Billie Holiday : chanteuse de jazz mythique à la voix d'or


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Eleanora Fagan naît le 7 avril 1915 à Baltimore d'un couple très jeune qui ne s'est jamais marié, Sadie Fagan (19 ans) et Clarence Holiday (17 ans) ; ce dernier ne reconnaît d'ailleurs pas sa fille. Clarence Holiday est un guitariste de jazz qui vit la nuit tandis que la mère, Sadie, n'a pas le temps de s'occuper de son enfant. Eleanora est donc confiée à une famille éloignée et est ballottée d'un foyer à un autre. Durant ce temps, Sadie fait des petits boulots à Baltimore ou à New York où elle se prostitue souvent.



Eleanora va donc vivre chez sa tante Ida qui lui fait subir des violences et elle va être traumatisée par la mort de sa grand-mère dans les bras desquels la petite fille s'était endormie. Très choquée, Eleanora va être muette durant plusieurs semaines. Finalement Sadie reprend Eleanora. Mais décidément la vie n'est pas facile pour la gamine qui est violée par un voisin alors qu'elle n'a que dix ans. Elle est ensuite menée dans un couvent où elle est fréquemment maltraitée et humiliée. Finalement, la jeune fille rejoint sa mère à New York. Pour vivre, Sadie est prostituée et Eleanora grandit dans une maison close à partir de 1928. L'adolescente rencontre ainsi des hommes, fait un tour à la case prison puis découvre les bars clandestins lors de la prohibition à Harlem. C'est là qu'elle entend du jazz pendant des nuits entières. Sa voix est exceptionnelle et elle a 15 ans lorsqu'elle rencontre Kenneth Hollon, un jeune saxophoniste. Ensemble, ils obtiennent leurs premiers contrats dans le Queens et à Brooklyn. Elle adopte alors un nom de scène : Billie Holiday car lorsque son père Clarence Holiday venait la voir, il la surnommait « Bill ». Eleanora Fagan devient dès lors Billie Holiday.


C'est à cette époque d'ailleurs qu'elle retrouve son père qui joue dans un orchestre, celui de Fletcher Henderson. Elle rencontre alors de nombreux musiciens dont Bobby Henderson, un pianiste de jazz, dont elle devient la maîtresse puisque le Sieur est déjà marié. Cela dit, en Amérique, c'est la crise économique de 1929 et Billie Holiday doit se contenter de pourboires lors de ses petites tournées dans les clubs de Harlem. C'est en se produisant dans l'un de ces clubs qu'elle est remarquée par un producteur de la Columbia, John Hammond en 1933.

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Impressionné par cette voix hors du commun, il la prend sous contrat en compagnie de Benny Goodman, le célèbre clarinettiste de jazz. Elle enregistre ainsi son premier disque « Your Mother's Son-in-Lax » ainsi que « Riffin'the Scotch ». Elle est aussi propulsée sur la scène de l'Apollo, un endroit à la mode pour jeunes talents, en compagnie de Bobby Henderson. C'est à cette époque que prend fin leur liaison. Billie Holiday rencontre ensuite Lester Young, saxophoniste, clarinettiste et compositeur de jazz. C'est lui qui va lui donner son surnom : « Lady Day » et les deux amis sillonnent les clubs après avoir été engagés. Elle va être remarquée par Duke Ellington, pianiste, compositeur et chef d'orchestre qui va l'engager dans un court-métrage, « Symphony in Black ». Parallèlement, Billie Holiday va s'enticher de Ben Webster, un jeune saxophoniste.

Le 2 juillet 1935, avec ses amis musiciens, elle sort le disque « What a Little Moonlight Can Do » ainsi que « Miss Brown to You ». Ce sont de réels succès. Billie va alors enchaîner les aventures tout en devenant l'une des grandes vedettes du jazz new-yorkais. Son style intimiste et sa voix extraordinaire attirent et ses disques composés avec Lester Young sont des succès à tel point qu'elle est sollicitée pour chanter avec le grand orchestre de Count Basie et avec celui d'Artie Shaw (c'est pourtant un orchestre de blancs !).

Cette tournée doit d'ailleurs être écourtée étant donné le racisme qui régnait à l'époque dans les Etats du Sud. Revenue à New York, Billie Holiday poursuit sa carrière dans les clubs et commence à s'adonner à l'alcool et à la marijuana. Elle va aussi multiplier les conquêtes féminines. C'est en 1939 que Billie Holiday va enregistrer « Strange Fruit », une chanson polémique sur le lynchage des noirs dans les états du sud. Ce titre va déchaîner les passions et devenir le titre-phare de Billie. Deux ans plus tard, va sortir « Gloomy Sunday », une chanson désespérée évoquant le suicide traduite du Hongrois et là encore, ce sera un grand succès. Les tubes vont ensuite s'enchaîner avec plusieurs musiciens de renom tandis que Billie Holiday va connaître une liaison avec Jimmy Monroe.
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Pour lui, elle quitte le domicile de sa mère qu'elle avait retrouvée et aidée quelques années auparavant. Le mariage est précipité mais son nouveau compagnon n'est rien d'autre qu'un escroc et un drogué. C'est lui qui fournit à Billie de l'opium puis de la cocaïne. Le couple divorce et la jeune femme enchaîne les aventures malheureuses. Elle tombe ainsi sur Joe Guy, un trompettiste qui lui procure de l'héroïne. Elle est pourtant la première chanteuse noire à se produire au « Met », soit le Metropolitan Opera de New York.

