C’est un véritable camouflet pour l’AKP, le Parti de la justice et du développement : la cour constitutionnelle de
Turquie a annulé un amendement très controversé adopté en février dernier à l’Assemblée nationale, qui autorisait le port du foulard dans les universités. Ce revers pourrait même valoir à l’AKP, parti issu de la mouvance islamiste au pouvoir depuis 2002, sa dissolution.
Pour l’opposition laïque, qui avait saisi la cour constitutionnelle, la décision des sept juges est au contraire une grande victoire : l’armée, les juges et les universitaires notamment craignaient en effet que l’instauration de cette autorisation du port du voile n’ait pour conséquence sa légalisation dans les administrations et les établissements d’enseignement secondaire, où il était interdit jusque là. Ils craignaient également une intensification de la pression sociale et religieuse sur les femmes. Cette question du port du voile divise de fait la Turquie depuis près de 20 ans…
Le porte-parole de l’AKP s’est insurgé, estimant ce verdict « contraire à la constitution ». « La Cour a outrepassé ses fonctions, a expliqué Bekir Bozdag, le vice-président du groupe parlementaire de l’AKP. Le Parlement n’aura donc plus le pouvoir de procéder à des changements constitutionnels ». L’AKP dénonce une mesure davantage politique que juridique. 71 membres du parti, dont le premier ministre Recer Tayyip Erdogan sont dans le collimateur du procureur de la Cour de cassation, qui réclame leur bannissement de la vie politique pour cinq ans.
Certains analystes politiques turcs voient dans cette décision une première étape dans une procédure d’interdiction de l’AKP.
Les juges de la Cour constitutionnelle doivent en effet se prononcer dans les mois à venir sur l’interdiction pure et simple du parti islamique, pour « activités contraires à la laïcité en Turquie »…
La Cour s’était déjà prononcé deux fois dans le passé contre le port du voile dans les universités turques…

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