L’affaire s’est déroulée le 22 novembre 2006 à Nantes. Taoufik El-Amri, un ouvrier de 33 ans, était interpellé complètement ivre par trois policiers dans le centre-ville. Après avoir contrôlé ses papiers, les trois policiers l’avaient laissé libre et le corps de l’homme avait été découvert dans un canal quelques jours après. Au cours de l’enquête, il avait été prouvé que les policiers avaient menti sur l’endroit exact où ils avaient laissé l’homme saoul.
Les trois fonctionnaires ont été condamnés à quatre mois de prison avec sursis pour faux témoignage mais aussi pour « délaissement ». Et c’est bien là que le bât blesse chez les policiers qui vont faire appel. En effet, selon Thierry Spitz, du syndicat de police Alliance : « l’infraction de délaissement est inacceptable. Policiers, gendarmes, pompiers et professions de santé seront traduits devant le tribunal correctionnel dès qu’ils ne prendront pas en charge une personne ivre. Cela met une énorme pression sur leurs épaules ». Il a poursuivi : « Est-on là pour arrêter les délinquants et les criminels ou pour prendre en charge toutes les personnes ivres ? C’est un problème de santé publique. La justice n’a pas pris la mesure de sa décision »… Déclaration grave quand même pour des policiers chargés de la protection des personnes et des biens !
Il faut préciser également que, selon les policiers, la prise en charge d’une personne ivre prend au moins deux heures en les plaçant notamment dans une cellule de dégrisement et qu’à Nantes, le nombre d’ivresses publiques a doublé entre 2007 et 2008.
Alors le tribunal a-t-il eu tort en reconnaissant l’infraction de délaissement ? Pas sûr quand on sait qu’une personne ivre n’a plus ses repères et que son taux d’inhibition est bien inférieur à la normale. Dans une telle situation, la personne fait encourir des dangers à autrui mais aussi à elle-même. Selon l’avocat de la partie civile : « Le tribunal a tenu compte du contexte particulier de cette affaire. On abandonne une personne fortement alcoolisée, dans un endroit isolé. Sa santé est menacée ».
D’aucuns disent déjà que le rôle d’un policier est plus de protéger les personnes même contre elles-mêmes et contre les autres plutôt que de dresser des procès-verbaux pour passer à un feu orange ou pour fumer une cigarette au volant…
Quoi qu’il en soit, une autre affaire du même type est en cours d’instruction à Corbeil-Essonne où des policiers sont poursuivis pour homicide volontaire. En effet, en 2006, un homme ivre était abandonné sur un banc par les fonctionnaires de police et il s’était noyé dans la Seine.
Tous les commentaires sont soumis à modération (ceux abrégés en SMS seront supprimés).
Ne vous inquiétez donc pas si ceux-ci ne s'affichent pas instantanément.