Mercredi 29 avril va sortir le film « Sœur Sourire » avec dans le rôle principal Cécile De France. Les plus jeunes ne savent pas qui était ce personnage extraordinaire très en avance sur son temps… À l’époque, elle chantait « Dominique-nique-nique s’en allait tout simplement, Routier pauvre et chantant… » et le mot « nique » ne signifiait rien de répréhensible…
Jeanne-Paule Marie Desckers, née le 17 octobre 1933 à Wavre en Belgique, entre chez les Sœurs dominicaines en 1963 pour fuir l’autorité de sa mère, après une jeunesse morne et une tentative pour devenir prof de dessin. Elle y devient Sœur Luc-Gabriel à Waterloo, au couvent de Fichermont. Douée pour la musique et accompagnée d’une simple guitare, elle est appréciée par les autres Sœurs du couvent et contre toute attente, sa hiérarchie lui fait enregistrer un disque avec un contrat chez Philips. Son nom et sa photo n’apparaissent pas sur la pochette du disque et des auditeurs-tests lui donnent le surnom de « Sœur Sourire » (nom qu’elle trouvait parfaitement ridicule et qui restait la propriété de l’éditeur et du couvent). Sans broncher, Sœur Luc-Gabriel signe le contrat qui donne tous les droits d’auteur au couvent. Sur le disque, la chanson « Dominique » va être un succès mondial, le texte étant dédié au fondateur de l’ordre des Dominicains, Dominique de Guzman. Le monde entier s’arrache le disque, et pas seulement les Catholiques. N’ayant pas de photo de l’interprète, on lui prête une image de pureté extraordinaire, c’est un véritable engouement et en 1963, elle dépasse même les Beatles et Elvis Presley ! Sœur Sourire passe ensuite dans des émissions comme celle d’Ed Sullivan qui se déplace au couvent de Fichermont. Trois ans plus tard, un film lui est consacré avec Debbie Reynolds en tant qu’actrice bien que le visage de la religieuse reste encore inconnu du grand-public.
Jeanne reprend des études de théologie à l’Université catholique de Louvain mais peine à s’y intéresser. Elle s’interroge et décide finalement de quitter les ordres en juillet 1966 sans aucun argent, considérant qu’elle n’a pas la vocation. Pensant éventuellement qu’elle peut faire carrière dans la chanson, elle prend le nom de Luc Dominique car sa maison de disques lui interdit d’utiliser le nom de Sœur Sourire. Sa chanson « La Pilule d’or » écrit en 1967 défend la contraception, une prise de position très en avance sur son temps. Ses autres chansons sont amères sur sa propre mère ou sur les hommes en général qu’elle trouve violents et dominateurs. Elle égratigne aussi l’Eglise et le conservatisme et se passionne pour les assises de Vatican II qui ouvrent la porte au libéralisme au sein de l’Eglise catholique mais aussi pour mai 1968.
Elle vit avec sa compagne tout en refusant de se considérer comme homosexuelle et tente de vivre un mélange de vie régulière et de vie séculière. Mais le succès de ses disques n’est pas au rendez-vous : cependant son niveau de vie lui suffit avec aussi un travail auprès d’enfants autistes.
Malheureusement, celle qui n’est plus Sœur Sourire, va être rattrapée par le fisc belge et ce sera le drame. Elle n’intéresse plus personne et les impôts lui réclament des fortunes par rapport à ce qu’aurait dû rapporter les droits de Sœur Sourire. Elle en appelle aux autorités religieuses qui ne veulent rien savoir. Le recours au roi Baudoin Ier est tout aussi inutile. Jeanne et son amie Annie Pécher sombrent dans l’enfer de la dépression, de l’alcoolisme et de la dépendance aux médicaments. Elles se suicident ensemble le 29 mars 1985… Ironie du sort, un chèque important à son nom partait le même jour…
Enfant révoltée, religieuse, star de la chanson, militante des droits des femmes, homosexuelle, morte par désespoir… Sœur Sourire méritait bien une nouvelle adaptation cinématographique que l’on espère à la hauteur de la vie de cette femme extraordinaire !

Il n'y a pas encore de commentaires pour cette dépêche.
Tous les commentaires sont soumis à modération (ceux abrégés en SMS seront supprimés).
Ne vous inquiétez donc pas si ceux-ci ne s'affichent pas instantanément.