Longtemps passés sous silence, les abus sexuels des prêtres catholiques sont de plus en plus révélés. Ainsi, vendredi, un prêtre lillois a été interpellé et placé en détention. Agé de 38 ans, il se servait d’Internet et avait donné rendez-vous à un jeune garçon de 13 ans à Douai mais celui-ci, trouvant l’attitude bizarre du prêtre, s’était enfui alors que l’ecclésiastique voulait l’entraîner dans son domicile lillois. Perdu dans les rues, l’adolescent avait pu être récupéré par ses parents. Le prêtre qui exerçait depuis un an à la paroisse Saint-Maurice Pellevoisin a finalement avoué avoir eu de multiples relations sexuelles avec des mineurs de la région suite à des « pulsions irrépressibles ». Il avait, à son domicile, des éléments pédo-pornographiques, ce qui pourrait permettre de retrouver d’autres victimes. Sur Internet, il se faisait passer pour quelqu’un de plus jeune.
Il a longtemps été reproché à l’Eglise de « couvrir » les prêtres pédophiles sans attirer l’attention des autorités et en les mutant simplement. Certains prêtres, profitant de leur statut et de leur autorité, violaient des mineurs, principalement des jeunes garçons, sans être véritablement jamais punis pour leurs actes, les victimes se taisant. Avant la fin du XXe siècle, le sujet était tabou. Cela dit, désormais, les victimes dénoncent de plus en plus ces abus dans le cadre de poursuites judiciaires ou de dénonciations publiques. Les premières affaires concernant la pédophilie dans l’Eglise ont véritablement éclaté aux Etats-Unis dans les années 1980-1990 comme le procès d’Edward Pipala accusé du viol d’une dizaine de jeunes garçons. Ce premier procès qui dévoile une affaire sordide au grand jour va en entraîner d’autres. Une étude émanant du John Jay College of Criminal Justice de New York en 2004 va faire état d’un nombre impressionnant de prêtres pédophiles aux Etats-Unis : on en dénombrait environ 4 400 entre 1950 et 2002 et le nombre d’enfants victimes se serait monté à 11 000. De même, au Canada, une énorme affaire a éclaté pour des faits relatifs à la période 1880-1980 concernant les Amérindiens qui devaient envoyer leurs enfants dans des pensionnats tenus par l’Eglise catholique, l’Eglise anglicane, l’Eglise Presbytérienne, le gouvernement canadien qui devront payer un milliard de dollars canadiens pour des viols, des maltraitances, des expériences médicales et même des meurtres. En février 2000, 10 000 poursuites étaient engagées à leur encontre. D’autres cas ont été recensés en Irlande, en Espagne, en France où plusieurs scandales ont déjà éclaté.
Dans de nombreux cas, la hiérarchie catholique a couvert tous ses membres pédophiles durant de très nombreux années. C’est ainsi que le 13 décembre 2002, l’archevêque de Boston a dû démissionner pour avoir couvert des centaines de prêtres pédophiles. Toujours aux Etats-Unis, les évêques de l’Oregon et de l’Etat de New York ont eux aussi été concernés. En France, en septembre 2001, c’est au tour de l’évêque de Bayeux et de Lisieux d’être condamné à trois mois de prison avec sursis pour non-dénonciation aux autorités d’un prêtre pédophile qui exerçait dans son diocèse. Les scandales atteignent aussi la hiérarchie puisque, en Autriche, l’archevêque de Vienne a dû démissionner en 1995 et celui de Poznan en Pologne en 2002. Par ailleurs, environ 330 prêtres de l’Eglise américaine ont aussi dû démissionner, une vingtaine en Angleterre et une vingtaine aussi en Belgique.
Pour la première fois en janvier 2002, l’Eglise va prendre ses responsabilités en Irlande pour indemniser des victimes en échange d’abandon de poursuites judiciaires. Jean-Paul II va s’exprimer en avril 2002 sur l’affaire des Etats-Unis en exprimant sa « solidarité aux victimes des violences sexuelles et à leurs familles où qu’elles soient ». En France, l’évêque de Meaux va se porter partie civile en octobre 2006 dans le procès d’un prêtre accusé d’atteinte sexuelle sur un jeune garçon. Depuis cette prise de conscience, l’Eglise aurait déboursé plus de deux milliards de dollars en rapport avec des affaires de pédophilie…
Pourtant, actuellement, en Belgique, c’est l’évêque de Namur, Monseigneur Léonard, qui est accusé d’avoir fait preuve de passivité à l’égard du prêtre Hubermont accusé d’abus sur un enfant de choeur. Récidiviste, il a fallu attendre 2009 pour que le prêtre incriminé soit définitivement écarté du milieu ecclésiastique. L’affaire fait grand bruit en Belgique actuellement.
Les cas de pédophilie sont-ils plus nombreux chez les prêtres qu’ailleurs ? Personne n’a de réponse à cette question ! Certains évoquent le célibat des prêtres, d’autres un problème psychiatrique qui peut se produire chez n’importe quel individu (des gens mariés et en couple sont pédophiles). Quoi qu’il en soit… Il est vrai que l’Eglise a pris énormément de temps à blâmer ces crimes et à les dénoncer !