Mercredi,
le Sénat a validé le budget 2009 de la
Sécurité sociale dont un article qui stipule la possibilité pour les employeurs d’accepter un employé jusqu’à 70 ans s’il en fait la demande au lieu d’une mise à la retraite d’office à 65 ans.
Si ce dispositif a fait des vagues chez les syndicats et les salariés, il en est de même chez les patrons. Ces derniers redoutent en effet que cette mesure se traduise par une perte de compétitivité, un coût supplémentaire pour l’entreprise, et même un frein à l’embauche et ce, particulièrement dans les métiers manuels.
En effet, si cette mesure peut être acceptable pour les professions libérales par exemple, elle n’est pas adaptée aux emplois pénibles. Certains chefs d’entreprise redoutent une baisse de la productivité dans les métiers manuels comme dans le bâtiment ou la métallurgie.
Si Laurence Parisot, Présidente du
Medef, a été enthousiasmée par cette mesure en la qualifiant de « premier pas historique », il semble ne pas en être de même chez les chefs d’entreprise travaillant dans les secteurs manuels, notamment en ce qui concerne les PME et PMI. Plusieurs représentants de la CGPME (confédération générale des petites et moyennes entreprises) ont mis des bémols à cet enthousiasme, en déplorant de ne pas avoir été concertés et en s’alarmant d’une porte ouverte « à toutes les dérives ». Ils craignent en effet la rigidité d’une telle mesure en évoquant une éventuelle pression du salarié sur son employeur, salarié qui pourrait demander des conditions financières pour son départ à 65 ans. Selon Jean-Eudes du Mesnil, secrétaire général de la CGPME, licencier une personne de plus de 65 ans « aurait un coût très important pour l’entreprise ». Si à brûle pourpoint, cela peut sembler une bonne mesure étant donné l’allongement de la durée de vie, des « effets pervers » sont à prévoir dans le cas où le salarié serait le seul à vouloir travailler plus longtemps malgré les désirs de son patron.
Même son de cloche à l’UIMM (Union des Industries et Métiers de la Métallurgie), comme l’a reconnu Frédéric Saint-Geours, son Président : « La mesure elle-même ne me paraît pas bien fabriquée parce qu’elle risque d’augmenter les risques de conflits entre le salarié et le chef d’entreprise ».
Autre reproche de la part des chefs d’entreprise : cette mesure pourrait s’avérer un obstacle à l’emploi des seniors, dont on parle tant actuellement, car cela pourrait freiner encore un peu plus l’embauche des personnes de 50 et plus en recherche d’emploi. Il y avait déjà une forte réticence en France, elle sera donc accentuée si le salarié peut demander à travailler jusqu’à 70 ans.
Autre sujet d’inquiétude pour les chefs d’entreprise de PME : la nécessité financière qui portera les salariés à travailler plus longtemps car ils n’auront pas cotisé suffisamment pour prendre leur retraite à 65 ans. Certains, même très fatigués, se verront dans l’obligation de demander à travailler jusqu’à 70 ans sans avoir le cœur à l’ouvrage.
Bref… Voilà encore une mesure prise en catimini et sans concertation qui ne satisfait ni les salariés, ni les petits chefs d’entreprise exerçant leur activité dans des secteurs manuels pénibles.