Fidèle au sens de l’honneur qui prévaut dans l’Armée, le général Bruno Cuche, chef d’état-major de l’armée de terre, a présenté sa démission à
Nicolas Sarkozy suite à la fusillade qui a fait 17 blessés à
Carcassonne dimanche au cours d’une journée portes ouvertes.
Bien que le général Cuche ait expliqué dans un communiqué que sa décision est « exclusivement liée » à la tragédie de Carcassonne, cette démission arrive dans un contexte très tendu entre le pouvoir et les forces armées, quelques semaines à peine après l’annonce par Nicolas Sarkozy d’un plan de restructuration drastique.
Des voix dans l’entourage du général s’élèvent également pour confirmer que ce dernier aurait été « extrêmement marqué » par les déclarations proférées par le chef de l’Etat – et des Armées – à sa sortie de l’hôpital de Carcassonne : Nicolas Sarkozy a en effet taxé l’état-major de l’armée de terre « d’amateurisme » - en pointant le général du doigt - et promis « une réaction rapide et sévère ». Le général Cuche aurait-il « été démissionné » par le pouvoir ?
L’Elysée a en tout cas immédiatement accepté la démission du général, évoquant un « geste fort » sans toutefois rendre hommage à un militaire à la carrière exemplaire et extrêmement respecté. Seul le ministre de la Défense
Hervé Morin a salué la décision d’un « très grand militaire » fidèle à « son rôle de chef et sa responsabilité de chef ».
La « réaction sévère » de Nicolas Sarkozy ne s’arrête pas là, puisque le chef de l’Etat a décidé au plus grand étonnement de tous, c’est en tout cas ce qu’affirme Le Point, de suspendre l’ensemble des nominations des généraux et de supprimer les noms de tous les généraux de la promotion de la Légion d’Honneur prévus lors de la cérémonie du
14 juillet… Une décision pour le moins déconcertante mais pas aussi hors de propos qu’on pourrait le croire puisqu’elle entrerait selon certains militaires dans le cadre d’une chasse aux sorcières dans la Grande Muette, dont le général Cuche serait le « premier bouc émissaire ».
Le général Cuche, saint-cyrien, avait commandé la division Leclerc lors de son opération au Kosovo en 1999, et était considéré comme un chef « posé, ouvert et agréable ». Il devait quitter ses fonctions de chef d’état-major de l’armée de terre en août prochain pour se voir confier le poste prestigieux de gouverneur des Invalides : cela n’aura pas lieu.
Le sergent auteur de la fusillade de Carcassonne a été pour sa part suspendu de ses fonctions et mis en examen pour « blessures involontaires ». Il a été remis en liberté et placé sous contrôle judiciaire.
Ségolène Royal a appelé Nicolas Sarkozy à « se calmer » : « Il conviendrait que le président de la République cesse d’improviser dans le domaine de la politique de défense », a-t-elle affirmé, jugeant en outre que la démission du général Cuche « traduit une grave tension entre le pouvoir exécutif et les grands serviteurs de l’armée que sont les plus hauts responsables militaires ».
On n’en attendait pas moins de la part d’une fille de lieutenant-colonel et petite-fille de général.