La loi « Hôpital, Patients, Santé, Territoires » est actuellement en discussion à l’Assemblée nationale. Dans les textes, il est question de la médecine d’urgence. Or, Patrice Pelloux, Président de l’AMUF, le syndicat des médecins urgentistes, monte une fois de plus au créneau pour tirer la sonnette d’alarme.
En effet, pour
Roselyne Bachelot, le problème des urgences à l’hôpital, semble être réduit à une notion territoriale des offres d’établissements. Ainsi, elle assure qu’en 2010, aucun Français ne devra être éloigné de plus de vingt minutes d’un centre d’urgences. Il s’agit donc d’une meilleure répartition territoriale. Ce n’est pas du tout l’opinion du médiatique Patrice Pelloux qui considère, comme il l’a toujours affirmé, qu’il s’agit d’un problème de baisse de moyens ce qui entraîne de facto une baisse de la qualité des services d’urgence. Pas de moyens, manque de personnel = baisse de la qualité.
Ainsi, il met l’accent sur l’augmentation de la population accueillie aux urgences et sur la fermeture parallèle de lits d’hospitalisation. En 2008, 16 millions de personnes ont été accueillies aux urgences avec une augmentation significative alors que dans le même temps, plus de 100 000 lits avaient été fermés depuis quinze ans. Selon lui, le système de privatisation va entraîner des problèmes lourds de conséquences. De plus, supprimer les gardes obligatoires pour les généralistes de minuit à 8 h du matin est une erreur monumentale. Ainsi explique-t-il au JDD « En France, vous ne pouvez trouver un médecin 24 h sur 24 que dans seulement 19 départements ».
Patrice Pelloux est d’autant plus inquiet voire en colère car les drames survenus l’année dernière et en début d’année ont souvent été mis sur le compte des médecins. Or, d’après lui, « Ce ne sont pas les médecins qui discréditent le système mais les pouvoirs publics qui, en ne donnant pas les moyens pour travailler, font que le système est discrédité lui-même (…) Tout s’est aggravé depuis l’arrivée de la pensée néolibérale de Roselyne Bachelot et de ses amis, qui nous disent « L’hôpital-entreprise, c’est merveilleux ». C’est affligeant ».
Sur l’objectif déclaré d’avoir une structure d’urgence à moins de 20 mn pour 90 % de la population, le médecin urgentiste n’a pas de mot assez fort : « Elle raconte n’importe quoi (…) Même si j’étais à moins de 20 mn d’un service d’urgence, si c’est pour attendre plus de quinze heures d’être pris en charge parce que le service est désorganisé par le manque de médecins et le manque de moyens… ».
Quant au rapprochement des établissements publics et privés, il déclare encore : « On assiste actuellement à la montée en puissance des cliniques privées et des consortiums internationaux qui font des bénéfices considérables (…) Que je sache, lorsque la Sécurité sociale a été inventée en 1945, ce n’était pas pour faire faire des bénéfices à des groupes privés ».
Selon un sondage paru sur le site de France Info, 93 % de Français jugent que le personnel hospitalier est compétent mais que l’hôpital manque de moyens financiers et humains (89 %).
Ce soir, France 2 va consacrer une émission à l’hôpital et à ses « dangers cachés ». Il va y être question d’erreurs médicales, de compétition entre public et privé et du métier d’infirmier. Roselyne Bachelot en sera l’invitée ainsi que plusieurs autres personnalités dont le porte-parole de l’AMUF, Christophe Prudhomme. Un débat qui pourrait vous aider à forger votre opinion… « Ils font bouger la France », ce soir, à 20 h 35.