Hier, le Gabon a protesté contre un reportage diffusé sur
France 2, relatif aux biens immobiliers du président Omar Bongo Ondimba en France.
En effet, dans ce reportage, 33 maisons ou appartements, dont 1 hôtel particulier d’une valeur de 18 millions d’euros situé à
Paris appartiendraient à plusieurs présidents africains, dont celui de la république du
Gabon.
En plus, seraient citées voitures de luxe pour une valeur totale de 150 millions d’euros, sans compter les 15.000 euros de salaire officiel du président Gabonais.
Ces derniers mois, avec l’appui des équipes de télévision française, une enquête de police a été menée, suite à laquelle, une plainte avait été déposée (en juin 2007) par 3 associations françaises pour «recel de détournement d’argent public ».
Toutefois, en novembre dernier l’affaire était classée sans suite pour «infraction insuffisamment caractérisée», et, les observateurs y avaient perçu une intervention des autorités françaises, soucieuses de ne pas égratigner un «ami de 40 ans».
Malgré les discours de
Nicolas Sarkozy, le terme « Françafrique » ne semble pas mort.
Aujourd’hui, le ministère gabonais des affaires étrangères considérant que la chaîne télévisée France 2 représente la voix de la France, a « exprimé son étonnement sur la diffusion par l’audiovisuel d’Etat d’un dossier qui a fait l’objet d’un non-lieu de la justice française ».
Rappelons que, cette diffusion s’est faite « au mépris » des «intérêts mutuels, de l’excellence des relations qui lient » le Gabon et la France, alors que « le Gabon est toujours demeuré un allié sûr pour la
France ».
Mais cette « affaire » intervient alors que le Gabon avait déjà averti la France sur un autre dossier sensible : l’immigration. Cela peut sembler « inimaginable » à certains français qui adoptent une position farouche contre l’immigration étrangère, mais, il y a beaucoup de Français en « situation irrégulière » au Gabon.
Le Gabon a « convoqué » l’ambassadeur de France pour lui exprimer son « étonnement » et « réfléchir à la suite à donner aux relations franco-gabonaises ».
Selon le ministre de l’Intérieur, André Mba Obame, cette décision sous-entend que, les français « pourront être reconduits à la frontière si, au cours d’un contrôle de police, ils ne justifient pas de carte de séjour... ». D’après ses dires, « 5 à 10% » des quelques 10.000 Français installés au Gabon ne seraient pas en règle et pourraient donc être expulsés. Ce qui veut dire que, le Gabon pourrait expulser 500 à 1000 Français « en situation irrégulière » de son territoire.
Hier soir déjà, 1 Français venant travailler dans le secteur pétrolier a été refoulé à son arrivée à l’aéroport de Libreville..
Déjà, les relations entre la France et le Gabon se sont détériorées en février dernier, lorsque, au motif de résultats universitaires insuffisants, 2 étudiants gabonais résidant à Toulouse et Reims ont été expulsés.
Dans l’affaire concernant le patrimoine du Président Bongo, Libreville parle de sa « stupeur et indignation » en soulignant que la France avait « violé » de manière « flagrante » les accords entre les deux pays avec des «reconduites abusives».
D’après André Mba Obame, « normalement, il y a une concertation entre les services gabonais et français, mais depuis quelque temps les services français arrêtent des Gabonais sans nous consulter et ils les mettent dans l’avion ».
En mesure de réplique, le ministre de l’intérieur du Gabon a assuré que l’«on n’avisera pas les services français et on reconduira les Français à la frontière. Il poursuit en disant que : « ce sont les services français qui ont commencé les premiers ».
Enfin, un communiqué du ministère gabonais des Affaires étrangères soutient qu’« à ces violations, s’ajoutent les plaintes récurrentes des Gabonais excédés par la survivance de tracasseries et de nombreux refus de visa, parfois abusifs au consulat de France à Libreville ».
Dans cette affaire, l’ambassade de France à Libreville n’a pas souhaité répondre et encore moins, aux déclarations sur la campagne de presse du journal gouvernemental L’Union qui parle de « Vive la fermeté » en qualifiant la France de « puissance moyenne aux ambitions néocoloniales évidentes et constantes qui n’a de cesse d’imposer sa volonté en Afrique ».
Si le mois dernier, les autorités gabonaises se sont félicitées des « bonnes relations avec la France », après l’accueil à la base militaire française de Libreville des étrangers évacués du Tchad lors de l’offensive rebelle manquée sur N’Djamena, la situation actuelle est tout autre.
A noter que, dans ce reportage sur les biens immobiliers des chefs d'Etats africains en France, le Président congolais (Brazzaville) Sassou N’Guesso a lui aussi été cité…