Après bien des années de remous et de guerres intestines, le mouvement de la Gauche politique française a su trouver son cheval de bataille et retrouver ses lettres de noblesse grâce à l'entrée en scène d'un futur syndicaliste de renom : Bernard Thibault. L'avènement d'un mouvement syndicaliste apuré était en marche et un renouveau contestataire allait voir le jour à partir des années 1970, avec l'entrée politique de ce jeune « gauchiste ». Issu d'une famille modeste, Bernard Thibault a su gravir les échelons et devenir l'un des plus fervents leaders syndicalistes actuels.
Ayant vu le jour le 2 janvier de l'année 1959, notre homme ne semble pas au départ prédestiné à la politique syndicale car ses débuts sont assez peu prometteurs. En effet, son passé scolaire ainsi que son cursus de formation sont peu brillants, puis peu enclin aux études académiques et à la formation théorique, il quitte aussi assez tôt l'école, renonçant alors à obtenir son baccalauréat. Le très jeune Bernard Thibault déserte alors les bancs de l'école après la classe de troisième. Démuni de diplômes qui lui auraient permis de s'élever dans la hiérarchie sociale, le jeune homme a du mal à trouver sa vocation et peu de temps après qu'il ait quitté les établissements scolaires, à l'âge de 15 ans, il décide de se lancer dans le cursus professionnalisant : il intègre la
SNCF en 1974, année durant laquelle il se formera aux rudiments de la mécanique, en tant qu'apprenti. C'est durant cette période que se révèlera peu à peu son attrait pour la lutte ouvrière ainsi que sa propension à rassembler pour la bonne cause.
Fort de son apprentissage au sein de la SNCF, Bernard Thibault décroche en 1976 un Certificat d'Aptitude Professionnelle, dit « CAP », en mécanique générale, ce qui lui vaudra d'être recruté peu de temps après par la même société, à Paris-la-Villette. C'est dans ce cadre qu'il fera ses premiers pas au sein du mouvement syndicaliste en s'adhérant vers l'année 1977 à la Confédération Générale du Travail dite «
CGT ». Se faisant remarqué par sa verve et sa gouaille, le jeune Thibault gravit les échelons et les marches du syndicalisme en un temps très succinct.
La même année 1977, il est promu au poste de responsable de la Commission des jeunes au sein du syndicat, ce qui lui vaudra une ascension fulgurante en un temps record. Fort de son statut, il se constituera rapidement des partisans et des amis qui commenceront à voir en lui un défenseur en puissance de la cause syndicale. Mais, l'homme n'a pas que des amis et sa popularité ne plaît pas à certains qui voient en lui un leader potentiel susceptible de surclasser les « vieux loups » de la Confédération Générale du Travail. Pourtant, quelques années seulement après, il est promu au poste de secrétaire du syndicat CGT en 1980. Cette ascension à ce poste a constitué pour lui le tremplin rêvé, et en même temps le catalyseur de sa révélation au sein de la section CGT de la SNCF. Ayant puisé la force vive contestataire dans le cadre de la SNCF, pour laquelle il a oeuvré des années durant, Bernard Thibault accèdera dès 1983, donc à l'âge de 24 ans, au poste de secrétaire des cheminots de la CGT, à Paris-Est. C'est en 1986 que des évènements décisifs dans la carrière du syndicaliste auront lieu : cette même année, l'homme ajoute à la dimension syndicale une lutte politique.
À l'occasion des grèves durant cette année 1986, Thibault déclenchera une « révolte » syndicale d'un nouvel acabit il suscitera notamment une mobilisation sans pareil des grévistes qui ne sont pas reconnus comme étant syndiqués. Ce syndicalisme d'un nouvel ordre lui vaudra d'être reconnu dans toute la « Gauche » française, tant et si bien que son combat politique trouvera sa première apogée dans son intégration au Parti communiste français en 1987.
La route semble alors toute tracée pour lui qui gravira les marches de la réussite politique et à cet égard, il devient sans grande difficulté le secrétaire général-adjoint du Bureau des cheminots. En 1993, il obtient un poste-clé qui lui permettra d'accéder au rang supérieur dans la Fédération des cheminots : le secrétariat général de cette Fédération CGT. Il faudra attendre l'année 1999 pour que Bernard Thibault accède au poste suprême de secrétaire général de la Confédération Générale du Travail. Il sera réélu sans peine durant l'année 2003. Homme de lutte et contestataire ambitieux, il sera lui-même vivement contesté par ses détracteurs qui lui reprochent ses prises de position tranchées, allant à l'encontre de la position « gauchiste » classique. C'est dans ce sens que Bernard Thibault a plaidé en faveur du Traité constitutionnel européen, tant dénigré par l'aile dure de la Gauche. Ayant démissionné du Parti communiste en 2001, il abandonnera la lutte politique pour se consacrer entièrement au mouvement syndical qu'il a toujours affectionné.