Les agressions d’enseignants sont de plus en plus nombreuses. Hier, une professeur d’anglais du lycée Jean-Rostand de Mantes-la-Jolie a été frappée par un inconnu vers 11 h 30. L’agresseur était « jeune », voire « très jeune » selon les témoins, quand il est entré dans la salle de classe. Portant un foulard sur le visage, il a demandé le nom de l’enseignante avant de la frapper deux fois au visage, sans aucune explication. Les élèves de BEP maintenance n’ont pas eu le temps de faire quoi que ce soit. La jeune femme d’une trentaine d’années est enceinte et elle est tombée sur le sol sous la violence des coups. Transportée à l’hôpital de la ville, elle en est ressortie en fin d’après-midi indemne mais très choquée.
Il y a deux ans, l’Observatoire national de la délinquance avait sorti une étude portant sur l’année scolaire 2005-2006 qui révélait une situation qui ne cessait de se dégrader. Plus de 15 000 agressions avaient été signalées sur des enseignants et environ 24 000 sur toutes les catégories de professionnels de l’enseignement (enseignants mais aussi surveillants, direction, conseillers d’éducation, personnel administratif et technique). Hors vacances scolaires, 60 enseignants étaient ainsi victimes de violences (insultes et de menaces, violences physiques sans arme, vols ou tentatives de vols, les violences physiques représentant environ 10 % des violences). L’étude montrait aussi « 230 violences physiques avec arme » et « une quarantaine de violences physiques à caractère sexuels ».
Alors pourquoi cette montée de violences sur les enseignants ? Certains évoquent le laxisme des familles qui sont débordées par leur progéniture et qui les laissent agir un peu comme ils veulent. D’autres évoquent aussi l’évolution des établissements scolaires. On peut tenter une explication. L’après 68 où tout était « liberté » a duré jusqu’aux années 1981-1983 dans les mentalités mais aussi à l’école puisque se développaient des théories de « l’ouverture au monde » avec la multiplication des sorties pédagogiques. Les activités artistiques, manuelles, ludiques étaient encouragées avec la formation de « clubs » (clubs théâtre, clubs poésie, clubs peinture, clubs inventions, etc…) qui, dans le même temps, rehaussaient l’image volontariste des établissements concernés. C’en était fini de la rigueur, de l’autorité, c’était un peu le règne du « prof-copain », du « prof-sympa », etc. Or, quand la gauche est arrivée au pouvoir avec François Mitterrand, force était de constater qu’elle ne pouvait proposer mieux pour aller dans le sens des « libertés ». Certains voulaient même mettre à bas l’enseignement privé « réservé à des élites ». Cependant, nombreux étaient les parents qui tenaient au maintien de l’enseignement privé tout simplement pour avoir le choix face à une école publique qu’il jugeait de plus en plus laxiste.
Jean-Pierre Chevènement, avec la diplomatie qu’on lui connaît, a exigé le retour à la rigueur avec un seul slogan « lire, écrire, compter » ce qui soulevé bon nombre de boucliers chez les enseignants eux-mêmes au nom de l’égalité des chances et du libre choix des élèves. Mais il n’y avait pas que les enseignants, les fédérations de parents d’élèves et les médias eux-mêmes y allaient de leur refrain. Ajoutée à cela la mauvaise habitude des enseignants à persister à ne jamais vouloir se remettre en question et vous avez là un cocktail explosif qui ne s’est jamais arrêté depuis.
L’école ne jouait donc plus son rôle : celui de faire apprendre dans un cadre strict avec des lois auxquelles on ne peut déroger. Parallèlement, elle perdait son rôle d’ascenseur social puisque tous les élèves étaient logés à la même enseigne, qu’ils travaillent ou ne travaillent pas puisque désormais le Bac est donné à tout le monde ou presque. Il n’y a donc plus aujourd’hui de « valorisation » à obtenir de bonnes notes et de bons résultats puisque tous les élèves doués ou pas, travailleurs ou pas, ont le fameux sésame, ce Bac qui ne veut plus rien dire... Force est de constater en effet, d’après les dernières études, que les résultats de CM2 sont catastrophiques, les enfants ne savant plus écrire ni compter…
Fin de la rigueur, fin de l’autorité, fin de l’ascenseur social puisque fin de l’avenir dans une école qui a toujours privilégié les études « générales » par rapport aux études techniques si utiles pourtant, plus de chômage au bout des études, trop de « pédagogie »… Rien n’avait plus de sens dans cette école des années 1980-1990.
Seulement voilà, au lieu de remettre en cause le système, on évoquait en cas d’agression, une « prof fragile » qui ne faisait pas preuve d’autorité, un « enseignant désemparé », des parents démissionnaires, etc… Ce fut la faute des profs s’il y avait du chahut dans leur classe. Ce fut la faute des parents si leurs bambins étaient des petits révoltés sans éducation. Les syndicats d’enseignants et les fédérations de parents d’élèves mais aussi les gouvernements évoquaient des faiblesses particulières avant de remettre en cause totalement le système. Il fallut attendre une grève près de Montbéliard en 1993 pour que la violence contre les enseignants soit enfin révélée au grand jour.
Ce n’était hélas qu’un début… Depuis, l’image de l’école et des enseignants s’est terriblement dégradée… Même les parents les critiquent devant leurs enfants quand les enseignants se mettent un peu trop en grève… Beaucoup d’entre eux ne les respectent plus eux-mêmes quoi qu’on en dise. Fin de la rigueur, fin de l’autorité, éducation remise en cause avec des diplômes dévalorisés, situation dégradée dans les quartiers, chômage au bout de l’école… Non, ce n’est pas que la faute des parents ni des enseignants en particulier ! C’est la faute de tout un système qui n’a jamais su se remettre en question… Et les gamins le savent. Ils savent que leurs diplômes ne valent plus rien.