A défaut d’être celui du renouveau, le tour de France 2008 sera celui d’un nouveau scandale du dopage, avec l’exclusion et la garde à vue de Riccardo Ricco, contrôlé positif à l’EPO à l’occasion du contre-la-montre de Cholet le 8 juillet par l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD).
Après ceux des Espagnols Manuel Beltran et Moises Duenas, l’affaire prend une toute autre dimension dans la mesure où Ricco est (« était ») lui, le leader de son équipe Saunier-Duval et un des grands favoris du Tour. Deuxième du Tour d’Italie, celui qui, à 24 ans, incarnait une « nouvelle génération » de coureurs cyclistes, avait d’ailleurs remporté deux étapes dans les Pyrénées, à Super-Besse et Bagnères-de-Bigorre. Il avait d’ores et déjà promis de gagner au sommet de l’Alpe d’Huez la semaine prochaine : cela n’arrivera pas.
Il était en outre au moment de son interpellation hier par les gendarmes meilleur jeune et meilleur grimpeur de l’édition 2008. Surnommé le « Cobra » en raison de sa façon de fixer ses adversaires avant de lancer une attaque fulgurante, à la manière son idole Marco Pantani, le coureur italien sera déféré aujourd’hui devant un juge d’instruction.
Dès l’annonce de ce contrôle positif, le sponsor de l’équipe espagnole, Saunier-Duval, a exigé le retrait de l’équipe. « Nous nous sentons bafoués dans notre responsabilité de sponsor et condamnons ce type de comportement », explique l’entreprise dans un communiqué.
Le directeur du Tour de France, Christian Prudhomme, ne cache pas ses soupçons à l’encontre de l’équipe et de ses dirigeants. « Il y a deux façons de voir leur départ », précise-t-il. « C’est soit de se dire qu’ils sont responsables, mais ça peut sonner aussi comme un aveu. L’avenir nous le dira ».
Pour mémoire, un coureur de l’équipe Saunier-Duval, Iban Mayo, avait déjà été contrôlé positif à l’EPO l’an dernier et exclu du Tour de France.
Il y a fort à parier que d’autres cas de dopages seront révélés dans les jours qui viennent, dans la mesure où la nouvelle génération d’EPO utilisée par Ricco, la CERA (Continuous Erythropoietin Receptor Activator), réputée indétectable, ne l’est manifestement pas…
Même si dix ans après le Tour 1998 et la fronde des coureurs l’ombre de l’EPO plane toujours sur l’épreuve, Christian Prudhomme a pourtant fait le choix de positiver.
« C’est la confirmation que la lutte avance. On s’est assez gaussé des contrôles par le passé pour ne pas saluer aujourd’hui leur efficacité », a-t-il déclaré.