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Pôle Emploi, le désespoir des uns face à l’impossibilité des autres
Voilà ce qu’il advient d’une drôle de politique qui ne respecte ni les uns ni les autres… A force d’être débordés, les salariés de Pôle Emploi sont ultra-stressés d’être en première ligne du mécontentement ambiant et de l’autre côté, Micheline, qui vient de perdre son emploi dans une usine d’assemblage, ne comprend pas ce qui lui arrive ni pourquoi elle est si mal reçue et si vite alors qu’elle a cotisé pendant de très nombreuses années et en travaillant d’arrache-pied… Ces deux mondes se côtoient ou plutôt s’entrechoquent et se soupèsent… En tout cas, ils ne se comprennent plus.
Plus personne ne veut se parler dans cet espace Pôle Emploi qui normalement doit aider les chômeurs à trouver un travail. Est-ce parce que les salariés de Pôle Emploi sont des fainéants, comme on l’entend dire ici ou là, ou parce que, eux aussi, sont exténués d’être les seuls en ligne de mire face à des problèmes désespérés qu’ils ne peuvent plus résoudre ? Et comment en vouloir aux demandeurs d’emplois de se sentir comme de vieilles bêtes de somme plus bonnes à rien, exploitées jadis, exploitées aujourd’hui sans plus personne pour leur venir en aide ? Evidemment, le personnel de Pôle Emploi a des chiffres à respecter, tout comme les flics qui doivent faire des Pv à longueur de journée, les salariés de Pôle Emploi sont priés de faire la chasse aux gaspis et donc, d’éliminer dès que possible, tout demandeur d’emploi qui ne respecte pas les règles établies, soit faire en temps et en heure son actualisation de dossier et accepter un boulot, n’importe où, même à compétences et salaire moindres. C’est fini le bon temps (c’est ironique bien sûr) où le conseiller ANPE pouvait voir avec vous le travail qui vous correspondait le mieux… Il n’a plus le temps… Il n’a plus qu’un quart d’heure à consacrer à chacun et il doit, pour s’en sortir lui-même, faire une croix sur son humanité. Car radier, c’est ce qu’on leur demande pour faire diminuer les chiffes du chômage officiel et, parce qu’eux aussi sont chargés de famille, ils obéissent aux normes imposées.
Aux personnes qui se déplacent, les consignes sont données… Vous n’avez pas rendez-vous ? Alors rendez-vous par Internet ou sur le 3949 complètement déshumanisé car en plus il faut payer le prix d’une communication locale (on aurait espérer au moins que cela soit gratuit !... Mais non, on se fait même du fric sur le dos des chômeurs !)…
Maurice, employé jadis par l’ANPE, a du mal à se faire à la nouvelle organisation de Pôle Emploi, lui qui passait son temps à trouver des solutions pour les demandeurs d’emploi qui voulaient s’en sortir… Et il y prenait du temps et du cœur… Maurice est désabusé. On lui demande de rayer des noms des listes et il n’a plus le temps de discuter, humainement, avec une personne en détresse.
Antoine, jeune diplômé sans expérience, préfère se débrouiller seul et ne pas être comptabilisé sur les listes des chômeurs… Il en a marre de galérer et de rencontrer selon lui « des incapables » qui ne le comprennent pas. Quant à Pierre, 52 ans, on lui a dit qu’il n’y avait plus d’espoir, son dossier n’est pas gelé mais c’est tout comme. Et puis il y a Julie, 30 ans, divorcée, deux enfants, à temps partiel et qui ne s’en sort pas, qui voudrait une formation rémunérée mais qui n’en trouve pas… Sa conseillère n’a pas le temps, elle est débordée…
Il n’y a pas que chez France Telecom qu’on se suicide, chez Pôle Emploi aussi…
On se demande qui a eu cette idée folle de réunir deux entités bien distinctes avec des compétences différentes en un seul établissement en pleine crise économique et ce, pour faire des économies structurelles ? Etait-ce vraiment bien le moment pour entreprendre une telle réforme ? La preuve que non puisque 1000 personnes vont être employées en CDD pour aider le personnel de Pôle Emploi complètement débordé mais qu’aussi le gouvernement fait appel à des organismes privés très chers pour « placer » à tout prix, c’est le cas de le dire, des demandeurs d’emploi…
Voilà ce que c’est que de vouloir faire des réformes à la va-vite et de vouloir les maintenir à tout prix sous peine d’être taxé de vouloir revenir en arrière… Orgueil, quand tu nous tiens !