Il est de bon ton ces derniers temps de comparer
Nicolas Sarkozy à
Napoléon ou plutôt à Bonaparte comme s’est risqué à le faire Alain Duhamel ou d’autres… On peut penser qu’à part la taille, le nez busqué, l’ambition démesurée, la comparaison s’arrête là car, à sa manière, Napoléon Bonaparte était un génie militaire mais qui a mal fini… Il a commis beaucoup d’erreurs certes mais il a entrepris une grande réforme de la France et de son administration…
Rendons à César ce qui est à César, c’est le site agoravox qui a sorti un texte de
Victor Hugo, qui, comme chacun sait, détestait Napoléon III surtout après qu’il se soit emparé du titre d’Empereur après avoir été le premier Président de la République française. Après son coup d’état, Victor Hugo, expulsé de France pour son opposition, n’y allait pas par quatre chemins : on trouve cette diatribe dans « Napoléon le petit » (morceaux choisis) :
« (…) La situation présente, qui semble calme à qui ne pense pas, est violente; qu'on ne s'y méprenne point. Quand la moralité publique s'éclipse, il se fait dans l'ordre social une ombre qui épouvante. Toutes les garanties s'en vont, tous les points d'appui s'évanouissent.
Désormais il n'y a pas en France un tribunal, pas une cour, pas un juge qui puisse rendre la justice et prononcer une peine, à propos de quoi que ce soit, contre qui que ce soit, au nom de quoi que ce soit. (…)Si on le juge en dehors de ce qu'il appelle "ses actes nécessaires "ou "ses grands actes", c'est un personnage vulgaire, puéril, théâtral et vain. Les personnes invitées chez lui, l'été, à Saint-Cloud, reçoivent, en même temps que l'invitation, l'ordre d'apporter une toilette du matin et une toilette du soir. Il aime la gloriole, le pompon, l'aigrette, la broderie, les paillettes et les passe-quilles, les grands mots, les grands titres, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. En sa qualité de parent de la bataille d'Austerlitz, il s'habille en général.
Peu lui importe d'être méprisé, il se contente de la figure du respect. (…)Et maintenant la pensée s'arrête. Et voilà par quel homme la France est gouvernée ! Que dis-je, gouvernée ? possédée souverainement !
Et chaque jour, et tous les matins, par ses décrets, par ses messages, par ses harangues, par toutes les fatuités inouïes qu'il étale dans le Moniteur, cet émigré, qui ne connaît pas la France, fait la leçon à la France ! et ce faquin dit à la France qu'il l'a sauvée ! Et de qui ? d'elle-même ! Avant lui la providence ne faisait que des sottises; le bon Dieu l'a attendu pour tout remettre en ordre; enfin il est venu ! Depuis trente-six ans il y avait en France toutes sortes de choses pernicieuses: cette "sonorité", la tribune; ce vacarme, la presse; cette insolence, la pensée; cet abus criant, la liberté; il est venu, lui, et à la place de la tribune il a mis le sénat; à la place de la presse, la censure; à la place de la pensée, l'ineptie; à la place de la liberté, le sabre; et de par le sabre, la censure, l'ineptie et le sénat, la France est sauvée ! Sauvée, bravo ! et de qui, je le répète ? d'elle-même; car, qu'était-ce que la France, s'il vous plaît ? c'était une peuplade de pillards, de voleurs, de jacques, d'assassins et de démagogues. Il a fallu la lier, cette forcenée, cette France, et c'est M. Bonaparte Louis qui lui a mis les poucettes. Maintenant elle est au cachot, à la diète, au pain et à l'eau, punie, humiliée, garrottée, sous bonne garde; soyez tranquilles, le sieur Bonaparte, gendarme à la résidence de l'Élysée, en répond à l'Europe; il en fait son affaire; cette misérable France a la camisole de force, et si elle bouge:... - Ah ! qu'est-ce que c'est que ce spectacle-là ? qu'est-ce que c'est que ce rêve-là ? qu'est-ce que c'est que ce cauchemar-là ? d'un côté une nation, la première des nations, et de l'autre un homme, le dernier des hommes, et voilà ce que cet homme fait à cette nation ! Quoi ! il la foule aux pieds, il lui rit au nez, il la raille, il la brave, il la nie, il l'insulte, il la bafoue ! Quoi ! il dit: il n'y a que moi ! Quoi ! dans ce pays de France où l'on ne pourrait pas souffleter un homme, on peut souffleter le peuple ! Ah ! quelle abominable honte ! chaque fois que M. Bonaparte crache, il faut que tous les visages s'essuient ! Et cela pourrait durer ! et vous me dites que cela durera ! non ! non ! non ! par tout le sang que nous avons tous dans les veines, non ! cela ne durera pas ! Ah ! si cela durait, c'est qu'en effet il n'y aurait pas de Dieu dans le ciel, ou qu'il n'y aurait plus de France sur la terre ! (…) »
Ce texte, quelque peu oublié de Victor Hugo a été republié en 2007 chez Actes Sud et d’aucuns, sur le Net, y voient d’étranges similitudes avec notre situation actuelle… Et encore ! Ce ne sont que quelques extraits…