à trouver cette réponse. Pouvez-vous m'aider à la trouver ?
merci d'avance et bonne continuation





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