Boris Vian est un artiste aux multiples facettes. Grand nom de la littérature française, il exerce aussi ses talents en tant que poète, parolier, chanteur, critique et musicien de jazz (trompettiste). Issu d'une famille de quatre enfants, il voit le jour à Ville-d'Avray, dans les Hauts-de-Saine le 10 mars 1920. Ses parents, Georges et Yvonne Vian, lui accordent une attention toute particulière du fait de ses graves problèmes de santé.
En effet, le jeune Boris est successivement victime d'une crise de rhumatisme cardiaque à l'âge de 12 ans et d'une fièvre typhoïde à l'âge de 15 ans ce qui contribuera à réduire considérablement son espérance de vie. Il mène pourtant une enfance heureuse dans un milieu protégé, au sein d'une famille férue de culture et ouverte d'esprit. Boris Vian apprend à lire et à écrire dès l'âge de 5 ans, au collège il s'engage dans des études classiques (latin, grec) avant de devenir élève au lycée Condorcet à
Paris et d'opter pour un parcours scolaire le destinant à intégrer des établissements prestigieux. A 17 ans, il décroche son
baccalauréat et prépare le concours d'entrée à l'Ecole Centrale de Paris où il sera reçu dès 1939. Durant cette période, son intérêt pour la musique nord américaine s'affirme et il crée avec ses frères et quelques amis son premier orchestre de
jazz. Ses études achevées, Boris Vian entame une carrière d'
ingénieur à l'
AFNOR (Association française de normalisation) qu'il interrompra à la fin des années quarante.
Ses aspirations artistiques ne s'émoussent pas pour autant puisqu'il consacre ses instants de liberté à la musique et la littérature. Il fréquente assidûment le café de Saint-Germain-des-Prés, le café de Flore et les Deux Magots, lieux de rencontre privilégiés des intellectuels et artistes de la rive gauche tels que Raymond Queneau, Juliette Gréco,
Miles Davis,
Simone de Beauvoir ou encore
Jean-Paul Sartre que Vian caricaturera dans L'Écume des jours en l'affublant du sobriquet de Jean-Sol Partre.
En 1946, Boris Vian publie son célèbre ouvrage J'irai cracher sur vos tombes sous le pseudonyme de Vernon Sullivan. Ce roman, très controversé, devient un best-seller dès 1947 mais il est interdit deux ans plus tard et vaut à son auteur d'être condamné en 1950 pour outrage aux bonnes moeurs. Ce dernier se ne laisse pas démonter pour autant et publie dans la foulée des ouvrages tout aussi noirs et provocants : Les morts ont tous la même peau, Elles se rendent pas compte, Et on tuera tous les affreux. Malgré le succès rencontrés par les oeuvres signées Sullivan, Boris Vian est amer. Les romans qu'il publie sous son véritable nom, auxquels il concède une véritable valeur littéraire, ne connaissent pas le même accueil et sont boudés par le public. Pour écrire l'Arrache-coeur, Boris Vian s'inspire de son enfance marquée par sa santé précaire et par l'amour trop étouffant de sa mère. Il ne surmontera pas l'échec rencontré par ce roman aux allures autobiographiques et abandonnera la littérature. Il se consacre alors à sa passion pour le jazz, joue de la trompette dans un célèbre club de Saint-Germain-des-Prés et devient chroniqueur pour le magazine Jazz Hot.
Dans les années cinquante, la situation financière de Boris Vian devient critique. Le
fisc lui réclame de l'argent qu'il n'a plus et il vit tant bien que mal de traductions dans une chambre de bonne située sur le boulevard de
Clichy. En 1959, il dénonce publiquement le film inspiré de son roman
J'irai cracher sur vos tombes et réclame que son nom soit enlevé du générique. Le 23 juin, alors qu'il assiste à l'avant-première du film au cinéma Marboeuf, Boris Vian décède d'une crise cardiaque.
La qualité de ses oeuvres, le succès posthume qu'elles rencontrent, l'esprit de rébellion qui les animent (les paroles du
Déserteur sont dans toutes les mémoires) lui valent l'immortalité. Avant de tirer sa révérence, Boris Vian révèle le talent d'artistes aujourd'hui célèbres tel que
Pierre Perret ou encore
Serge Gainsbourg, lequel se serait sans doute consacré à la peinture s'il n'avait pas croisé le chemin de l'écrivain, poète, chanteur et jazzman.