La dernière déclaration du Pape fait encore des vagues. Lors de son voyage vers Yaoundé au Cameroun mardi, il avait lâché : « On ne peut pas régler le drame du sida avec la distribution de préservatifs, qui au contraire, augmentent le problème »… Et c’est bien que le bât blesse puisque prétendre que le préservatif augmente le problème du sida est aller à l’encontre de tout ce qu’affirment les scientifiques, les médecins et les ONG sur place en Afrique qui sont bien placées pour savoir que le drame du sida est un vrai fléau sur ce continent ! A contrario, le Pape prône la fidélité et l’abstinence selon la doctrine de l’Eglise. Selon la traduction du Point, voilà la déclaration papale : « Je pense que ce qui est plus efficace, plus présent et plus fort dans la lutte contre
le sida, c’est justement l’Eglise catholique, avec ses structures, ses mouvements et ses communautés (…) On ne peut pas régler le problème du sida seulement avec de l’argent (…) Et on ne peut pas régler ce drame avec la distribution de préservatifs, qui au contraire, augmentent le problème. La solution peut être double, l’humanisation de la sexualité et une vraie amitié envers les personnes qui souffrent ».
Le problème, avec ce genre d’arguments qui sont dans la droite ligne de la doctrine de l’Eglise catholique, on a affaire, en Afrique, à certaines populations sous-développées et très crédules qui vont prendre, pour argent comptant la parole papale sans bien en mesurer les conséquences. Et en Afrique, le nombre de baptêmes des personnes adultes est en augmentation. Comment dès lors, endiguer le problème ou tenter de l’endiguer avec toute la bonne volonté des associations sur place qui expliquent et expliquent encore que le préservatif est capital si le Pape affirme qu’il aggrave les problèmes ?
Au sein de l’Eglise même, ces propos ont été critiqués comme par l’Evêque de Gap, Monseigneur Di Falco qui déclare : « C’est vrai que cette phrase paraît brutale et semble ne pas tenir compte de la réalité de ce qui se vit en Afrique » tout en déclarant que le Pape voulait certainement « exprimer l’idéal ». Il a ajouté : « Sur le terrain, si votre mode de vie vous met en danger et met en danger vos partenaires, utilisez le préservatif ».
Quant au monde laïc, qu’il soit croyant catholique pratiquant ou pas, les critiques ont fusé de toutes parts à commencer par le ministère des Affaires étrangères qui a exprimé sa « très vive inquiétude devant les conséquences de ces propos ». Selon Eric Chevallier, porte-parole, de tels discours mettent « en danger les politiques de santé publique et les impératifs de protection de la vie humaine »… Un bon tacle au Vatican… En France, toute la classe politique a haussé le ton comme
Alain Juppé qui trouve que « ce pape commence à poser un vrai problème », opinion partagée ce matin sur « la matinale » de Canal+ par 90 % des téléspectateurs qui ont répondu en masse à un mini-sondage. À gauche, Marie-George Buffet évoque « des paroles irresponsables et criminelles (…) D’ici 2010, le sida aura tué 30 millions de personnes ».
Daniel Cohn-Bendit a aussi exprimé sa colère sans oublier les associations de lutte contre le sida… Tous sont unanimes pour critiquer sévèrement cette déclaration avec cette déclaration ambiguë de Christine Boutin, fervente catholique : « Chacun fait comme il peut et comme il veut. Ce n’est pas drôle de mettre un préservatif quand on fait l’amour. N’attendez pas du Pape qu’il dise qu’il faut mettre le préservatif ».
Le Vatican ne semble pas vouloir revenir en arrière sur ses positions selon le porte-parole du Saint-Siège Frederico Lombardi : « Il ne faut pas attendre de ce voyage un changement de position de l’Eglise catholique envers le problème du sida (…) Développer une idéologie de confiance dans le préservatif n’est pas une position correcte car elle évite le sens des responsabilités ».
… Et c’est bien là qu’est le problème ! Qui a donc le sens des responsabilités dans cette affaire ?