La manière forte ne fut pas employée mais les tentatives de rachats des terres aboutirent à la promulgation par la Nation Cherokee d'une loi interdisant ces ventes, sous peine de mort ! Suite à l'instauration d'un système gouvernemental semblable à celui des Etats-Unis en 1820, les Cherokees rentrèrent dans le cercle des « Cinq tribus civilisées ».
Cette décision fut réprouvée par plus des neuf dixièmes de l'ensemble du peuple Cherokee, et plusieurs de ces meneurs furent assassinés par la suite (juin 1839). Ce traité met en évidence une divergence d'opinion au sein de la tribu Cherokee.
Pour les Cherokee, l'événement est appelé « Nunna daul Tsuny », littéralement la « Piste où Ils Pleuraient » (« The Trail on which They Wept »). La dénomination « Piste des larmes » ne vient pas des pleurs versés par les Cherokees pendant leur marche sur la Piste, mais de la compassion ressentie par ceux qui les voyaient passer pour leur voyage vers « Indian Territory ». Ils voyaient la tragédie se dérouler devant eux, les mauvais traitements infligés au peuple Cherokee : ils pleuraient pour eux.
Ceux qui n'eurent ni le courage ni l'envie d'échapper à leur destin marchèrent, souvent pieds nus, en colonne gardée par des soldats des Etats-Unis en tunique bleue, sur l'une des trois routes menant à Tahlequah, en Oklahoma. Cette marche vers l'ouest regroupa dix-huit mille à vingt mille personnes, dont quatre mille environ périrent de faim, de maladie et de
fatigue. John Ross quitta la Georgie en décembre 1838 transportant, avec lui, les archives et les registres de la Nation Cherokee.
En mars 1839, tous les Cherokees survivants étaient arrivés à l'ouest, sur leur nouvel emplacement. Une fois dans le territoire indien, les Cherokees reformèrent leur gouvernement avec à sa tête, John Ross (août 1839). En septembre la Constitution Cherokee est adoptée, sur le modèle de celle des Etats-Unis. Tahlequah est désignée capitale de la Nation Cherokee. Dès les années 1840, les Cherokees entreprirent de reconstruire leur Nation : ils édifièrent les premières villes d'Oklahoma. Ils mirent en route leur journal écrit en anglais et en cherokee et leurs écoles mixtes. Ils construisirent de nouvelles fermes et commencèrent à prospérer. Certains purent être choqués par cette volonté et capacité de (re)construction car il était encore question à l'époque d'indigène non humain, sans âme. Pendant la guerre civile américaine, les Cherokees se rangèrent du côté des Confédérés (avec le général Stand Watie) et un traité d'après guerre avec les États-Unis accordera même la liberté aux esclaves noirs des membres Cherokees. D'autres Cherokees, dans l'ouest de la Caroline du Nord, servirent au sein de la Thomas' Legion (1865). Les cessions de terres continuèrent à la fin du XIXème siècle, puisque les Américains poursuivirent leur avancée vers l'ouest, et le gouvernement fédéral se révéla être la force principale de cessions des terres avec la « Dawes Act » de 1887. Le reste du territoire fut morcelé par le gouvernement fédéral et, en 1891, l'extension territoriale à l'ouest de la tribu, la « Bande Cherokee » fut vendue aux Etats-Unis puis, en 1893, ouverte principalement aux colons européens, lors d'une célèbre course à la terre. Le gouvernement de la Nation Cherokee fut dissout et son peuple obtint la citoyenneté américaine lorsque l'Oklahoma devint un État fédéral en 1907 mais ils perdirent le droit d'élire leur propre chef. Les guerres avec les Tribus des Plaines furent l'un des facteurs déterminants qui forcèrent les Etats-Unis à conclure des traités dont ils ne déterminaient pas seuls le contenu. Ces tribus ne purent cependant pas résister à la pression expansionniste permanente des Blancs, et la résistance des Indiens fut rapidement écrasée par l'armée. Divers dirigeants furent désignés par les présidents jusqu'en 1970 quand les Cherokees récupérèrent le droit d'élire leur gouvernement grâce à un décret du Congrès signé par le président Richard Nixon. W. W. Keeler fut le premier chef élu des Cherokees d'Oklahoma. Il était également président de Phillips Petroleum. Ross Swimmer, Wilma Mankiller, Joe Byrd et actuellement Chad Smith lui succédèrent. À l'origine, les Cherokee se nommaient Aniyunwiya. Mais Cherokee vient de Tsalagi (a prononcé « cha-ra-gi »), c'est ainsi que les Creeks, une autre tribu, les appelaient et qu'ils s'appelaient le plus souvent eux-mêmes. L'économie cherokee, comme celle des autres tribus du sud-est, reposait principalement sur l'agriculture (maïs, haricots, courge) et la chasse (daim, ours, élan). Le Busk, ou cérémonie du maïs vert, autour de grands feux sacrés, était une période de renouveau spirituel. Sept clans matrilinéaires, scindés en demi-groupes de guerre et de paix composaient la tribu Cherokee. Ils vivaient dans de nombreux villages permanents. Au début du XIXème siècle, les Cherokee firent preuve d'une adaptation étonnante aux institutions occidentales, à la fois dans leur organisation gouvernementale et leur adoption des méthodes d'élevage et d'agriculture, dont le système de plantation. Dans les années 1820, Sequoyah (George Guess, Guest ou Gist), un membre de la tribu cherokee, inventa un alphabet composé de quatre-vingt-cinq caractères pour