Le test mis en place dans trois lycées professionnels de la région parisienne fait couler beaucoup d’encre ! Cette cagnotte collective récompensant l’assiduité a en effet de nombreux détracteurs.
Le ministre de l’
Education nationale, Luc Chatel, s’est enfin exprimé sur le sujet en estimant qu’ « on devait tout essayer pour lutter contre l’absentéisme et le décrochage scolaires ». Il a cependant bien précisé que cette cagnotte scolaire était une « expérimentation »…
Il faut dire que ce système est déjà instauré en
Grande-Bretagne avec un certain succès en ce qui concerne l’assiduité mais aussi les repas choisis à la cantine scolaire… Une sorte de système de bons points qui récompense les bonnes attitudes.
Luc Chatel a déclaré : « J’ai demandé au recteur des garanties. 1/, qu’il reçoive des représentants des parents d’élèves pour leur expliquer que le dispositif ne consiste pas à payer les élèves. 2/, qu’il crée un comité de suivi chargé de contrôler cette expérimentation. A la fin, on fera une évaluation et on verra. On doit tout essayer ».
Il faut en effet rappeler qu’il ne s’agit pas ici de rémunérer des élèves pour aller en classe mais que cette cagnotte collective accordée par classe servira à financer un projet éducatif (places de cinéma,
permis de conduire, voyage, pour tous les élèves d’une classe, etc.). Cette cagnotte est alimentée par Martin Hirsch, haut-commissaire à la Jeunesse et selon le rectorat de Créteil, elle concerne 150 élèves.
Si d’aucuns soutiennent ce projet, ce dernier soulève un tollé général chez les syndicats de parents d’élèves et d’enseignants… Pour la FCPE, par la voix de Jean-Jacques Hazan « un problème d’éducation réglé par l’argent, c’est quand même assez catastrophique ! » tandis que la PEEP est « très réservée, voire un peu inquiète », comme l’explique Philippe Vrand : « C’est mettre la main dans un engrenage, on commence avec les bons poins à l’école maternelle et on finit par les billets au lycée ! On ne veut pas que l’argent soit le levier pour motiver les élèves ».
Chez les syndicats d’enseignants, c’est le même son de cloche. Ainsi, le SNUEP, le SNES et le SNEP ont déclaré que la cagnotte scolaire était « une mesure contraire aux valeurs de l’école républicaine ». Idem pour la
CGT éduc’action : « Avec cette initiative, le rectorat laisse de côté la question de l’orientation par défaut vers la voie professionnelle, source essentielle de la démotivation des élèves ».
Chez les politiques, les réactions sont très diverses à gauche comme à droite. Ainsi,
Valérie Pécresse se dit « très réservée » : « L'assiduité, c'est le premier devoir d'un élève. Est-ce qu'il faut monnayer l'assiduité, est-ce qu'il faut payer un enfant, un adolescent, pour faire ce qu'il doit faire ? Je crains qu'il puisse y avoir des dérives ». Vincent Peillon réclame de son côté l’interdiction de la cagnotte scolaire : « De Condorcet à
Jules Ferry, on a quand même construit notre République avec des valeurs. Je trouve ça aussi grave, en termes d'esprit public, que les déclarations du président de la République lorsqu'il nous avait expliqué que l'imam, le curé, le rabbin, c'était supérieur à l'instituteur au niveau des valeurs ».
Reste que selon le rectorat de Créteil, la cagnotte scolaire pourrait être étendue à 70 classes soit 2 000 élèves, si l’initiative était couronnée de succès ce que réprouve Jean-Paul Huchon, Président du Conseil régional d’Ile-de-France qui indique que « la facture monterait à 290 millions d'euros si toutes les classes touchaient la « prime » maximale de 10.000 euros. Le rôle de l'école n'est pas d'apprendre aux élèves comment gagner de l'argent par tous les moyens, mais de leur transmettre les savoirs et les valeurs indispensables pour leur épanouissement personnel et pour la vie en société »… Cette mesure serait donc inapplicable au plan national…