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Elle est cependant devenue accroc à l'héroïne et elle finit par ne plus respecter ses engagements. On dit qu'elle est souvent en retard et qu'elle se trompe même dans les paroles de ses chansons. Lors d'une tournée en 1945, Billie apprend la mort de sa mère. Très éprouvée, elle tombe dans la dépression, se réfugiant dans la drogue et l'alcool à tel point qu'elle est obligée de mettre un terme à sa tournée. Quelque temps après, Billie Holiday se reprend et après la Seconde Guerre mondiale, elle renoue avec le succès : « Lover Man », « Fine and Melow », « Billie's Blues », « Don't Explain », « God Bless the Child ». Elle apparaît aussi dans le film « New Orleans » aux côtés de Louis Armstrong et de Woody Herman. Mais elle reprend sa liaison avec Joe Guy qui lui fournit cette fois du LSD.

Billie est tellement accroc que son imprésario lui impose une cure de désintoxication en 1947 mais elle replonge et elle est condamnée à un an de prison après avoir été prise en possession de stupéfiants. Billie Holiday multiplie les scandales et sa situation financière est des plus précaires... Sortie de prison en mars 1948, ses finances sont au plus bas pourtant elle reçoit un accueil triomphal le 27 mars lors d'un concert à Carnegie Hall, une salle de concert mythique de New York. Cela dit, elle ne peut plus se produire dans les clubs qui vendent de l'alcool suite à une décision de justice. Elle poursuit donc sa carrière à la radio avec Lionel Hampton et au théâtre avec Count Basie. Elle s'est trouvé aussi un nouvel amant en la personne de John Levy, une espèce de gangster et a une courte relation homosexuelle avec Marlene Dietrich. Elle continue à sombrer dans la drogue et John Levy empoche tout son argent. Une nouvelle fois arrêtée en possession de stupéfiants, Billie Holiday s'en sort grâce à son amie Tallulah Bankhead qui a le bras long notamment auprès de John Edgar Hoover, le directeur du FBI . Sa descente aux enfers continue : retards, excès, voix pâteuse, alcool, drogue... Sa maison de disques ne renouvelle pas son contrat et Billie Holiday est couverte de dettes. Elle quitte alors John Levy mais est toujours interdite de chant à New York. Elle connaît à nouveau le succès à Chicago en partageant l'affiche avec Miles Davis. Sa carrière est relancée grâce à un de ses anciens amants, Louis McKay à partir de 1951. Installée dorénavant sur la côte Ouest, Billie Holiday renoue avec le succès et joue à nouveau avec de grands musiciens dont Oscar Peterson au piano. Elle enchaîne les tournées dont une première en Europe en 1954. Tous ses concerts sont des succès en Suède, au Danemark, en Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suisse, à Paris, en Angleterre. Revenue aux Etats-Unis, elle connaît à nouveau le succès tout en ne pouvant se passer de drogue. On la voit en avril 1955 aux côtés de grands noms pour un concert donné en hommage à Charlie Parker. Cependant, elle est à nouveau arrêtée en 1956 avec Louis McKay et sa santé se dégrade de plus en plus, elle est même obligée de cacher toutes ses traces de piqûres. Le couple se marie en mars 1957 au Mexique afin de ne pas avoir à témoigner l'un contre l'autre lors du procès. Après le jugement, Billie entame une procédure de divorce puis enregistre « Lady in Satin » en 1958. C'est ensuite une nouvelle tournée européenne l'année suivante mais elle est sifflée en Italie, mal accueillie à Paris lors de son concert à l'Olympia. Pourtant elle joue au Mars Club et elle interprète des chansons de Juliette Gréco ou de Serge Gainsbourg. Très mal en point, atteinte d'une cirrhose, elle est épuisée puis elle apprend le décès de son ami Lester Young. Billie Holiday est de plus en plus méconnaissable et le 30 mai 1959, elle s'effondre. Transportée à l'hôpital, le diagnostic est sévère : cirrhose et insuffisance rénale. Elle est soignée mais continue à se droguer. Elle décède finalement le 17 juillet à l'hôpital de New York et son corps est enterré dans le cimetière St Raymond dans le Bronx aux côtés de sa mère. Sa voix au timbre unique et son sens du rythme sont reconnaissables entre tous et c'est l'une des plus grandes chanteuses de jazz qui s'est éteinte, ravagée par l'alcool et la drogue. Moins célèbre qu'Ella Fitzgerald ou que Sarah Vaughan, certaines chanteuses par la suite ont essayé d'imiter Billie Holiday mais sans succès. Sa voix si particulière aura pourtant inspiré de nombreux artistes comme Frank Sinatra, Diana Ross, Esther Phillips, Nina Simone ou encore Janis Joplin.

Le Mardi 15 Juillet 2008 à 09:23
Article écrit par Toli. ()


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Eleanora Fagan : fiche détaillée  



Eleanora Fagan


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Nom : Fagan

Prénom : Eleanora

Décédé le : 17/07/1959 à l'âge de 44 ans

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Il y a 2 commentaires pour cet article :fichePersonnalite.php

 zanymonk a écrit [15/07/2008 - 21h07] 
zanymonk

Billie Holiday est la plus grande chanteuse de blues de tous les temps, ex aequo avec Ella Fitzgerald et, chez les françaises, Frehel et Sabine Paturel. Très belle biographie, Ktilou. :-)




"Une fois que l'homme a renoncé à quelque chose, cela ne peut plus le faire souffrir."


 Mana a écrit [16/07/2008 - 12h13] 
Mana

J'adore Billie Holiday et quand j'écoute "Strange Fruit" je retrouve une émotion que je ne connais nulle part ailleurs...




"If you talk to God you're religious. If God talks to you, you're psychotic."



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