La réforme de Valérie Pécresse a poussé dans la rue hier tout le monde de l’université. Selon les sources, les enseignants et les étudiants étaient de 40 000 à 80 000 à défiler un peu partout dans les grandes villes françaises, soit une mobilisation extrêmement forte. Certains présidents d’universités étaient également mobilisés (Toulouse II, Paris VIII) et les IUFM et IUT étaient aussi représentés. L’Unef appelle aussi à une autre journée de grèves jeudi.
Valérie Pécresse, pour convaincre du bien-fondé de sa réforme, va être accompagnée d’une médiatrice (tout comme Yves Jégo pour les DOM-TOM… Décidemment, c’est la mode des médiateurs !). Valérie Pécresse s’est trouvée bien mal en point à l’Assemblée nationale ayant contre elle le PS, les Verts et même le député
UMP Villepiniste François Goular. Tous demandaient le retrait du décret.
Alors pourquoi cette colère ?
D’abord, la réforme du statut des enseignants-chercheurs est au centre des débats. Depuis la loi sur l’autonomie des universités, ce sont les Présidents d’université qui doivent gérer les carrières des différents personnels. Ainsi, il faut adapter l’emploi du temps entre enseignement et recherche. Cette réforme du statut des enseignants-chercheurs prévoit également qu’ils seront évalués tous les quatre ans par le Conseil national des universités. Cependant, les enseignants-chercheurs craignent que cette évaluation ne soit influencée par les présidents d’universités qui pourraient par là-même, leur imposer des cours supplémentaires au détriment de la recherche. C’est donc d’une atteinte à leur indépendance qu’il s’agit.
Ensuite, la formation des enseignants fait aussi polémique. Or, la réforme va hausser le niveau du diplôme requis pour être enseignant des écoles, des collèges et des lycées. Il faudra désormais pour être recruté, avoir un niveau bac + 5 soit master 2. De plus, le stage rémunéré en 2me année d’IUFM va être supprimé. Cette réforme pourrait ainsi économiser des milliers de postes d’enseignants-stagiaires qui sont actuellement rémunérés. Les concours devraient aussi être revus avec moins d’épreuves disciplinaires ce qui équivaut pour les syndicats d’enseignants et d’étudiants à une régression pédagogique.
Autre point d’achoppement : Valérie Pécresse affirme que l’enseignement supérieur va bénéficier en 2009 de 1,8 milliard d’euros supplémentaires. Or, les syndicats et les étudiants pointent du doigt la suppression de 900 postes qui devraient être dispatchés entre les universités, donc, un mauvais fonctionnement en perspective.
En ce qui concerne la recherche, dont tout le monde nous dit sans cesse qu’elle est primordiale pour l’avenir du pays, le gouvernement a accordé un an au CNRS et à l’Inserm pour qu’ils puissent organiser la distribution des crédits notamment aux services de recherche des universités. Or, les chercheurs du CNRS et de l’Inserm jugent ce délai trop court pour bien mettre au point cette distribution.
Enfin, dernier point qui fâche : le pouvoir d’achat des étudiants qui réclament un dixième mois de bourse. Si le plafond des bourses a été revalorisé, elles sont toujours nettement insuffisantes pour leur permettre de vivre et d’étudier correctement. On assiste de plus en plus à des échecs ou à des petits boulots parallèles pas forcément très reluisants comme la prostitution étudiante qui permet de payer son loyer… Une bourse à l’échelon 5 sur critères sociaux, soit le plus haut niveau, ne permet pas de vivre décemment et d’être à égalité avec un fils de bonne famille dont le logement serait payé par Papa et Maman… D’où une inégalité des chances qui continue…
Pour résumer, une médiatrice, Claire Bazy-Malaurie, a été nommée pour renouer le dialogue. Les universitaires et les étudiants demandent le retrait du texte avant de reprendre le dialogue et ce jour, Valérie Pécresse reçoit une partie de la communauté universitaire pour aborder le statut des enseignants-chercheurs.