Hier matin, le psychiatre Louis Albrand a boycotté la remise officielle de son rapport sur la prévention du
suicide en prison à la Chancellerie. C’est un acte très rare qui s’explique selon lui par « l’absence de volonté politique » de la Garde des Sceaux de traiter le problème. Il faut dire qu’elle est sur le point de quitter la
place Vendôme… Louis Albrand, psychiatre, se dit « très inquiet sur l’évolution de la situation dans les prisons ». Il déclare ainsi : « j’en appelle au prochain garde des Sceaux et au gouvernement pour s’attaquer sérieusement à l’humanisation du milieu carcéral ».
Ces déclarations sont bien sûr réfutées par la Chancellerie. Selon le porte-parole Guillaume Didier, il s’agit d’une « polémique absurde ». « Il n’y a aucun doute sur la volonté politique de la Garde des Sceaux ».
Dans ce rapport de 155 pages qui a été commandé en novembre 2008, le docteur Albrand et la commission de 29 membres proposent de nombreuses mesures comme une meilleure formation des personnels ou la création d’ « une grille d’évaluation du potentiel suicidaire de chaque détenu ». Le rapport prévoit également la suppression des « points d’arrimage » soit des éléments pouvant servir à la pendaison comme les barreaux des fenêtres.
En outre, le docteur Albrand a aussi déclaré sur France Info que son rapport avait été « modifié ». Il aurait été édulcoré pour que la surpopulation carcérale ne soit pas trop incriminée. « J’estime que ce n’est pas exactement mon rapport et qu’il faut agir ». Une préface a été supprimée. Une phrase notamment qui fait référence à la surpopulation qui aggrave les conditions de détention aurait été supprimée et à la place, le texte final blâme les médias qui en feraient trop : « les difficultés et les angoisses de la société abondamment relatées par les médias trouvent un écho en détention. Expliquer les suicides uniquement par des conditions de détention « inhumaines et dégradées » apparaît donc particulièrement réducteur ». La CGT a évoqué une « manipulation du document » : « Il est ici question de vies humaines et non de l’image d’une administration ou de données statistiques ».
Rappelons que la
France détient le triste record d’Europe du nombre de suicides en prison avec 115 suicides en 2008. Depuis le début de l’année, le chiffre n’est pas encore connu exactement mais il serait en augmentation.

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