transcrire la langue cherokee. C'est le seul personnage historique à avoir inventé une écriture, seul, à la main. Il n'a jamais appris à parler, lire ou écrire en anglais. L'alphabétisation se développa rapidement et, en 1828, le premier quotidien amérindien, le « Cherokee Phoenix » fit son apparition. Après l'ajout récent des syllabes cherokee à Unicode, la langue cherokee est en train de vivre une renaissance de son utilisation sur Internet. Dix mille personnes parlent actuellement le cherokee, certains participent à des camps linguistiques pour faire vivre cette langue, les « ojibwe ». Il y a un siècle, le nombre d'Amérindiens se limitait à quelques centaines de milliers et on redoutait leur disparition. Le recensement de 2000 fait état de plus de 720 000 Cherokees et les Amérindiens représentent la minorité américaine qui connaît la plus forte expansion démographique. Les ethnologues estiment eux, qu'il existe aujourd'hui entre cinq et sept millions de personnes descendant des Cherokees, ce qui en fait la deuxième nation indienne des Etats-Unis après les Navajos. On peut préciser ici que le mode de recensement a été modifié en 1960 afin que les individus puissent eux-mêmes déclarer leur identité ethnique et depuis 2000, ils peuvent dorénavant en déclarer plusieurs. Actuellement, les principales communautés sont la « Nation Cherokee », « l'United Keetoowah Band of Cherokee Indians » (Oklahoma) et « l'Eastern Band of Cherokee Indians » (Caroline du Nord). La tribu est également représentée en Géorgie, en Alabama, en Arkansas, dans le Missouri et dans le Tennessee. « Keetoowah Nighthawk Society » est le coeur spirituel de la Nation. En Oklahoma, la culture traditionnelle des Cherokees s'est considérablement affaiblie : les Cherokees vivent à l'intérieur ou à l'extérieur des réserves, éparpillés dans des centres urbains ou des zones rurales isolées. La Bande de l'Est a davantage préservé son mode de vie et notamment l'artisanat (vannerie), tandis que d'autres tribus vivent dans la réserve Qualla de Caroline du Nord. Les Cherokee travaillent aujourd'hui dans plusieurs secteurs d'activité, pêche, industrie ou monde des affaires. En Caroline du Nord, l'agriculture, la sylviculture, l'industrie et le tourisme (environ cinq millions de touristes par an) constituent d'importantes sources de revenus. En juin 2004, le Conseil Tribal de la Nation Cherokee, avec à sa tête le chef Chad Corntassel Smith a défini officiellement le
mariage comme une union entre un homme et une femme, mettant de fait hors la loi le mariage homosexuel, homogénéisant ainsi la loi de la Nation Cherokee avec celle de l'Etat d'Oklahoma. Aux Etats-Unis, par la politique de discrimination positive en vigueur, l'Affirmative action, certaines tribus indiennes officiellement reconnues par le gouvernement peuvent obtenir des subventions, des bourses, des avantages comme entrer plus facilement à l'université si elles prouvent leur appartenance à un certain groupe ethnique. Un Blanc qui retrouve dans sa
généalogie un aïeul cherokee ou ojibwe peut se déclarer « Indien ». On assiste donc à une multiplication des
tests d'ADN permettant de comparer le patrimoine génétique d'un individu à celui d'ethnies afin de déterminer son origine et ce, dans le but d'obtenir certains privilèges matériels, rien à voir avec une revendication culturelle. C'est le cas au sein de la population cherokee. Certainement pour limiter l'impact du grand nombre de personnes pouvant se réclamer descendant de Cherokees mais officiellement dans une optique de conservation de leur patrimoine génétique, les Cherokees ont voté début mars 2007 à une large majorité (77%) l'expulsion des descendants, notamment métisses, d'anciens esclaves afro-américains de leur Nation. En effet, les Cherokees comme quatre autres tribus indiennes (Choctaw, Chickasaw, Creek, Seminole) pratiquaient l'
esclavage des Noirs. Elles sont connues sous le nom des « cinq tribus civilisées », entre autre parce qu'elles ont adopté les techniques agricoles américaines, fixé leurs lois par écrit, et parce que certains de leurs membres se sont convertis au
christianisme. Leurs esclaves ont été libérés à la fin de la
guerre de Sécession, mais la plupart sont alors restés dans les tribus où ils étaient et se sont mariés à des Amérindien(ne)s. Certains Freedmen (terme qui désigne les esclaves libérés) s'intègrent même dans une tribu. Mais déjà à l'époque, les Cherokees essayèrent de les dissuader de rester parmi eux en les privant de soins médicaux et autres services réservés à leurs membres. Aujourd'hui c'est par le vote qu'ils tentent de les exclure. La commission électorale de la Nation Cherokee doit valider le scrutin pour officialiser le résultat, ce qui devrait se faire sans tarder. Il faut noter, pour finir, que certaines tribus se sont considérablement enrichies depuis la loi de 1988 qui leur permet de construire des casinos, chacun essaie logiquement de tirer parti de son statut génétique : ceci explique peut-être le fort accroissement de la population indienne et l'intensité du débat sur l'opportunité de revendiquer ses origines indiennes. La Nation Cherokee continue de se chercher, entre conservatisme folklorique et adaptation au monde moderne.